Juillet 2018


4 scénarios pour la France de demain

Il y a trois ans, Futuribles élaborait quatre scénarios pour 2030 que Cécile Désaunay et François de Jouvenel ont résumés ici. Ne cherchez pas lequel est le plus probable, exercice trompeur, et encore moins ce « scénario de continuité » qui est censé représenter la tendance actuelle et intéresse donc beaucoup les observateurs. Or, généralement, si on continue tout droit, on va dans le mur. L’actualité nous le montre aisément. C’est comme si un conducteur bloquait sa direction pour rouler tout droit. A un moment, l’instinct de conservation l’emporte sur la paresse et l’automobiliste reprend le volant. C’est pourquoi le scénario de continuité est, à terme, le moins probable. Mais trois ans après, le vehicule a-t-il déjà un peu dévié de sa trajectoire fatale ?

Le but de l’exercice effectué par Futuribles est de montrer que plusieurs trajectoires sont possibles dans les 20 prochaines années et que, pour l’heure, toutes les options restent ouvertes : les décisions, les attitudes que nous adopterons aux niveaux collectifs et individuels auront un rôle déterminant dans la construction de la France de 2030.

Trois des quatre scénarios font l’hypothèse que le prix du pétrole dépassera 300 dollars US le baril par à-coups, surtout après 2015. Il se stabiliserait ensuite autour de 150 dollars.

Scénario 1: « compétitivité et responsabilité sociale des entreprises ».

L’augmentation des prix des énergies fossiles menaçant la compétitivité des entreprises françaises, l’État baisserait la fiscalité sur le travail, exigeant, en retour, des entreprises qu’elles appliquent des politiques de responsabilité sociale actives. L’Union européenne créerait un label « Entreprises responsables » et peu après, vers 2018, une réforme française des emplois et des retraites repousserait ces dernières à 77 ans, instaurant un passeport garantissant la portabilité de droits des salariés. Les consommateurs seraient plus sensibles au « made in France », distingueraient « bonnes » et « mauvaises » entreprises. Le chômage vers 2030 serait de 5 % seulement, mais des poches de pauvreté se développeraient avec des inégalités marquées entre salariés bien protégés par de grandes entreprises performantes et des indépendants.

Scénario 2 : « société duale »

Il se déroule sur fond de « perte de compétitivité des économies européenne et française, absence de réaction politique et accentuation des fragmentations économiques, sociales et territoriales. La France est de plus en plus scindée entre des populations protégées par leur emploi ou leur situation personnelle et d’autres de plus en plus précaires. Cette situation accroît les tensions sociales. » Les délocalisations d’entreprises et l’élimination des personnels par l’automatisation des services s’accélèrent. Les fermetures d’usines provoquent des conflits violents au cours des années 2010, avec une montée du travail au noir, des scandales à répétition à propos du surendettement des ménages. Certaines grandes entreprises françaises vont garder une bonne place internationale grâce à une baisse de la fiscalité en leur faveur. Mais en contrepartie les protections sociales s’affaiblissent. Les inégalités s’accentuent, entre niveaux de diplômes, régions. Le chômage ne sera plus que de 9 % vers 2030, mais les banlieues s’embraseront régulièrement dans un pays plus violent, fragmenté, où chacun se repliera sur son clan et où les grandes mobilisations collectives disparaîtront.

Scénario 3 : « la grande classe moyenne »

Les politiques réagissent aux difficultés financières et à la concurrence internationale. La France et l’Allemagne relancent le « couple franco-allemand », afin de dynamiser leurs économies respectives, s’efforcent de renforcer la coopération économique européenne, développent une politique protectionniste au niveau de l’Union. Ils entraînent rapidement d’autres pays membres dans cette direction, avec la nomination d’un ministre européen de l’économie en 2015 et des normes limitant les importations et intégrant, outre les revendications de lobbies, celles d’ONG et des préoccupations écologiques. L’Europe subventionne les recherches sur les énergies renouvelables et les secteurs de pointe. En France les citoyens s’impliquent dans les débats politiques, ont davantage confiance dans les hommes politiques. Cela aboutit à beaucoup moins d’inégalités de revenu et 5 % seulement de chômage en 2030.

Scénario 4 : « économie locale »

L’interconnexion mondiale accroît les délocalisations. En réaction, des mesures protectionnistes sont prises. Vers 2016 un accord sur « la réduction du coût du travail et la réindustrialisation de l’Europe » est adopté avec des résultats sensibles. Les pays de la zone euro font stagner les salaires. La production locale est valorisée par entreprises et consommateurs, pour limiter les importations, dynamiser l’emploi préserver l’environnement. « Ces tendances favorisent le développement d’une économie de la fonctionnalité centrée sur l’usage plutôt que sur la propriété des biens. » La fourniture de produits et de services s’intègre de plus en plus. Certaines tâches sont « réhumanisées ». Vers 2020 le chômage français passe sous la barre des 6 %, mais le système de protection sociale réduit ses prestations, les inégalités s’accroissent, la pauvreté des personnes âgées se développe à nouveau. Les écarts entre territoires s’accentuent également, favorisant les zones proches des métropoles.


France 2030 : quatre scénarios, par Cécile Désaunay et François de Jouvenel. Futuribles N° 374, mai 2011, pp. 5-22.

André-Yves Portnoff
Le 22-12-2014
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