Juillet 2019

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En Algérie, l'urgence des réformes libérales

Plusieurs tentatives de réforme économique ont avorté, récemment, par manque de détermination politique. Cette fois-ci, il y a urgence.

Oui, selon Rabah Arezki, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique du Nord, les autorités qui hériteront du pouvoir, quelles qu’elles soient, devront aller vite et prendre des mesures urgentes, parce que la situation de l’Algérie est préoccupante. Le « capitalisme de copains » instauré par le régime au bénéfice de ses protégés a asphyxié l’économie du pays. L’Algérie est fermée sur elle-même, mal insérée dans les flux de la mondialisation. Les grandes banques et nombres de grandes entreprises demeurent entre les mains d’un Etat mauvais gestionnaire. Plutôt que de moderniser ces compagnies, afin de leur permettre d’affronter la concurrence, les gouvernements algériens ont misé sur des mesures protectionnistes, censées protéger les entreprises amies du régime.

De même, l’Algérie, malgré l’immense potentiel que constituent ses paysages et son climat, a refusé de s’ouvrir au tourisme, contrairement à ses voisins, Maroc et Turquie, qui en tirent de substantielles devises. Toujours le même esprit de fermeture sur soi qui bloque les investissements étrangers : s’applique la règle des 51/49. Dans toute joint venture réalisée en Algérie, les capitaux nationaux doivent obligatoirement demeurer majoritaires.

Développer l’économie numérique, ajoute Arezki, permettrait non seulement d’offrir des opportunités à une jeunesse algérienne bien branchée sur ces nouvelles technologies, mais cela aurait pour effet de faire tomber nombre de barrières qui bloquent le développement de l’Algérie ; en court-circuitant les obstacles mis en place par des bureaucraties. L’économie numérique permettrait d’améliorer en particulier le fonctionnement des transports, l’efficacité des services publics, les secteurs de la santé et de l’éducation. Mais le nouveau pouvoir aura intérêt à aller vite et fort, conclut Arezki, car la société algérienne est impatiente.

Dans le contexte politique actuel, des réformes de cette ampleur sont-elles envisageables ? Oui, grâce à la détermination de la population, il existe une réelle opportunité de mettre fin à un système qui a bloqué le développement de l’Algérie, estime Ishac Diwan. Le pays dispose d’atouts très puissants : il demeure le troisième producteur de gaz de la planète. Sa population est jeune, dynamique et éduquée. Il peut compter sur bureaucratie, certes pléthorique, mais dévouée. Les dettes sont faibles. Les réserves de change, quoiqu’entamées, demeurent importantes.

Le pays doit s’engager dans une deuxième lutte de libération nationale. Non pas contre une lointaine métropole coloniale, mais contre une petite élite politique qui s’est emparée des revenus du pétrole et du gaz, afin d’assurer son contrôle sur le pays.

Il faut libéraliser l’économie, estiment de nombreux économistes, afin de rendre leur chance aux individus, et en particulier aux millions de jeunes Algériens, exclus du marché du travail et qui ne survivent que grâce au secteur informel, ne bénéficiant de ce fait d’aucune forme de protection sociale.

Certains observateurs estiment, en outre, que la focalisation du clan au pouvoir sur la réélection de leur « patron », Bouteflika, a été utilisée par une partie des milieux d’affaires pour s’affranchir de la tutelle politique. Et que ces entrepreneurs, réputés pour leur dynamisme, pourraient créer la surprise s’ils bénéficiaient d’un environnement juridique favorable.

Libérer les énergies trop longtemps contenues...

Le prochain gouvernement, recommande ainsi Rabah Arezki, devra renoncer à exercer un contrôle politique sur le secteur privé, tout en accordant aux entreprises publiques l’autonomie de gestion dont elles ont besoin pour se développer.

De son côté, le FMI recommande au prochain gouvernement de dévaluer officiellement le dinar, dont la valeur réelle s’est effondrée, ces dernières années sous l’effet des déséquilibres extérieurs. Et surtout d’ouvrir le pays aux investissements étrangers, alors que la politique menée jusqu’à présent a consisté à le fermer. Car la classe politique, composée de vieux combattants de l’Indépendance, est longtemps demeurée accrochée à un modèle périmé de « développement autocentré ». Une théorie qui date des années soixante et qui a fait manquer, à l’Algérie, ses chances de s’intégrer dans le processus de la mondialisation. Tout ce que les gouvernements récents ont fait, ces dernières années, a été de tenter de freiner les sorties de devises étrangères en imposant des restrictions aux importations.

Les manifestants ne se contenteront pas du renoncement de Bouteflika à un cinquième mandat, lit-on dans Bloomberg. Ils veulent à présent mettre fin à un régime corrompu qui a abouti à concentrer les immenses richesses du pays entre les mains d’une poignée d’oligarques. Tout est possible en Algérie. Un pays qui pourrait nous étonner.


Brice Couturier
Le 12-07-2019
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