Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Une révolte est-elle possible en France ?

Manifestants contestataires
Alors que des révolutions enflamment le monde arabe, les Français pourraient-ils à leur tour se révolter contre leur gouvernement ? Et pour quelles raisons ? Un sondage Harris Interactive* a posé ces questions à nos concitoyens. Les réponses sont inédites et surprenantes

Les Français sont à ce jour très partagés quant au fait de savoir si une révolte pourrait se produire dans le pays : 49 % estiment en effet que leurs compatriotes sont aujourd’hui capables de se révolter contre 50 % qui jugent que non. C’est avant tout la sympathie partisane qui influe sur la réponse apportée à cette question : les sympathisants de gauche estiment à 57 % qu’une révolte est possible (et même à 64% pour les sympathisants du Front de Gauche) alors que les sympathisants de droite ne sont que 39 % à partager cette opinion. Notons également que des différences se font jour en fonction du sexe et de l’âge du répondant : les femmes jugent davantage que les hommes que les Français sont capables de se révolter (54 % contre 44 %) et les 35-49 ans davantage que les 18-24 et 25-34 ans (53 % contre 46 % et 45 %).

Si les jeunes ne sont pas les plus nombreux à juger la révolte envisageable, ce sont pourtant eux qui l’appellent le plus de leurs vœux : ainsi, 62 % des 18-24 ans et 64 % des 25-34 ans souhaitent que les Français se révoltent aujourd’hui, tout comme 58 % de l’ensemble des Français.

Les Français qui souhaitent que le pays se révolte sont donc plus nombreux que ceux qui estiment cela possible, signe que pour une partie d’entre eux, il existe une forme de résignation dans le pays, en dépit des sujets qui pourraient susciter l’embrasement.

L’emploi et la santé

Interrogés sur ce thème, les Français désignent d’abord « la situation de l’emploi ». 47 % se déclarent, en effet, révoltés par la situation de l’emploi dans le pays, auxquels s’ajoutent 38 % de personnes énervées. Viennent ensuite « le coût de la santé » (46 % et 32 %) ainsi que « le pouvoir d’achat » (42 % et 35 %). Aux mêmes niveaux, suscitant la révolte ou l’énervement chez environ trois-quarts des Français, on trouve « les différences sociales en France » (46 % et 30 %) ainsi que « les perspectives d’avenir de vos enfants » (42 % et 33 %). C’est donc bien la panne de l’ascenseur social français ainsi que la remise en cause du modèle de solidarité qui suscitent le plus chez les Français d’appétence à la colère.

Si près d’un tiers des Français (31%) se dit indifférent aux « dernières affaires » qui ont pu secouer le monde politique, comme les affaires Woerth-Bettencourt ou Michèle Alliot-Marie, 28 % y voient quand même un motif d’énervement et 38 % un sujet de révolte.

En dernière position émergent « les libertés publiques en France » (27 % et 32 %), la situation française apparaissant vraisemblablement moins problématique sur ce point que les récents exemples tunisien ou égyptien.

Les femmes plus que les hommes

Dans le détail, on constate d’ailleurs que les sympathisants d’extrême gauche et de gauche se disent majoritairement révoltés par l’ensemble de ces points, à l’exception du dernier. Quant aux sympathisants de droite, s’ils peuvent se déclarer « énervés » par un certain nombre de points, ils ne sont jamais majoritairement révoltés (tout au plus 21 % de révoltés par le coût de la santé) et sont même majoritairement satisfaits ou réjouis de l’état des libertés publiques (55 %).

On observe également que les femmes ont davantage tendance à se déclarer révoltées ou énervées que les hommes (sauf pour ce qui a trait aux « affaires »), les catégories populaires plus que les catégories supérieures et les habitants de province plus que les Franciliens. Notons enfin que les plus jeunes sont en général moins révoltés ou énervés que leurs aînés. S’ils souhaitent davantage qu’une révolte éclate, ils semblent pourtant trouver moins de sujets de révolte personnelle dans la société française.

Cette enquête a-t-elle une vocation prédictive ? 
Absolument pas. On le sait, il est plus facile de se déclarer révolté... que de passer à l’acte. On le sait également, la révolte s’inscrit dans un contexte de crise majeure, nécessitant structuration organisationnelle et débouchés politiques. Et, actuellement, aucune de ces deux conditions ne semblent remplie, la Gauche n’apparaissant pas susceptible aux yeux des Français de mener une politique nettement plus efficace que celle poursuivie par le gouvernement actuel.

* Enquête réalisée en ligne par l’institut Harris Interactive les 10 et 11 février 2011 à la demande de L’Humanité Dimanche. Échantillon de 1247 individus issus de l’access panel Harris Interactive, représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle de l’interviewé et taille d’agglomération.

Article publié en collaboration avec place-publique.fr

D. Sabo
Le 18-04-2011
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