Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


« Les diplômés de l’Université, des esprits libres et innovants »

Baki Youssoufou
« Cessez de nous considérer comme la génération sacrifiée ! Donnez-nous simplement les moyens pour construire notre avenir ! ». Dans l’environnement actuel balançant entre morosité et sinistrose, le discours du président de la jeune Confédération étudiante, Baki Youssoufou tranche par sa détermination et son réalisme. Le leader étudiant se présente comme le porte-parole d’une « génération charnière, mondialisée » qui n’a pas connu de guerre et a vu naître Google, Facebook, Twitter et les nanotechnologies. Encore faut-il que ces jeunes « mobiles et ouverts » puissent être intégrés dans le monde professionnel. C’est tout le sens de l’action de la Confédération étudiante et de ses 5200 adhérents. Dans cet entretien, Baki Youssoufou invite les entrepreneurs à faire confiance aux diplômés des Universités, bien armés pour porter l’innovation dans l’entreprise.

jeune-dirigeant.fr : Quel bilan tirez-vous de votre engagement pour l’insertion des étudiants issus de l’Université dans l’entreprise ?

Baki Youssoufou : A la Confédération étudiante, dès le début, nous pensions que les deux missions historiques de l’Université - la formation et la recherche - ne suffisaient pas. L’Université devait se préoccuper du devenir de ses étudiants. Le référendum national que nous avons organisé en 2007, auquel ont pris part plus de 200 000 étudiants, nous a confortés dans cette voie. Une troisième mission devait être ajoutée, l’insertion professionnelle. Nous avons interpellé alors les principaux candidats aux élections présidentielles qui se sont tous engagés sur cette mesure. Nous avons eu gain de cause avec la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités ou LRU du 10 août 2007 ajoutant une nouvelle mission à l’université, « l’orientation et l’insertion professionnelle ».

Comment se traduit concrètement cet engagement ?

Aujourd’hui, dans la majorité des universités autonomes (NDLR : la loi LRU prévoit que toutes les universités doivent, avant 2012, acquérir leur autonomie, notamment sur le plan financier), il existe des référents qui assurent le lien avec le monde de l’entreprise. Ces bureaux d’aide à l’insertion professionnelle conseillent les étudiants sur l’orientation, animent des ateliers de CV, organisent des rencontres régulières avec les entreprises. Quand j’ai commencé mes études, il y avait un forum de l’entreprise une fois par an et encore il ne se tenait pas dans un bâtiment de l’université ! Quel changement. Je pense, hélas, que l’université évolue plus vite que l’entreprise.

Qu’attendez-vous précisément des entreprises ?

Les entreprises s’ouvrent de plus en plus aux universités puisqu’elles embauchent 70 à 75 % des diplômés qui en sortent. Mais trop souvent encore, les dirigeants des grandes entreprises, en majorité issus des grandes écoles, ont tendance à préférer recruter pour un même poste les diplômés de leur ancienne école … ou d’une école qui ressemble à la leur. C’est parce qu’ils ne connaissent pas bien le monde universitaire d’aujourd’hui qui a beaucoup changé. Il peut sortir de l’Université de bons managers, de bons leaders.

 … comme des écoles de commerce ?

Quand un étudiant a fait histoire de l’art et management, il a plus de compétences transversales qu’un étudiant qui sort d’une école de commerce ! Ce n’est qu’un exemple, mais pas si caricatural. En recrutant dans les grandes écoles, les entreprises embauchent le même profil. Dans l’Université, effectivement, on peut tomber sur tout… sauf des profils ! Embaucher des diplômés de l’Université, ce n’est pas seulement jouer la diversité, la mixité sociale, c’est aussi une démarche qui peut s’avérer rentable. Avec l’évolution de l’économie, sa mondialisation, chacun sait qu’il faut changer les paradigmes dans l’entreprise. On ne peut les changer avec les mêmes personnes qui ont géré le management depuis des années et sont issues des mêmes écoles. Pour éradiquer cette forme de consanguinité, il faut ouvrir l’entreprise… et accepter des esprits libres et capables d’innover et de faire évoluer l’outil de travail.

Comment les étudiants en université se préparent-ils à intégrer le monde de l’entreprise ?

Il faut savoir que dès la première année en mastère, leur préoccupation n°1 et de loin, c’est leur avenir professionnel. Ils apprennent aussi à connaître de l’intérieur l’entreprise : 40 à 42 % des étudiants travaillent en-dehors de leurs études et même 70 % si l’on tient compte des emplois d’été. Un travail qui ne leur permet pas seulement de « payer leurs études », mais leur apporte des compétences malheureusement pas assez valorisées. Nous souhaitons d’ailleurs qu’avec leur diplôme, les étudiants puissent disposer d’un document qui décrirait leur parcours individuel, les emplois tenus, les engagements dans une association, les périodes passées à l’étranger. Enfin, les étudiants des universités se mobilisent pour faire jouer la carte de la solidarité entre « anciens » : des réseaux d’anciens ont ainsi déjà été constitués dans une dizaine d’universités. Les résultats sont là : l’insertion professionnelle progresse.


Cet article a également été publié dans le numéro 93 du magazine trimestriel Jeune Dirigeant.
propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
Le 16-08-2011
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