Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Fukushima, vu de Chine, du Chili et d’Espagne

La grande vague nucléaire
Quelles sont les réactions dans vos pays respectifs sur les événements du Japon ? Quelle est la position de vos pays sur le nucléaire ? Les réponses apportées par trois des correspondants du CJD à l’étranger montrent des réactions contrastées.

Chine - Alina Quach : « L’opinion publique n’ébranle pas la politique nucléaire du pays »

La Chine et les Chinois n'ont pas échappé à la vague de panique à l'annonce de l'accident nucléaire de Fukushima. Les magasins ont été dévalisés en pastilles d'iode et même en sel de table. Compte tenu de la proximité géographique, cela n'est pas étonnant. Les mesures de la radioactivité de l'air et de la terre sont régulièrement prises, montrant des taux faibles sans incidence sur la santé. Il n'y a cependant pas eu de mouvement de foule parmi la population chinoise. Hong Kong et Shanghai ont vu arriver certains expatriés résidant au Japon.

L'accident survenu au Japon met en exergue les risques liés au nucléaire. Les Chinois sont bien sûr sensibles à ces questions, mais l'opinion publique n'ébranle pas la politique nucléaire du pays.

La politique énergétique est la pierre angulaire d'un pays aussi immense que la Chine, laquelle a besoin de maîtriser son approvisionnement en énergie pour le développement de ses industries. Ce souci répond également à la volonté de développer l’économie « bas carbone » basée sur une faible consommation énergétique ainsi qu'une réduction de la pollution et des émissions.

L'enseignement communément partagé est que la Chine va désormais développer son industrie nucléaire en s’inspirant de l'expérience japonaise par une recherche des techniques les plus avancées pour anticiper les risques nucléaires et augmenter la capacité à résoudre le problème le plus rapidement possible.

Actuellement, certains journaux d'État chinois accusent le gouvernement japonais d'avoir manqué de transparence quant aux événements intervenus, allant même jusqu'à demander au Japon des excuses publiques du fait de l'exposition subie par les pays avoisinants. Le premier ministre Wen jia Bao a instamment demandé à son homologue une information complète et détaillée sur l'évolution de cette situation de crise nucléaire.


Chili - Raul Troncoso : « Les projets de centrales sont remis en cause »

La production énergétique du Chili repose essentiellement sur des centrales hydrauliques et thermiques. A la différence de l’Argentine, notre pays ne possède pas encore de centrales nucléaires. Cependant, le déficit énergétique prévu, dû à la croissance soutenue du pays ces vingt dernières années, a rendu son étude prioritaire. Le mois dernier un accord a été conclu avec les États-Unis pour commencer à étudier cette nouvelle piste.

Le tremblement de terre du Japon et ses conséquences sur Fukushima ont remis ces projets en cause. Le Chili et le Japon sont les deux pays les plus sismiques de la planète parce qu’ils sont situés sur les failles de ce que l’on appelle la « Ceinture du Pacifique ». Les premières réactions ont été en majorité pour la suppression de l’énergie nucléaire au profit du développement des énergies renouvelables (éolien, solaire dans le désert du Nord). Mais on dit qu’elles ne couvriraient au mieux que 20 % des besoins énergétiques nationaux.

Le gouvernement a indiqué qu’il continuerait les études malgré tout. Les défenseurs de l’environnement et divers acteurs sociaux ont rejeté cette option. Mais dans le même temps, le processus de construction des centrales hydroélectriques est à moitié paralysé par le mal que cela pourrait causer au tourisme en Patagonie chilienne et à cause de la pollution des lignes à haute tension nécessaires à son transport.

Tandis que la croissance se poursuit dans le pays, les délais diminuent pour répondre aux mesures que le gouvernement devra nécessairement adopter. Il faudra un grand effort pour obtenir un accord, et il y aura certainement des manifestations de la part de ceux qui s’opposent non seulement au nucléaire, mais plus largement au développement du modèle capitaliste de marché, associé à la croissance économique et à la concentration de richesses.


Espagne - Samuel Pinello : « Les pronucléaires ont adouci leur ligne de conduite »


Tchernobyl, Fukushima... Ces deux noms reviennent dans les reportages télévisés qui traitent du nucléaire. Des conséquences à court terme désastreuses, et des conséquences à long terme que l'on ne connaît pas encore tant elles dépassent l'échelle humaine. L'opinion publique en Espagne semble convaincue que le risque zéro n'existe pas. Les pros nucléaires brandissent leur seule arme encore valable : le nucléaire permet de fournir de l'électricité à des milliers de foyers à des coûts bien inférieurs à ceux des énergies renouvelables.

Le débat sur le nucléaire s’était ouvert en 2009. La centrale nucléaire de Garoña, une des plus anciennes d'Europe et appartenant à la liste noire des 30 centrales construites avant 1972, se voyait menacée de fermeture. Finalement, après d'âpres négociations, la date de fermeture de la centrale a été fixée à 2013... avec possibilité de prolongation jusqu'en 2019 en fonction de l'adoption de mesures de sécurité supplémentaires.

Les évènements du Japon ont fortement compromis la possibilité de prolongation de la durée de vie de cette centrale jusqu'en 2019. Les pronucléaires (essentiellement le Partido Popular, actuellement dans l’opposition) ont adouci leur ligne de conduite ; ils pensent toujours que le nucléaire doit être maintenu comme source principale d'énergie pour les pays développés disposant de peu de ressources naturelles, mais admettent en parallèle que des mesures très strictes de sécurité doivent être mises en place et que les centrales nucléaires en fin de vie doivent être fermées selon l'échéancier fixé. Les antinucléaires (les partis de gauche) ont radicalisé leur point de vue et envisagent un programme pour faire entrer progressivement l'Espagne dans le club des pays de zéro centrale nucléaire.

Par les correspondants du CJD
Le 3-05-2011
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