Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho

Banco-dépendance
Mardi 30 novembre 2010

On est écœuré par les profits pharamineux annoncés par les banques. L’année dernière, elles étaient soi-disant au bord de la faillite. Il a fallu que nous, contribuables, volions à leur secours alors même que, pour ceux qui avaient quelques actions, elles nous avaient fait perdre de belles sommes par leurs manipulations frauduleuses et leurs prises de risques incontrôlées. (Au passage, je remarque que, quand les actions baissent, c’est très vite répercuté sur nos PEA, mais quand elles montent, c’est beaucoup plus long à revenir à la hauteur initiale… Un peu comme pour l’essence, mais en sens inverse.) Nous avons donc subi la double peine, mais la récompense n’est pas pour nous, elle est justement pour les mauvais qui avaient joué avec notre argent aussi imprudemment qu’impudemment.

Éric Cantona, le joueur de foot et maintenant acteur, nous engage à aller tous retirer notre argent des banques en même temps, le 7 décembre. Évidemment, je ne me joindrai pas au mouvement et j’espère que le moins de gens possible écouteront les conseils de l’artiste buteur. Les banques ne pourraient pas suivre, la panique se répandrait et le système s’effondrerait. Certes nous aurions puni les banques, mais nous punirions encore plus et pour longtemps.

Tous prisonniers

Pourtant, les élucubrations cantonesques, pour irréalistes qu’elles soient, mettent le doigt sur une douloureuse réalité : nous sommes devenus banco-dépendants. Ces établissements financiers, aidés par les États qui n’aiment pas beaucoup la circulation d’argent liquide plus facile à soustraire à l’impôt, ont réussi à faire que nous ne pouvons plus nous passer d’elles, sauf à devenir clochard. Et elles n’ont pas atteint ce résultat exorbitant par l’attractivité – faire fructifier nos avoirs -, mais par la contrainte légale – on ne peut pas ne pas avoir de compte bancaire. A part quelque menue monnaie, tout notre argent passe par elles et elles ont quasiment tout pouvoir de l’utiliser à leur guise.

Notre seule liberté est de changer d’enseigne si nous ne sommes pas contents. Encore le choix est-il restreint puisqu’il n’y en a plus guère que 3 ou 4, pour cause de rachats et regroupements récents. Et surtout, c’est une opération fastidieuse et compliquée en raison de tous les systèmes de prélèvements, de virements, de cartes, de livrets qu’il faut transférer d’une agence à une autre, celle qui est abandonnée ne mettant aucune bonne volonté à vous aider dans ce transfert.

En résumé, dans nos sociétés dites libérales, nous sommes tous prisonniers des banques. Mais, après tout, nous le sommes aussi des caisses de sécurité sociale, des recettes des impôts ou des assurances et même de notre abonnement à Internet. C’est la loi des États modernes et le prix à payer pour la protection et le confort qui sont sensés en découler. (Mais je me demande de plus en plus souvent si je ne préférerais être un trappeur autarcique perdu dans les territoires du Grand Nord canadien.)

Immoral et choquant

Ce ne serait donc pas si grave si les banques n’avaient pas profité jusqu’à l’extrême de notre aliénation à leurs pseudoservices, si elles n’avaient abusé de leur position dominante pour se livrer aux opérations les plus retorses, à la limite de la légalité, sans se poser d’autres questions que de trouver les moyens de retirer le maximum de profit immédiat de l’argent que nous sommes obligés de lui confier. Et elles ont pu pratiquer cette gymnastique perverse en toute impunité, car elles savaient que, quelque risque qu’elles prennent, la société, nous au bout du compte, nous ne pourrions pas les laisser faire faillite. Et, de fait, les prisonniers ont sauvé la prison qui, bien peu reconnaissante, en profite encore pour renforcer ses barreaux et ses serrures en restreignant le crédit, en exigeant de plus en plus de garanties, voire en excluant ceux qu’elle a elle-même indirectement appauvris en provoquant la crise.

Cette situation est d’autant plus immorale et choquante que personne ne semble y pouvoir rien changer tant le fonctionnement des banques s’apparente à du totalitarisme dès lors que, hors d’elles, il n’y a point de salut. Cela ne doit pas d’ailleurs empêcher tous ces beaux établissements de publier de somptueux rapports RSE, montrant combien ils sont attentifs au bien-être de leurs employés, comme à celui de la société ou de l’environnement. Et le pire, c’est que, paradoxalement, ils mènent effectivement des actions dans ce sens et distribuent beaucoup d’argent à de nombreuses causes, car leur généreuse main droite ignore ce que fait leur beaucoup plus cupide main gauche. Une schizophrénie qui leur permet de se donner bonne conscience et de redorer leur blason.

Que faire ? Je n’en sais rien, puisque même les gouvernements sont impuissants à changer la donne. La seule solution serait de n’avoir plus besoin des banques, de se désintoxiquer du compte-chèques. Après tout, elle n’est pas si bête l’idée de Cantona…

Claude-Jean Desvignes
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