Juillet 2018


Plaidoyer pour l’entreprise… humaniste

Bernard de Montmorillon, professeur à l’université Paris-Dauphine spécialisé en théorie des organisations et choix stratégiques, commentait en 2011 dans Futuribles, Plaidoyer pour l’entreprise (François Bourin Éditeur), l’ouvrage que Bertrand Collomb et Michel Drancourt publiait alors. Un ouvrage qu'il nous semble encore aujourd'hui important de souligner la portée.
Le regard des deux auteurs est précieux, car leur expérience leur permet de resituer l’entreprise dans une perspective à la fois historique et prospective. Le premier a été à la tête pendant deux décennies du groupe Lafarge, le second a dirigé des entreprises, des missions territoriales, l’hebdomadaire Entreprise et l’Institut de l’Entreprise.

Face à la financiarisation, Bertrand Collomb et Michel Drancourt ne mâchent pas leur mots et dénoncent le rôle excessif des hedge funds, rôle déterminant « dans les fluctuations des cours » ; ils soulignent le décalage croissant entre le temps financier et le temps stratégique, estimant que l’entreprise ne doit plus être contrainte de sans cesse « danser à la musique » des marchés financiers.Ils révèlent la responsabilité de la City londonienne sur l’irrémédiable déclin de l’industrie cimentière anglaise (p. 54),exemple à rajouter à la longue liste des destructions de pans entiers de l’industrie au nom de la maximisation des profits financiers à court terme.

Leur plaidoyer pour l’entreprise devient un plaidoyer pour que l’entreprise soit à même d’assumer le rôle essentiel qu’elle doit jouer.Bernard de Montmorillon pense comme les auteurs que « l’entreprise performante doit être socialement encastrée et bénéficier de l’adhésion, de l’active coopération, aurait dit Hayek, de tous ses partenaires. Et en premier lieu, de l’ensemble des collaborateurs qui y exercent leur activité professionnelle. » Comme quoi les membres du CJD ne sont pas seuls à vouloir une « entreprise humaniste », c’est exactement ce pour quoi plaident Bertrand Collomb et Michel Drancourt.

Bernard de Montmorillon souligne que la deuxième partie du livre est très « nécessaire », car elle « propose une explicitation, opportune, de l’entreprise, de ce qu’elle est et de ce qu’elle fait, bref de ses fondamentaux ». Cette explication est opportune, d’abord parce que la réflexion sur la réalité de l’entreprise a été, ces 20 dernières années, marquée par la financiarisation de l’économie et par l’approche en termes d’agence, qui a eu tendance à n’en faire que le vecteur de valorisation de l’investissement des actionnaires. » Et cette « clarification est aussi bienvenue parce que, finalement, l’entreprise n’est précisément définie ni en économie ni en droit. »

Les auteurs ont bien raison de se battre contre la vision ultrafinancière qui nous a conduit là où nous sommes, car il ne suffit pas « qu’elle ait été à la fois analytiquement explicitée et, hélas, économiquement observée » pour qu’elle soit révolue et mise hors d’état de nuire !

André-Yves Portnoff
Le 24-02-2015
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