Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Achat durable : « Allons-y ! »

Gérard Brunaud
A l’occasion de la sortie, le 5 mai prochain, du rapport du CJD/ Nantes Métropole « Vers la performance globale de la commande publique », Gérard Brunaud, Vice président de l’ObsAR (Observatoire de l’achat responsable) fait le point sur l’achat responsable.
Comment est né l’ObsAR ?

L’ObsAR est né de la rencontre entre quelques acteurs de l’achat public (le Service des achats de l’État) et des achats privés (la Compagnie des Dirigeants et Acheteurs de France), avec le soutien d’amis rencontrés sur notre route et attentifs au sujet : le cabinet Mazars et A2Consulting dont la générosité nous a permis de commencer à fonctionner en attendant de pouvoir le faire grâce aux cotisations de nos adhérents.

Son développement s’est fait progressivement. Les acheteurs privés ont commencé à vouloir travailler sur des outils collaboratifs, une plateforme pour faciliter le rapport entre l’offre et la demande pour les achats au secteur handicapé et aux entreprises d’insertion. Du côté du secteur public, je cherchais à mobiliser les acteurs de ces réseaux du handicap et de l’insertion pour qu’ils se dotent des mêmes outils collaboratifs afin de renforcer leur visibilité auprès des acheteurs de l’État, qui ne les connaissaient pas du tout. Le premier outil que j’avais contribué à mettre en place est un site Internet qui référence les 4 500 structures françaises d’insertion par l’activité économique.

A partir du moment où les uns et les autres poursuivaient les mêmes objectifs, pourquoi ne pas travailler ensemble ? Nous nous sommes donc lancés, en octobre 2009, en proposant un questionnaire, qui est la base du premier baromètre de l’achat responsable paru en janvier 2010, à l’occasion d’un colloque avec des acheteurs et des parties prenantes.

Nous sommes encore une jeune association dont les statuts n’ont été déposés qu’en juillet 2010. Nous avons tenu notre deuxième colloque, accompagné de notre deuxième baromètre, l’hiver dernier.

Quels sont vos objectifs ?

Nous sommes un think tank, un espace d’échange de bonnes pratiques sur la question des achats responsables. Si nous n’avons pas tous les mêmes approches, nous nous posons les mêmes questions et notre idée est de nous enrichir mutuellement pour être le plus opérationnel possible.

Il ne faut pas oublier que c’est le patron de l’entreprise ou de l’organisme public de l’acheteur qui définit l’achat. Ce dernier doit donc le convaincre du bien-fondé des achats responsables en lui racontant les « belles histoires » qui ont été vécues ailleurs, qui vont lui permettre de faire des économies intelligentes et d’améliorer son image. Il est plus intéressant d’avoir une image de responsabilité sociétale qu’une image de pollueur ou d’affameur des peuples…

Quel état des lieux l’ObsAR dresse-t-il aujourd’hui de l’achat responsable ?

Nos observations confirment les chiffres publiés par l’OEAP (Observatoire économique de l’achat public) : aujourd’hui seulement 1,9 % des achats publics ou privés peuvent être dits « responsables ». Et pour l’État lui-même, c’est encore moins, c’est de l’ordre de 0,5 %, malgré le PNAAPD (Plan national d’action pour les achats publics durables) qu’il a lui-même publié en février 2007.

L’État a commencé en retard. Et comme le type de marchés qu’il passe porte sur deux ou trois ans, les résultats sont retardés d’autant. Mais un coup d’accélérateur a été donné, à partir de fin 2008, avec les deux objectifs concomitants des Grenelle de l’environnement et de l’insertion : l’État a désormais des objectifs ambitieux. Par exemple, en 2012, 10 % des achats de l’État, dans les segments qui comportent 50 % de main-d’œuvre, devront comporter des clauses sociales, c’est-à-dire concrètement proposer des heures de travail pour des personnes en insertion. L’objectif ne sera peut-être pas atteint à cette date, car on part de 0,5 %, mais il marque une volonté forte. On se donne les moyens d’avancer. Les administrations seront d’ailleurs sanctionnées en bonus ou en malus budgétaire selon qu’elles atteignent ou non les résultats demandés en matière d’achat durable.

Dans le secteur privé, il n’y a pas d’objectifs obligatoires, sauf ceux de la loi NRE (Nouvelle régulations économiques) de 2003 qui demande aux grandes entreprises un rapport développement durable. Mais évidemment, certaines font du « greenwashing » ou reportent sur les fournisseurs les exigences écologiques. Nous avons donc beaucoup de travail des deux côtés. Il est certain que l’on peut beaucoup mieux faire en matière d’achats durables. Nous avons une grande marge de progression.

