Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Un regard international sur la place des PME

La polémique fait souvent rage sur le poids respectif des PME dans les pays européens. Le chapitre 3 du « Panorama des PME » réalisé par l’économiste Gilles Le Blanc à la demande du CJD (voir son intreview), et que nous publions ci-dessous, apporte un éclairage précis sur le sujet.

Comment la France se compare-t-elle aux autres pays en ce qui concerne la place des PME dans l’économie ? On avancera dans cette section quelques éléments de réponse en examinant  la répartition de l’emploi et la productivité du travail.

Tableau 12 : Répartition de l’emploi par taille d’entreprises en 2007

Emploi (%)

Micro entreprise

Entreprise moyenne

Grande entreprise

Union européenne 27

29,5

37,6

32,9

Allemagne

19,1

41,2

39,6

Espagne

38,3

39,3

22,4

France

24,3

36,2

39,5

Italie

46,6

34,5

18,9

Pays-Bas

29,3

38,9

31,7

Pologne

37,9

30,2

31,9

Suède

24,4

39,3

36,3

Royaume-Uni

21,5

32,6

45,9

Plus forte proportion

Grèce

Royaume-Uni

Lituanie

Plus faible proportion

Slovaquie

Grèce

Grèce

Source : Eurostat, 2011. Base : sociétés non financières

La France est proche de la moyenne européenne en ce qui concerne le poids des PME dans l’emploi, la vraie différence portant sur les parts relatives des microentreprises (cinq points de % plus faible) et des grandes entreprises (6,5 points plus élevée). Par rapport aux économies de taille comparable, les écarts les plus marquants concernent d’une part l’Allemagne, où les entreprises moyennes ont un poids dans l’emploi plus élevé de cinq points de pourcentage, et d’autre part l’Italie et le Royaume-Uni, où la part des PME dans l’emploi est plus faible de 1,7 et 3,6 points respectivement. En Allemagne (comme en Espagne, en Suède ou aux Pays-Bas), ce sont les entreprises moyennes qui pèsent le plus dans l’emploi relativement aux micro et grandes entreprises. Les divergences avec la France, le Royaume-Uni et l’Italie s’expliquent dans les deux premiers cas par une part beaucoup plus élevée des grandes entreprises dans l’emploi, et dans le dernier, par un poids très important des effectifs des microentreprises (schématiquement deux fois plus élevé qu’en Allemagne et en France). Ce comparatif illustre bien l’intérêt de distinguer les très petites entreprises de moins de 10 salariés dans l’ensemble PME et de ne pas se limiter à l’opposition PME/grande entreprise pour faire ressortir les caractéristiques de chaque pays.

L’examen des dynamiques d’emplois révèle des différences plus fortes entre la France et les autres pays. Le phénomène d’autoentrepreneur a renforcé une caractéristique déjà ancienne soulignée par exemple par le rapport Emploi, le défi français de McKinsey en 1995. Plus de la moitié des emplois nouveaux sont le fait des entreprises nouvelles, alors que c'est essentiellement la croissance des entreprises existantes qui assure les créations d’emplois en Italie et surtout en Allemagne. Outre-Rhin, sur 9 emplois nouveaux, 2,5 seulement viennent de toutes nouvelles entreprises et 6,5 de structures anciennes. Or les nouvelles entreprises créées en France sont à la fois de petite taille (moins de la moitié ont plus d’un salarié) et voient leurs effectifs progresser très lentement. Par exemple, au Royaume-Uni, une entreprise compte en moyenne7 ans après son démarrage 80 employés contre 20 en France. Le résultat est que l’effectif moyen de toutes les entreprises (des individuelles aux grands groupes) est de 2,7 personnes en France contre 6,6 aux États-Unis et 4,5 en Allemagne.

Une deuxième variable intéressante à examiner est la productivité apparente du travail, mesurée comme le rapport entre la valeur ajoutée et les effectifs employés. Les données disponibles (2003) montrent en effet au sein de l’Union européenne des contrastes marqués entre les pays.

Tableau 13 : Productivité apparente du travail par taille d’entreprises en 2003 (milliers euros)

Effectifs

1-9

10-49

50-249

Plus de 250

Total

Union européenne 25

28,3

37,8

43,9

53,6

40,8

Allemagne

40,3

42,4

50,4

60,6

50,7

Espagne

24

32,9

40

52,3

34,6

France

41,1

42,9

46,5

57,5

48,8

Italie

24,9

37,6

48,5

59,3

37

Pologne

4,8

11,7

14,3

21,4

12,3

Royaume-Uni

42,1

44,9

55,5

53,3

49,7

Source : Eurostat, 2011. Base : sociétés non financières

La valeur ajoutée mesurant l’écart entre le prix de vente des biens et services et le coût (salaires et achat) de leur production, le niveau de productivité du travail nous renseigne indirectement sur l’efficacité interne et le positionnement de marché moyens de la catégorie d’entreprise considérée. La France se compare favorablement aux autres grands pays européens sur cette variable chez les micro et petites (moins de 50 salariés) entreprises : légèrement au-dessous du Royaume-Uni, légèrement au-dessus de l’Allemagne et nettement au-dessus de l’Italie. Par contre, dans les entreprises de 50 à 250 salariés, un écart significatif apparaît vis-à-vis de ces pays. La productivité apparente du travail est en France dans cette catégorie d’entreprises inférieure de 4 % à l’Italie, 8 % à l’Allemagne et 19 % au Royaume-Uni. Il faudrait des informations supplémentaires pour distinguer ce qui relève dans cet écart de l’efficacité productive et du positionnement prix, en considérant la composition sectorielle de cette catégorie d’entreprises pour chaque pays, les coûts salariaux, le ratio d’exportations… Néanmoins, d’autres travaux et des observations empiriques suggèrent que l’écart important de productivité des PME (50-250 salariés) allemandes (9 %) et britannique (19 %) résultent principalement d’un positionnement de gamme, d’une différenciation qualité et d’une capacité à fixer les prix des biens et services offerts.


Le rapport complet est téléchargeable sur le site du CJD

Gilles Le Blanc
Le 6-09-2011
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