Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


L’achat public responsable, levier de la performance globale

Jean-Marc Ayrault et Michel Meunier
Sous le titre « Vers la performance globale de la commande publique, propositions pour développer l’achat responsable », le CJD sort aujourd’hui un rapport élaboré conjointement par des membres du CJD Nantes Atlantique et de la communauté urbaine Nantes Métropole. Jeune-dirigeant.fr reprend ici la préface de ce rapport cosignée par Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes et président de Nantes Métropole et Michel Meunier, président national du CJD.

« A l’heure où nos modes de consommation sont questionnés - appauvrissement des ressources naturelles, changement climatique, biodiversité à préserver, conditions de travail inhumaines -, les collectivités locales ont plus que jamais un rôle d’exemple à jouer, et notamment par le biais de leurs achats.

La toute dernière enquête de l’ObsAR (Observatoire des achats responsables) est riche d’enseignements[1] (voir aussi l’interview du vice-président de l’ObsAR). La mise en place d’une politique d’achats responsables arrive en tête des motivations des directions achats du public et du privé. Elle est la priorité pour 67 % d’entre eux (et pour 82 % des acheteurs du secteur public), devant la nécessité de réduire les coûts des produits et services (61 % pour l’ensemble des personnes interviewées, 76 % pour l’achat public). Cela signifie clairement que, dans l’esprit des acheteurs, dépenser moins, c’est avant tout dépenser mieux, en respectant les règles de la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises).

Près des 4/5e (79 %) des organismes interrogés ont d’ailleurs mis en place, en leur sein, une politique d’achats responsables ces dernières années, et ce sujet n’est pas d’actualité pour seulement 12 % d’entre eux. Il faut cependant nuancer cet enthousiasme. Si l’achat durable est plébiscité dans son principe, il n’est pas encore totalement rentré dans les mœurs.

Parmi les obstacles rencontrés, les deux tiers des acheteurs considèrent qu’ils n’ont pas les moyens de maîtriser le caractère responsable de leurs fournisseurs, notamment, pour 59 % d’entre eux, parce qu’ils manquent d’indicateurs et de référentiels clairs[2]. Revient aussi subrepticement, par ces temps de rigueur, la contrainte budgétaire qui, pour 55 % des sondés (68 % dans le public !) constitue un frein à la prise en compte des critères RSE. Le mieux-disant n’a pas encore eu totalement gain de cause sur le moins-disant, tant s'en faut.

Un dernier chiffre, heureusement, rend optimiste sur l’évolution des achats responsables : 90 % des personnes interviewées sont convaincues de leur intérêt stratégique pour les entreprises comme pour les organismes publics.

Un « moins cher » souvent très onéreux

Cette enquête récente de l’ObsAR confirme pleinement le constat que le CJD afait, depuis déjà plusieurs années : si la RSE et le développement durable font désormais partie des « éléments de discours » des entreprises et des institutions, elles ont encore du mal à pénétrer dans leurs pratiques quotidiennes.

Le maniement du rapport qualité-prix dans l'achat public est encore mal maîtrisé ce qui freine, dans la pratique, l'abandon de la culture du moins-disant. Et l'on sait que le moins cher d'aujourd'hui est rarement le plus efficace et le plus rentable sur le long terme.

Pour que l’achat public devienne exemplaire, tant en matière de développement durable que de performance, il a besoin de se professionnaliser et de tenir compte, avec plus de transparence, du contenu qualitatif des offres.

De ce point de vue, s’engager résolument dans une démarche de performance globale permettrait de prendre une hauteur et une distance suffisantes pour s’apercevoir que le soi-disant moins cher a souvent un coût social et environnemental qui le rend en réalité très onéreux.

La performance globale, c’est-à-dire la prise en compte d’un équilibre entre performances économique, sociale, sociétale et environnementale, n’est pas un luxe, mais une nécessité si l’on veut échapper aux crises successives et toujours plus profondes vers lesquelles nous entraîne la dictature du tout financier.

