Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Travailler localement, résister globalement

Sandra Serieye
Sandra Serieye est responsable financier du Groupe ANGEL LARREN, à Decazeville, dans l’Aveyron. C’est dans cette entreprise familiale que Sandra, une fois en poche son BTS en comptabilité générale, a décidé de poursuivre son parcours professionnel et de rester sur le territoire auquel elle est attachée. Sa première mission consistera à améliorer l’organisation de la partie administrative et financière. D’autres challenges attendent Sandra.

Au côté de son père, qui occupe la direction générale, et de son frère, en charge de l’opérationnel et du management, Sandra a la responsabilité depuis onze ans de l’administratif, du financier et du juridique de la holding. Une holding composée de deux sociétés d’importance équivalente puisque chacune génère 3 M€ de CA et emploie une vingtaine de salariés.

La première société, E.L.I.T.,conçoit et installe les installations électriques pour l’industrie et le tertiaire. La seconde, S.L.R., œuvre dans l'acheminement de l'énergie électrique et gaz. Deux secteurs d’activité différents, les travaux publics et le bâtiment, mais des problématiques similaires à surmonter. La première d’entre elles concerne les compétences des salariés et la difficulté à les attirer dans l’entreprise. Il est en effet difficile de trouver du personnel avec les qualifications précises et habilitations requises que le métier exige. Difficile également de l’attirer en zone rurale, au nord-ouest du département de l'Aveyron, entre Quercy et Auvergne.

« Nous faisons appel à un cabinet de recrutement pour identifier des profils venant d’autres régions. Nous investissons énormément (honoraires du cabinet, hôtellerie…) pour les attirer, leur faire découvrir l’entreprise et la région ». Certaines entreprises nationales ou régionales réussissent à résoudre ce problème en faisant venir de la main-d’œuvre de l’étranger (pays de l’Est, Turquie,…). Le groupe ANGEL LARREN se refuse à suivre ce mouvement. « Faire venir des salariés low cost de l’étranger, les entasser comme du bétail dans des T2, faire abattre du travail par des gens sans qualifications sérieuses qui ne respectent pas les normes, ce n’est pas la philosophie de notre entreprise ». Sandra insiste sur le fait qu’E.L.I.T. et S.L.R. sont notées sur la qualité du travail accompli. Qualité qui devrait davantage être prise en compte par les pouvoirs publics dans l’octroi des marchés publics.

Moins-disant

Car le plus préoccupant pour les deux sociétés que codirige Sandra, et tout particulièrement celle qui travaille dans le bâtiment, c’est bien cela. « Il faudrait faire comprendre aux collectivités que recourir à des entreprises qui cassent les prix, car elles sont en manque d’activité et son prêtes à tout, ce n’est pas leur rendre service. Et cela pour deux raisons. La première, c’est qu’à court terme, ce n’est pas une solution. La seconde, c’est que le chantier n’est pas rentable, ces entreprises finissent pas s’essouffler, et donc se retrouvent dos au mur, et cela les amènent au dépôt de bilan.Résultat : la collectivité perd les acomptes qu’elle a versés et doit faire appel à d’autres entreprises pour finir le travail. Une fois évaluée la qualité souvent déplorable de l’ouvrage et l’absence de respect des normes, ces entreprises refusent de finir le chantier si elles ne reprennent pas tout ou partie du travail déjà effectué. Au final, la collectivité doit payer plus cher que le prix initialement prévu. Où se trouve l’économie ? Où se trouve le respect du contribuable, qui est aussi souvent un salarié de ces entreprises locales qui font bien leur métier et qui se trouvent pénalisées dans les appels d’offres ? ».Sandra avoue son pessimisme quant à l’évolution des mentalités des décideurs publics. « Au-delà des beaux discours des politiques sur la RSE et sur l’importance de recourir au tissu économique local, la réalité l’emporte vite dans les appels d’offre. Tout est conditionné à l’enveloppe budgétaire. Cela s’est accentué ces dernières années et tout porte à croire que cela s’accentuera encore ».

Comment le groupe ANGEL LARREN peut-il continuer à faire face ? « Par la diversification ». Le groupe cherche en effet à diversifier son développement pour pallier la concurrence déloyale dans le BTP qui n’a de cesse de s’amplifier. « Nous cherchons à nous positionner sur des marchés niches comme le micro-éolien à destination des particuliers et des industriels avec l’espoir que cela se développera. Dans l’électrique, des projets de partenariats sont en cours de négociation ». Entreprendre est une lutte. Contre la résignation et le défaitisme en premier lieu.

Lionel Meneghin
Le 28-11-2011
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