Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Papili, des doudous équitables

Lucile Bernadac au Sénégal
A 6 ans, Lucile Bernadac organisait des manifestations dans la cour de récré pour la paix dans le monde. A 22 ans, elle percevait l’entreprise selon le modèle décrit par Zola. Aujourd’hui, elle a su concilier son besoin d’engagement social et sa créativité à travers Papili, première entreprise française de doudous et de jouets éthiques en coton bio-équitable, qu’elle a créée en 2006, à Clermont-Ferrand.

Née dans une famille de militaires et de scientifiques, Lucile Bernadac a dû se battre pour imposer son choix de poursuivre des études littéraires. Latiniste, spécialiste de la philosophie classique, elle s’inscrit ensuite dans une école de commerce où elle suit un parcours de communication/marketing et stratégie tout en occupant en alternance un poste d’assistante commerciale dans un grand groupe d’assurance bancaire. Mais le fossé avec ses convictions sociales et humanistes est trop grand et Lucile décroche un contrat de professeur enseignant chercheur qui lui permettra de passer un DEA de gestion éthique des affaires et un doctorat sur la responsabilité sociétale de l’entreprise.

C’est ainsi qu’elle croise pour la première fois le CJD. « Dans les colloques, se souvient-elle, les entrepreneurs du CJD étaient les seuls à présenter des cas concrets, des pratiques issues des expérimentations menées en entreprise. » De cette période, Lucile déclare : « Je me suis fais plaisir, mais, un jour, on m’a fait comprendre que je devais choisir entre avoir des enfants ou faire de la recherche ! ».

Après un bref passage dans le privé, Lucile, qui se définit comme quelqu’un n’aimant pas rentrer dans les cases, décide de lancer sa propre entreprise. Jeune maman, elle refuse d’offrir à ses filles des peluches fabriquées dans des ateliers où il ne vaut mieux pas entrer, quelque part en Asie ou ailleurs. Elle veut non seulement des jouets éthiques, mais également ludiques, esthétiques et porteurs de valeurs. Lucile s’engage alors dans la création de Papili, projet où elle va se réaliser en tant que maman mais également en tant qu’entrepreneure militante.

Bio et équitable

On a tendance à restreindre le commerce équitable au café et autres denrées alimentaires. Mais la filière du coton est labellisée depuis 2005 et, dès le début, Lucile a proposé des doudous élaborés en coton biologique (certifié Ecocert), 100 % équitable, et labellisés Fair Trade par FLO-Cert.

Pour Lucile, le bio et l’équitable ne sont pas une question de mode. Aussi la filière de réalisation des doudous en coton équitable et biologique est-elle totalement transparente. Le coton utilisé est cultivé et récolté au Sénégal dans le respect de l’environnement ainsi que des femmes et des hommes qui y travaillent. Lucile est d’ailleurs fière d’affirmer : « Depuis le début de notre collaboration, les conditions de vie et de travail se sont considérablement améliorées et de nombreux projets de développement ont vu le jour. » Après transformation en France (tissage, teintures et impressions OEKOTEX 100 Classe 1, sérigraphie labellisée Imprim’Vert), la confection des doudous est ensuite confiée soit à un atelier d’insertion de femmes en France, soit à des ateliers partenaires en Tunisie. Dans ce dernier cas, le commerce équitable permet aux salariés de bénéficier d’améliorations tangibles dans leurs conditions de vie et de travail.

La sorcière de l’histoire

Depuis cinq ans, 150 000 pièces se sont vendues en France, en Europe et même plus loin et Papili occupe à présent 3 % de parts de marché. Lucile attribue cette jolie croissance aux médias qui ont très rapidement mis en valeur le concept et les produits.

Les innovations sont nombreuses, telle la première veilleuse-doudou écologique, équitable et économique ; une première mondiale ! Ce doudou nouvelle génération fonctionne sans pile, sans branchement électrique ni batterie et brille naturellement dans le noir. Photoluminescent, il suffit de le placer à proximité d’une source de lumière – naturelle ou artificielle – pour le recharger.

Mais la belle histoire a sa sorcière : les financeurs jouent les trouble-fête. Les carnets de commande sont complets, Lucile, actuellement entourée par deux collaborateurs, aimerait recruter 4 à 5 personnes pour pouvoir fonctionner normalement. Mais les banquiers ne suivent pas. Dépitée, elle explique : « Dans le textile, les délais de paiement sont très longs et les immobilisations de trésorerie sont énormes. Les banquiers ne comprennent pas ma démarche. Ils me disent d’arrêter de faire du social ! Mais c’est ma différenciation, c’est ma raison d’être ! Je dois travailler “à la bidouille”, sans confort. Je me suis même posée la question de la vente de la société. Heureusement, il y a le CJD qui représente ma plus belle expérience dans ma vie d’entrepreneur. C’est un endroit sain, où l’on peut s’exprimer sans jouer un rôle. Je peux y bénéficier d’une bienveillance, d’un esprit constructif et de richesses humaines sans pareil. »

Un exemple à suivre

Aujourd’hui, Lucile propose un catalogue de plus de 80 doudous et est le fer de lance d’un territoire auvergnat en reconquête. L’été dernier, la mairie de Clermont-Ferrand a d’ailleurs souhaité mettre l’entreprise en valeur à travers une exposition au cœur de la Maison du Tourisme, intitulée « Du coton et des hommes ». Lauréate du réseau Entreprendre en 2007, Lucile a également reçu cette année-là le Grand Prix Talents des Cités. En 2009, Papili est nommé « Entrepreneur d’avenir » et obtient l’agrément « Entreprise solidaire » en 2011. Entre-temps, en 2010, Lucile crée Papili Développement, association de développement socioéconomique, dont les actions, au Nord, consistent à accompagner les jeunes créateurs issus des quartiers en leur faisant bénéficier de retours d’expériences de dirigeants d’entreprises et en leur ouvrant leurs réseaux pour y intégrer enfin les talents de la diversité ; au Sud, elles résident dans de la formation et du soutien à la recherche de débouchés commerciaux pour que les communautés puissent accéder à l’autonomie économique et développer des programmes de développements sociaux : la mise en place d’un programme d’alphabétisation des femmes au Sénégal est actuellement en cours.

Lucile conclut « Je ne sais pas si c’est moi qui mène la boîte ou si c’est elle qui me mène ! » Souhaitons-lui en tout cas de poursuivre encore longtemps son action qui fait du bien aux petits comme aux grands !



Nathalie Garroux
Le 2-10-2011
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