Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


RTE : « Assurer en permanence l’équilibre entre demande et offre d’électricité »

Dominique Maillard, président de RTE
Dans le cadre du partenariat entre RTE et le CJD, Dominique Maillard, Président du Directoire de RTE, rappelle dans cet entretien le rôle de l’opérateur français de transport d’électricité et ses enjeux pour les années à venir, en particulier en matière de développement durable et d’économies d’énergie.

Qu'est-ce que RTE ?

RTE est l’entreprise publique chargée du transport d'électricité en France. Autonome depuis 2000 au sein d’EDF, RTE est devenue une filiale d’EDF à 100 % en 2005. Mais RTE doit être indépendante sur le plan juridique, managérial, comptable et financier. Entreprise de service public, nous avons pour mission l'exploitation, la maintenance et le développement du réseau haute et très haute tension, c’est-à-dire des lignes et des postes électriques de 63 000 à 400 000 volts. Nous sommes, à ce titre, garants du bon fonctionnement et de la sûreté du système électrique en France.Nous devons acheminer l'électricité des fournisseurs d'électricité (Français ou Européens) vers les consommateurs, qu'ils soient distributeurs d'électricité (ERDF et les entreprises locales de distribution) ou industriels électro-intensifs directement raccordés au réseau de transport.

Dans la mesure où l’électricité ne se stocke pas, nous devons en permanence assurer l’équilibre entre demande et offre d’électricité. Par exemple, les Français consomment de plus en plus d’électricité « à la pointe » (19 heures l’hiver) : le 15 décembre dernier, un nouveau pic de consommation a ainsi été battu à 96 700 mégawatts, soit une hausse de 4,6 % par rapport au pic de 2009.

Y a-t-il des risques de coupure d’électricité généralisée pouvant affecter notamment les entreprises ?

Au vu de la disponibilité générale des moyens de production et de la fiabilité du réseau, le risque de coupure généralisée de l’ensemble du territoire est aujourd’hui relativement faible. En revanche, l’alimentation électrique de certaines régions françaises, comme la Bretagne ou l’est de la région PACA, reste fragile, notamment aux heures de pointe en hiver. D’autant plus que cette consommation de pointe a augmenté d’année en année. Des plans d’action visant à la fois à renforcer le réseau, construire de nouvelles centrales et mettre en œuvre une politique de maîtrise de la demande d’énergie ont été décidés dans ces deux régions.

On parle beaucoup de la loi Nome (Nouvelle organisation du marché de l’électricité). Aura-t-elle un impact pour RTE ?

La loi Nome marque une étape dans l’organisation du marché de l’électricité. En ce qui nous concerne, elle impose notamment que chaque fournisseur d’électricité participe désormais à la sécurité d’approvisionnement, en détenant directement ou indirectement des capacités de production ou d’effacement de pointe correspondant aux besoins de ses clients.

C’est dans ce contexte que le ministre de l’Énergie vient de me confier une mission de concertation avec l’ensemble des acteurs concernés, visant à la mise en œuvre de ce dispositif, tant en matière d’obligations de capacité de production que d’effacement.

Il faut noter que cette loi encourage les fournisseurs à recourir à des effacements de consommation. Ils peuvent passer des accords avec des clients qui acceptent de diminuer leur consommation aux heures de pointe et participent ainsi à la sécurité du système électrique. Ils sont rémunérés par RTE lorsque cet effacement résulte d’une demande du gestionnaire de réseau. Développer des capacités d’effacement a un autre avantage : cela permet d’éviter de démarrer des centrales fortement émettrices en CO2 en période de pointe, voire d’éviter d’investir dans des centrales à énergies fossiles qui produisent peu de temps dans l’année.

En quoi le développement des énergies renouvelables est-il un défi pour les opérateurs de réseau de transport ?

L’enjeu est d’abord technique. La production électrique renouvelable (éolien et photovoltaïque) est intermittente et donc sujette aux conditions météorologiques. Elle nécessite l’adaptation de nos infrastructures. C’est pourquoi RTE a développé des outils informatiques permettant de faire des prévisions plus fines sur la production.

Du point de vue des investissements, le raccordement au réseau des énergies renouvelables représente un effort important pour RTE. Pour les seules éoliennes terrestres et au vu de leur montée en puissance, nous estimons les investissements supplémentaires à un milliard d’euros d’ici à 2020. Mais il faudra également raccorder les éoliennes off-shore par câbles sous-marins et assurer leur connexion au réseau continental qui devra, dans certains cas, être renforcé. Cela représentera un investissement supplémentaire.