Qu’indique spécifiquement votre baromètre de l’achat responsable ?

Nos réseaux d’acheteurs publics et privés qui ont répondu à notre questionnaire nous donnent une photographie de l’état de l’art aujourd’hui. Le mot d’ordre, c’est « on s’y met, on y va ». 73 % des directeurs achats lancent une politique d’achat responsable. Dans les faits, les résultats ne se verront que d’ici quelques mois ou années. Mais le pli est pris, le sujet est à l’ordre du jour. Cela veut dire que le top management est lui aussi convaincu, puisque c’est lui qui donne le feu vert.

Mais il faut convaincre les acheteurs eux-mêmes ?

Oui. Ce n’est pas un problème concernant les clauses environnementales : les techniciens savent ce que sont les produits respectueux de l’environnement, ils en connaissent le prix, l’utilisation possible, la pérennité, les conditions de recyclage. C’est une question technique relativement simple. Il y a aussi des écolabels qui facilitent le travail.

En matière d’insertion, c’est beaucoup plus complexe. Nous sommes dans l’humain. Donc les acheteurs ont besoin de se faire aider par des accompagnateurs et des sites, comme celui dont je parlais plus haut, par des facilitateurs, comme les PLIE (Plans locaux pour l’insertion et l’emploi) ou les maisons de l’emploi, qui peuvent les seconder. Mais le plus difficile, c’est sans doute de passer outre les avertissements de tous les techniciens du monde qui disent : « ne faites surtout pas ça ! Ça va être plus compliqué, ça va durer plus longtemps, vous n’aurez pas la même qualité de service, les employés seront ingérables et au total, ça va vous coûter plus cher ».

Quand un patron entend ça, alors que son acheteur veut mentionner des clauses sociales dans le marché, ce dernier à intérêt à avoir de bons arguments.

Un de nos rôles, à l’ObsAR, est de lui donner des arguments en prouvant que ce n’est ni plus long, ni plus cher et tout aussi qualitatif. C’est à nous de les informer, de diffuser les bonnes pratiques, les bons exemples et les bons résultats.

Nous avons un groupe de travail sur l’insertion qui va donner des éléments à tous les acheteurs.

Il y a également des problèmes juridiques, en particulier pour l’achat public ?

Les acheteurs publics ont été formés dans l’idée d’éviter tout favoritisme au nom du principe constitutionnel de l’égalité des chances, qu’il faut effectivement respecter, et leur point de vue initial est uniquement juridique, procédural. Du coup, ils ont soigneusement évité de connaître les entreprises. Pourtant, l’achat est d’abord un acte économique. Pour que la dimension juridique ait sa place, mais n’ait que sa place, qui est seconde, les acheteurs doivent avoir une meilleure formation économique. Dans cet esprit, la nouvelle politique d’achat de l’État comporte clairement 4 objectifs : faire des économies, utiliser la commande publique comme levier d’insertion, réaliser des achats durables, favoriser l’accès des PME à la commande publique. Pour y parvenir, l’État travaille sur deux axes : la mutualisation des achats et la professionnalisation des acheteurs.

Tenir compte de l’environnemental ou du social rend-il pas l’achat plus complexe ?

Quand on dit qu’il faut professionnaliser, ce n’est pas un vain mot. Le durable, le responsable, demande de penser global, de prendre tout en compte. C’est effectivement plus complexe. Cela demande de réfléchir très en amont. Et de se faire aider. Ainsi, on ne peut pas demander à l’acheteur public ou privé d’être un spécialiste de l’insertion sociale. L’idée est plutôt qu’ils se fassent accompagner par des gens du métier qui connaissent les lois sociales, ont une vision de l’emploi local et seront des facilitateurs.

Quels sont les bons arguments pour pousser les acheteurs à aller vers le durable ?

Le double bénéfice : un bénéfice économique et un bénéfice d’image.

Si on réfléchit à long terme sur le coût global, ce qui peut être un peu plus cher aujourd’hui, s’avère souvent plus économique sur la durée de vie et le cycle d’utilisation.

Mais on fait aussi une économie pour la société que l’entreprise ou le service public peuvent revendiquer en termes d’image. Et l’on sait, a contrario, combien coûte aujourd’hui le risque d’image.

Donc, allons-y !

Propos recueillis par Bruno Tilliette
Le 25-04-2011
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