C’est cette vision de l’entreprise et de la société que le CJD défend depuis près de 10 ans, dans la continuité de son intuition fondamentale – qui a présidé à sa création en 1938 : mettre l’économie et l’entreprise au service de l’homme et de la vie.

C’est également la conviction de Nantes - nommée récemment capitale verte de l’Europe en 2013 – qui s’est engagée, depuis plus de vingt ans, sur la voie du développement durable. Ce succès, est le succès de tous : collectivités, entreprises, associations et habitants.

Aussi, à la « responsabilité sociale » nous préférons la notion de « performance globale » qui positionne l’entreprise ou la collectivité comme employeur, acheteur et acteur économique d’un projet durable de territoire.

Encore faut-il, là aussi, pouvoir encourager le plus grand nombre d’acteurs à passer de l’idée à l’action. Le CJD a, pour cela, mis au point de nombreux outils qui permettent à chaque chef d’entreprise, mais aussi à chaque responsable d’organisme public, d’entrer concrètement dans une démarche de performance globale, d’évaluer sa progression et de s’inspirer des bonnes pratiques déjà expérimentées par les autres (voir notamment le site gps.cjd.net).

Se comprendre mutuellement

Le présent rapport, « Vers la performance globale de la commande publique », s’inscrit dans la même volonté d’apporter des outils concrets pour la mise en œuvre de la performance globale, cette fois-ci du côté des achats publics. Ils représentent, dans notre pays, 10 % du PIB, et constituent donc un levier d’action considérable pour engager les entreprises à plus de responsabilité sociétale.

Ce document est le fruit de la collaboration remarquable, entamée depuis plus de deux ans, entre des membres de la section du CJD Nantes-Atlantique et des responsables de la communauté urbaine Nantes-Métropole. Ce groupe de travail s’est retrouvé, en dehors de tout positionnement idéologique, sur un objectif commun : accélérer le développement des achats responsables dans la commande publique qui restent encore trop marginaux (12 % du total), et encourager, de ce fait, les entreprises à prendre le chemin de la performance globale ; et sur une méthode : chercher à comprendre leurs attentes et leurs contraintes réciproques pour dépasser par le haut des conflits qui peuvent naître de logiques parfois contradictoires.

Ce dialogue constructif entre les parties prenantes d’un même problème relève, en lui-même, de la performance globale. Il permet aujourd’hui, au travers de ce rapport, de faire bouger les lignes entre acheteurs publics et entreprises et d’avancer des propositions pour assouplir un Code des marchés publics dont la rigidité actuelle ne facilite pas l’achat responsable. Il permet également d’offrir un « guide juridique » destiné à aider les acheteurs à mieux intégrer les démarches RSE et performance globale dans les marchés publics, notamment en leur proposant une liste de critères sociaux, sociétaux et environnementaux qui leur manquaient et auxquels ils pourront maintenant se référer.

Formulons un souhait : que ces outils, rapport et guide, mis à la disposition des entreprises et des acheteurs publics - mais dont les acheteurs privés peuvent aussi s’inspirer - participent au doublement (soit 25 %) des achats responsables dans la commande publique au cours des deux années qui viennent. Nous pourrons le mesurer dans l’enquête de l’ObsAR 2013.

Le rapport est téléchargeable sur le site achat-public-responsable.fr

[1] Étude quantitative réalisée par OpinionWay, du 10 novembre au 15 décembre 2010, auprès d’unéchantillon de 200 personnes en charge des achats dans leur structure, représentatifdes organisations publiques (collectivités, ministères, fonction publique hospitalière...), 34 % des interviewés, et des entreprises (Industrie, Commerce et Services), 64 % des interviewés.

[2] Ce qui conforte le CJD dans son souhait de voir créer un label « Entreprise responsable » fondé sur les critères d’évaluation de la performance globale. C’est un point essentiel que nous abordons dans ce rapport.


Jean-Marc Ayrault et Michel Meunier
Le 5-05-2011
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