Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le profit : moteur de la lutte pour l’environnement

Si certains doutent de la capacité d’anticipation du CJD, il leur suffit de relire cet article paru dans le numéro de Dirigeant de mai 1971, traitant de problématiques d’environnement. Il en appelle au développement de « l’industrie verte », tant pour prévenir le coût des pollutions que pour les guérir et s’interroge déjà sur la nécessité de repenser notre société en termes de bien-être et de qualité de vie, plutôt qu’en termes de croissance du PIB et de productions matérielles.

L'environnement ? Aujourd'hui, un droit dont chacun se prévaut. Les Américains l'ont déjà proclamé dans leur loi fédérale de 1969 sur la politique de l'environnement : « le Congrès reconnaît à chaque individu le droit de jouir d'un environnement sain ».

Chaque jour, associations, groupes de pression, partis politiques, sectes religieuses se rallient à cette bannière. L'opération sensibilisation est maintenant terminée ; les temps sont mûrs pour une révolution, pour la vraie révolution industrielle.

A ce stade, que l'on accuse la civilisation industrielle ou le système capitaliste, les données sont les mêmes. Par nature, toutes les activités humaines sont génératrices de nuisances ; lorsque celles-là se développent, sans cesse enrichies par la technique, celles-ci se multiplient toujours nourries par de nouvelles vicissitudes.

Or, continuer à produire dans les conditions présentes ou ne pas accroître la production est un faux dilemme ; la seule voie qui respecte le bien-être de chacun, lié à la prospérité économique générale, consiste à satisfaire dès maintenant les mêmes besoins avec des produits nouveaux et des procédés de fabrication différents. La technologie moderne est capable de relever ce défi tandis que la société de consommation est prête à s'offrir une autre qualité de vie.

Conçu hors de cette perspective d'expansion, l'environnement est condamné à demeurer un complexe de frustration qui coûtera cher à la collectivité tout entière ; les coûts sociaux de la dégradation sont déjà importants : accidents, maladies ... Les coûts économiques seront plus considérables encore s'il faut prévenir et réparer, à grand renfort de réglementation et de fiscalité.

Certes, les industriels ne sont pas les seuls pollueurs, mais ils seront sûrement les premiers payeurs si l'on continue à proclamer non sans quelque agressivité, « qui pollue, paie ! ». En d'autres termes « bien mal acquis ne profite jamais ».

Déjà les contraintes se multiplient et grèvent lourdement les charges des entreprises. Pourquoi ne pas plutôt promouvoir l'environnement par le mécanisme normal du profit?

Au plan de l'industrie de l'environnement proprement dite, notamment de la recherche, la mise au point et la fabrication de dispositifs antipollution, épurateurs, filtres, incinérateurs, techniques d'insonorisation, de dépoussiérage, de recyclage, etc., tous les espoirs sont permis. « Faire de l'argent avec des déchets », est devenu la devise outre-Atlantique de multiples industries de récupération.

L’industrie de l’environnement : déjà une affaire rentable

La course aux brevets est bien engagée. On assiste au développement spectaculaire de cette nouvelle branche industrielle pour laquelle l'environnement, qui constitue une chance supplémentaire d'innover, est déjà une affaire rentable : à Wall Street, la protection de l'environnement est une réalité ; les valeurs « antipollution » comptent parmi les valeurs pilotes qui se détachent nettement de la moyenne. (…)

Pour la publicité, c'est encore plus net. « Silence » et « Pureté » sont devenus les deux mots-clés de son nouveau langage. Si elle utilise ainsi cette sensibilité nouvelle de l'acheteur, c'est que le label antipollution est devenu non seulement un argument de vente, mais aussi une bonne image de marque pour les entreprises. Celles-ci, toujours soucieuses d'améliorer leurs relations avec le public, et tout spécialement avec les populations concernées par l'environnement qu'elles créent, peuvent, indépendamment du type de leur production, se prévaloir de leur contribution à la protection de la nature. Après l'usine parc, l'usine propre.

