Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Une responsabilité naturelle

« L’entreprise est faite pour générer des profits ». Cette vulgate libérale reste encore trop souvent ancrée dans les esprits de nombreux responsables économiques : la finalité de l’entreprise, c’est le profit. Et tout, dans l’organisation et le management de l’entreprise doit concourir à la réalisation de cet objectif.


Comment en est-on arrivé à cette vision restrictive du « travailler ensemble », somme toute assez récente puisqu’elle date des débuts de l’ère industrielle ? Ce n’est pas ici le lieu d’analyser cette lente dérive du fonctionnement économique de nos sociétés vers le toujours plus de productivité, de production et de profit, au détriment même de ceux qui ont inventé l’entreprise, les hommes. Des centaines d’ouvrages traitent de cette question.

Étonnons-nous simplement que cette idée simpliste – entreprise = profit – continue d’avoir tant d’adeptes alors même que, de crise en crise, nous voyons bien que ce réductionnisme économique conduit à une impasse. L’entreprise est bien autre chose qu’une machine à cash. C’est une institution bien plus complexe qu’un distributeur de billets.

Et c’est en raison de cette complexité que l’entreprise ne peut pas être gérée durablement avec la seule boussole du profit. Institution profondément humaine, elle est le lieu d’interactions multiples, hétérogènes et délicates, entre les hommes et les femmes qui la font exister ainsi qu’avec les autres institutions et l’ensemble de la société.

Entreprise citoyenne

Cette vision de l’entreprise comme communauté humaine complexe, liée à un territoire et une société nourrit le CJD depuis sa création, il y a près de trois quarts de siècle, et l’oppose à tous ceux qui en ont une conception purement mécaniste. « La production ne tire sa valeur que du bien-être qu’elle apporte à la société » : le mouvement n’a cessé de creuser le sillon de cette conviction fondamentale de son fondateur, Jean Mersch. Cela l’a notamment conduit à proposer, dès 1992, le concept « d’entreprise citoyenne ». « Les Jeunes Dirigeants, est-il écrit dans la charte rédigée à l’époque, reconnaissent que l’entreprise n’est pas seulement créatrice de profit, mais aussi de culture, de valeurs, de savoirs, autant de richesses qui agissent sur la société et la transforment. […] Est citoyenne toute entreprise qui agit dans un esprit de codéveloppement avec son environnement et se reconnaît coresponsable de son devenir. »

Recherche d’équilibre

Dix ans plus tard, dès 2002, avec la « performance globale », le CJD se donne les moyens de mettre en œuvre concrètement et dans toutes ses dimensions la citoyenneté de l’entreprise. Il montre comment les performances économiques, sociales, sociétales et environnementales interagissent en permanence au sein de l’entreprise et doivent s’équilibrer entre elles pour lui permettre de se développer durablement.

« Il est réducteur, confirme le Guide de la performance globale, publié en 2004 (Éditions d’Organisation), d’opposer l’intérêt de l’entreprise à celui de la “société civile”, comme si celle-là constituait une entité à part de celle-ci. Leurs destins sont en réalité étroitement liés et la réussite de l’une détermine le succès de l’autre.

L’enjeu est donc, pour les entreprises, de rendre plus actives, plus dynamiques et plus efficaces pour les deux parties, les interactions qui existent de fait entre elles, chacune en tirant une certaine plus-value. Concrètement, cela signifie qu’il faut établir des partenariats avec l’ensemble des autres acteurs locaux — élus, collectivités et administrations locales, écoles, universités, associations, clubs sportifs… — en se donnant des objectifs réalistes et compatibles avec les possibilités de l’entreprise ».

Dans la continuité de ce guide est créé, en 2008, le GPS (Global performance system), un outil en ligne de diagnostic et de pilotage, gratuit et ouvert à tous les chefs d’entreprise, qui permet à chaque dirigeant d’évaluer son niveau de performance globale, de s’inspirer de bonnes pratiques et d’élaborer son plan d’action.

