Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


« Le talent, c’est avoir envie de faire quelque chose »

Sylvain Breuzard remet une certification à un stagiaire
Dans le paysage des mécanismes d’insertion socio-professionnelle français, il est une association qui se distingue. Dans le Nord-Pas de Calais, ce sont désormais les jeunes qui courent après les permanents des structures d’insertion, et plus l’inverse. Ces jeunes, ce sont les Etincelles. Sans diplôme ni qualification, sujets à un environnement familial fragile, ils sont quarante à avoir décidé de devenir les entrepreneurs de leur vie. Olivier Vigneron, Délégué Général du Réseau Etincelle nous explique : « Notre secret est de placer ces jeunes au cœur d’un projet de création d’entreprise, en leur proposant de faire appel à leurs passions ».

Cette méthodologie est née dans le Bronx, au cœur de l’un des quartiers les plus difficiles des États-Unis, à l’initiative d’un entrepreneur, Steve Mariotti. Exporté en Europe, le concept a connu un grand succès en Belgique, et depuis novembre 2010, au-delà de la frontière. Pour son premier anniversaire, le réseau français devrait avoir accompagné environ 80 jeunes. Association à vocation nationale, le Réseau Etincelle s'est déployé initialement sur le territoire pilote de la région Nord-Pas-de-Calais pour des raisons de proximité géographique et économique évidentes avec la Belgique, mais aussi pour une toute autre raison : la rencontre avec Sylvain Breuzard, ex-Président National du CJD. Olivier Vigneron nous la raconte : « Je cherchais un entrepreneur pour porter ce projet innovant en France. J’ai alors pris contact avec Sylvain qui a été séduit par le concept et par le fait que des jeunes en échec scolaire puissent être complètement transformés après 3 semaines de formation. Il m’a donc aidé à créer l’association en devenant le Président et à constituer le Conseil d’Administration en intégrant des membres du CJD ».

Si le Réseau occupe aujourd’hui une place unique dans le paysage, c’est parce qu’il complète les dispositifs existants. Avant de lancer ce projet, Olivier Vigneron a d’abord réalisé une étude qui a conclu qu’aucune des structures d’insertion socio-professionnelle ne prenait le problème à la racine. « Avant d’aider un jeune à trouver un emploi, il faut d’abord lui donner envie d’en avoir un. C’est comme faire face à une porte, disposer de la clef pour la franchir, mais n’avoir ni la curiosité, ni l’envie de le faire ».Il fallait donc quelque chose capable de déclencher l’envie chez ces jeunes dans une dynamique d’échec (ils sont 90 % à ne pas avoir le bac, et 75 % le brevet des collèges), avec une vision extrêmement négative du monde professionnel et de l’avenir.

L’essentiel du travail à réaliser est donc de leur redonner confiance en eux, en les persuadant que des gens sans talent ça n’existe pas, et que, comme le dit si bien Jacques Brel, « le talent, c’est d’abord avoir envie de faire quelque chose ». Ensuite, l’objectif est de leur permettre de s'approprier les codes du monde professionnel. Pour y parvenir, un groupe de 8 à 10 jeunes est constitué, guidé par deux formateurs, entrepreneurs ou cadres, durant 60 heures, réparties sur 3 à 4 semaines. Chacun d’eux est invité à construire le plan d'affaires d'une entreprise à partir de ses motivations personnelles : « lors de la première journée, ils doivent répondre à la question suivante : que faut-il pour entreprendre ? Un diplôme, une qualification, une passion, une expérience ? S’ils n’ont pas les deux premiers, il est certain qu’ils ont des centres d’intérêt et un minimum d’expériences à partir desquels nous les invitons à construire leur projet de création d’entreprise ».

Olivier Vigneron cite le cas d’un jeune qui lui expliquait que sa seule expérience l’avait mené à réparer des télévisions. Mais, puisque désormais, tout le monde les jetait avant de les remplacer, il n’avait plus vraiment d’avenir, car il n’avait plus rien à valoriser à Pôle Emploi. Face à ce raisonnement, les animateurs lui ont proposé de réfléchir à sa passion, la musique, et d’imaginer un projet entrepreneurial qui lui serait lié. « Cela ne veut pas dire qu’ils vont in fine créer l’entreprise à laquelle ils ont pensé, là n’est pas le but. C’est comme quand vous inscrivez votre enfant dans une école de football, vous ne voulez pas qu’il devienne Zidane, mais qu’il engrange des expériences, prenne du plaisir et de la confiance en lui ». Aujourd’hui, une jeune sur les cinquante passés par le Réseau Etincelles a effectivement créé son entreprise. S’il est encore difficile de réaliser un bilan pour la jeune association, l’expérience belge incite à viser 2/3 de jeunes, après 6 mois, actifs dans leur démarche d’insertion socio-professionnelle : 40 % avec un emploi / 20 % en formation / 6 % en création d’entreprise.

Ces résultats extraordinaires s’expliquent d’abord par une confiance retrouvée. Plusieurs membres du jury final chargés de décider de la certification des Etincelles témoignent que ces jeunes parviennent après quelques semaines à présenter des powerpoint de leur projet d’un niveau similaire à celui des cadres d’entreprise. « Ils sont désormais totalement désinhibés face aux entretiens d’embauche et font preuve d’un grand professionnalisme. Le jury est là pour leur permettre de prendre conscience du chemin qu’ils ont parcouru, et il est fantastique ! Le regard des parents et des permanents des structures d’insertion change totalement après l’examen final. L’un d’eux m’expliquait qu’il ne reconnaissait pas du tout le jeune qu’il suivait depuis quelques années, et que maintenant qu’il avait vu son potentiel, il n’allait plus jamais le lâcher ».Le jeune en question est le benjamin des Etincelles et l’un des plus beau parcours du Réseau, puisqu’il est désormais en contrat d’apprentissage, après avoir géré seul l’intégralité des démarches.

Pour l’année 2012, Olivier Vigneron espère de nouvelles Etincelles dans le Nord mais aussi en région Alsace. En effet, à l’occasion de son premier anniversaire, le Réseau Etincelle, grâce à l'appui notamment de Jeunes Dirigeants (JD) de Mulhouse et de Colmar, devrait entamer son déploiement dans une seconde région. Cette action pilote s'inscrira dans le cadre d’un partenariat avec les structures d’insertion socio-professionnelle de Colmar et de Mulhouse. « L’objectif est de réaliser 3 sessions expérimentales pour valider que le dispositif peut s’appliquer partout en France ». A l’image du soutien que le CJD a pu apporter au développement du Réseau Entreprendre, Sylvain Breuzard a la conviction que ce projet sera source d’intérêt et de sens pour de nombreux JD. Déjà partenaire de l’association au niveau national, le CJD ne peut qu’encourager ses membres au niveau local à appuyer le développement du Réseau Etincelle comme cela sera le cas en région Alsace : financièrement (mécénat de 3 ans) ou humainement (mécénat de compétences : accueil d’une certification, visite d’entreprise, témoignage, implication des collaborateurs, etc.). Comme nous l’exprime Olivier Vigneron, « je trouve que c’est une belle idée que de pouvoir dire à ses collaborateurs qu’une partie de la richesse qu’ils ont contribué à créer va être donnée à ceux qui en ont le plus besoin afin de leur permettre de devenir entrepreneur de leur vie ! ». On ne peut qu’être d’accord avec lui.


www.reseau-etincelle.org

Antoine Pivot
Le 2-10-2011
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