On se plaint beaucoup du manque d’ « esthétisme » des lignes électriques : que fait RTE pour réduire l’impact paysager de ses lignes ?

Nous avons, ces dernières années, intégré pleinement cette demande de la société et de nos concitoyens.

Le réseau existant, HT (haute tension) et THT (très haute tension), s’est ainsi réduit de plus de 1 000 km en 10 ans. Notamment grâce à la dépose de lignes anciennes et obsolètes, et à l’accroissement des capacités de transit des lignes existantes par l’utilisation de câbles de technologies nouvelles.

De même pour les lignes nouvelles ou à remplacer, nous avons de plus en plus recours à la mise en souterrain des lignes. Ainsi, en 2010, 66 % des nouvelles lignes 63 000 et 90 000 volts ainsi que 30 % des lignes 225 000 volts ont été construits en souterrain.

Les progrès techniques ne permettent toutefois pas à ce jour de mettre en souterrain les lignes à très haute tension de 400 000 volts en courant alternatif sur de longues distances. Il faudrait en effet installer des infrastructures particulières et très coûteuses, jusqu’à 10 fois le prix de l’aérien. Nous allons réaliser une liaison souterraine à courant continu entre la France et l’Espagne. Elle résulte d’un accord intergouvernemental et bénéficie d’une aide européenne. Ce genre de solution reste limité aux cas où toute autre option apparaît infaisable.

Enfin, nous nous efforçons systématiquement, maintenant, de trouver des solutions paysagères qui conviennent à tous lors de la rénovation ou construction de postes de transformation.

Vous avez créé une Fondation. A quoi sert-elle ?

Nous avons créé une Fondation qui soutient les initiatives contribuant à maintenir, développer ou consolider les solidarités et à préserver l’environnement en milieu rural. Depuis sa création, en 2008, la Fondation a accompagné 137 initiatives locales, réparties dans 64 départements, pour un montant total de près de 3 M€. Parmi ces projets, je peux vous citer, par exemple, le soutien à la création d’un atelier de transformation des produits du terroir dans l’Ardèche, l’aide à la mise en œuvre d’un chantier d’utilité sociale dans les Cévennes, ou encore le concours de la Fondation à la création d’un foyer rural au cœur des Flandres.

Et dans le domaine social, que faites-vous ?

RTE est une entreprise jeune, mais nous sommes en dialogue soutenu et approfondi avec les partenaires sociaux. Au cours des dernières années, nous avons ouvert de nombreuses discussions avec nos partenaires. RTE a d’ores et déjà pris des engagements dans le domaine de la diversité, de l’égalité professionnelle, de l’accompagnement professionnel, de la santé et de la sécurité au travail et signé un accord sur la gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences.

Quels sont les principaux enjeux pour RTE dans les années à venir ?

La construction de nouvelles lignes électriques peut susciter une forte opposition locale. Elle peut aller jusqu’à empêcher la réalisation du projet, ou à n’en permettre la réalisation qu’au prix d’aménagements coûteux qui posent à terme le problème du financement des ouvrages, à la charge de tous les utilisateurs du réseau.

Le législateur a mis en place des modalités de concertation ambitieuses en termes de participation des acteurs. Celles-ci sont parfois un peu lourdes, mais nous devons faire avec. Une simplification de certaines procédures serait nécessaire si on veut ramener les délais de réalisation des lignes à celui des centrales de production.

Pour notre part, nous nous attachons à informer et échanger avec les élus, les associations ou les riverains le plus en amont possible des projets. Nous serions favorables à formaliser cette concertation en créant des instances de concertation régionales dédiées à l’énergie, un peu sur le modèle de la gouvernance à cinq développée par le Grenelle de l’environnement, afin de débattre avec toutes les parties prenantes non seulement des modalités, mais aussi, et surtout de l’opportunité des projets.

Les chefs d’entreprise peuvent-ils contribuer à ce que RTE remplisse au mieux ses missions de service public ?

Il est essentiel que les décideurs économiques que sont notamment les membres du CJD aient connaissance des enjeux liés à l’accès à l’électricité. Le réseau électrique contribue au développement économique de notre pays. De ce seul fait, nous souhaitons associer les acteurs économiques aux processus de concertation dans le cadre du développement du réseau.

Mais au-delà, concernant le CJD, il me semble que nous partageons nombre de valeurs communes. C'est pourquoi je suis heureux d’avoir noué un partenariat avec le CJD. Je me réjouis aussi que son président, Michel Meunier, ait accepté d’être membre à part entière du Conseil des parties prenantes de RTE.

entretien avec Dominique Maillard
Le 18-04-2011
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