Levier de performance

Le Guide de l’engagement sociétal, paru en juin 2010, vient compléter le dispositif en se focalisant sur la responsabilité de l’entreprise envers les autres acteurs de la société, qui constitue une des dimensions importantes de la RSE.

Par engagement sociétal, le CJD désigne ainsi toute action, initiative, engagement qui facilite, améliore, agrandit la contribution des parties prenantes de l’entreprise (actionnaires, salariés, clients, fournisseurs…) au développement, au mieux-être de la société en général et de son environnement.

La démarche d’engagement sociétal, de ce fait :

- repose sur la capacité de l’entreprise à rendre ses parties prenantes acteurs, auteurs et coresponsables des actions mises en œuvre ;

- entraîne les hommes à passer de la notion d’intérêt individuel à celle d’intérêt collectif, qui dépasse le cadre de l’entreprise, pour apporter leur contribution à la société ;

- s’ancre dans un territoire dont elle concourt à sensibiliser les consciences ;

- enrichit les parcours personnels et professionnels des collaborateurs qui s’y engagent par des apports et des apprentissages d’une autre nature ;

- rend l’entreprise humainement performante en reconnaissant à ses membres la faculté de se réaliser par leur travail et au travers de leur entreprise, en donnant un sens nouveau à leur implication ;

- est un des leviers de la performance globale de l’entreprise.

Démarche durable

Toujours si l’on se réfère à l’idée fondamentale que l’entreprise est une institution comme une autre et fait partie intégrante du territoire où elle prospère, l’engagement sociétal bénéficie aussi bien à l’ensemble des acteurs de l’entreprise, en interne, qu’à ceux qu’elle accompagne à l’extérieur. Dès lors, cet engagement fait partie de ses activités normales et donc de sa stratégie. En contribuant directement au développement de son « écosystème », l’entreprise se développe elle-même, inspire et mobilise ses collaborateurs, améliore ses relations avec ses clients, invente de nouvelles façons de travailler et de produire, retrouve une plus grande légitimité et, finalement, pérennise son activité économique. Les entreprises durables et où l’on aura envie, demain, de travailler sont celles qui auront compris et mis en œuvre une telle démarche. L’engagement sociétal n’est pas la cerise sur le gâteau, elle est une de ses composantes essentielles.



Le guide, mode d’emploi

Le Guide de l’engagement sociétal est le fruit du travail du comité de pilotage de la commission « Engagement sociétal » du CJD, réalisé entre septembre 2008 et juin 2010.

Il s’appuie à la fois sur les réflexions des membres du comité, les rencontres avec des organismes spécialisés dans ce domaine et de témoignages recueillis auprès d’une douzaine de jeunes dirigeants ayant entamé des démarches d’engagement sociétal dans leur entreprise. On retrouvera leurs précieux témoignages au fil des pages qui suivent.

Ce guide ne prétend pas donner des recettes toutes faites pour s’engager, ni faire le tour complet de l’engagement sociétal. Son objectif est bien celui d’un guide, au sens propre du terme : inciter à passer à l’action, donner envie, décrire les itinéraires possibles, apporter des idées, des pistes, aider à réfléchir, à se poser les bonnes questions, à éviter les principaux écueils de la démarche. Montrer aussi que si l’engagement sociétal n’est pas toujours un chemin de roses, ce n’est pas non plus une montagne à gravir. C’est un beau parcours humain à entreprendre dont on sort différent. Et chaque parcours est unique. C’est donc à chaque entreprise de trouver celui qui lui convient le mieux.

En réalité, presque toutes les entreprises ont mis en œuvre, peu ou prou, des actions d’engagement sociétal, sans en avoir toujours pleinement conscience. Ce guide peut aussi les aider à professionnaliser leurs pratiques, à rendre leurs actions plus efficaces pour l’entreprise, comme pour la société.

« N’hésitez pas, c’est du bonheur en retour, des bénéfices autres que financiers. Cela rapporte et ne coûte pas. C’est un supplément d’âme pour l’entreprise » témoigne Emmanuel Saulou, un des chefs d’entreprise interviewés dans ce guide.

Bruno Tilliette
Le 24-01-2011
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