Pour les pollueurs, l’investissement anti pollution est indispensable

Car il reste ceux qui ne sont pas les grands gagnants du marché de l'environnement, ceux qui ne peuvent créer un département antidote rentable à court terme, et qui, selon le type d'industrie, doivent consacrer de 1%à 15%du montant des investissements afférentsàleurs activités de production proprement dites, pour la mise en place de dispositifs antipollution, sans compter les dépenses de fonctionnement liées à ces installations pour eux, il ne s'agit pas non plus de philanthropie ; ce sont aujourd'hui les impératifs mêmes de leur développement qui les contraignentàagir.

L'idéal, bien sûr, serait de ne plus exprimer la croissance économique en termes d'augmentation de production matérielle, ni le bien-être en termes d'accroissement de revenus ; cette prise de conscience existe, mais le fait est que pour promouvoir la qualité de vie, il est plus réaliste de parler en termes de coût et de rentabilité.

Or, ce qui est en jeu pour l'industrie, ce sont les conséquences d'une utilisation locale à court terme de l'environnement sur la production à long terme, les engagements irréversibles et irréparables de ressources, les conflits quant à l’utilisation actuelle des ressources disponibles.(…)

Mieux vaut prévenir que guérir

Certes, pour l'instant du moins, les investissements préventifs coûtent plus cher encore, bien qu'il faille attendre beaucoup de la prospérité du marché antipollution et des efforts de recherche portant sur des techniques de fabrication « propre », sans compter l'effet multiplicateur de ces innovations. Le problème est donc celui de la répartition des charges. Les pouvoirs publics sont déjà acquis à mener une politique d'incitations financières et fiscales ; ce ne sera pas suffisant, et le consommateur paiera sans doute les frais. De toute façon, il supportera les coûts des dégradations en sa triple qualité de consommateur, de contribuable et tout simplement d'homme.

Pourquoi ne pas lui faire plutôt supporter ceux de la prévention ? Au moins, les seconds iront décroissants, avec en prime... un peu de mieux-être, tandis que les premiers ne peuvent que s'additionner tout en se multipliant.

La pression de la concurrence n'est pas un argument de poids pour écarter cette option. Les problèmes de nos partenaires sont identiques et certains ont déjà engagé la bataille.

Non seulement l'investissement antipollution devient la seule solution possible pour l'expansion industrielle, mais encore, par rapport à l'accélération du processus dégradation-réparation, on peut déjà parler de rentabilité. Rentabilité à long terme certes, mais c'est tout de suite que les responsables doivent intégrer le facteur environnement dans l'élaboration de leurs décisions, car cette seule chance de rentabilité à long terme ne peut être reculée indéfiniment ; à leur honneur, ils auront par surcroît le bénéfice de l'humanisme.

Qu’est-ce que notre société attend de la vie ?

Il est significatif qu'un journal aussi sérieux que le Financial Times se soit, tout récemment intéressé à ce problème. Voici ce que l'on peut y lire, dans l'édition du 6 avril [1971] dernier, sous la plume de son éditorialiste, Joe Rogaly : « La seule voie possible, c'est de redéfinir ce que notre société attend de la vie. Il nous faut un nouveau but. L'ancien - plus de croissance industrielle du type que nous avons connu jusqu'ici - est déjà rejeté par trop de gens. Par quoi le remplacer? »

Et Joe Rogaly ajoute : « Si une authentique révolution nous était proposée - une révolution qui rehausserait la qualité de notre vie et non pas le montant de notre produit national brut - la construction de la nouvelle société serait sans doute d'un coût élevé. Mais, si le peuple avait alors conscience de rechercher des buts qu'il se serait lui-même fixés, il pourrait montrer une ardeur au travail qu'aucun des douteux stimulants fiscaux n’obtiendra jamais de lui. »

Cette authentique révolution, c'est aux industriels de la proposer, puis de travailler à son accomplissement. (…)

Paradoxalement, il pourrait bien se faire que le moteur « environnement » accélère l'industrialisation ; d'abord, parce qu'il suscite des techniques nouvelles, mais surtout parce qu'il est seul en mesure de débloquer la saturation qui menace notre société de consommation et que connaissent déjà certaines productions : le secteur automobile en est le signe avant-coureur.

La rentabilité des investissements qui seront faits en son nom ne fait pas de doute, et la nature n'aura plus rien à craindre du développement des richesses humaines.

Isabelle Orizet Constantin
Le 5-04-2011
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