Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Des PME en manque de reconnaissance

Le CJD vient de publier, cet été 2011, un panorama des PME, signé de l’économiste Gilles Le Blanc. D’une certaine manière, ce panorama fait suite à un rapport sorti en janvier 2004 et intitulé « Reconnaître l’importance des PME pour mieux stimuler leur développement », repris la même année dans le livre « Vers un libéralisme responsable, 44 propositions pour une entreprise plus humaine » (Éditions d’Organisation). On trouvera ci-dessous le passage qui analyse les principaux obstacles à leur développement et qui semble, malheureusement, toujours d’actualité.

Les PME souffrent d’un manque de reconnaissance en tant que force productive et facteur principal du dynamisme économique de notre pays. Ce n’est pas seulement une affaire d’ego de leurs dirigeants, ce qui ne serait après tout pas très grave. C’est, à notre sens, une des causes principales et directes de leurs difficultés à se développer au-delà d’un certain seuil et de leur manque d’attractivité auprès des salariés. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut faire un tour d’horizon des principaux obstacles que rencontrent les PME dans leur développement.

Des dispositifs législatifs inadaptés

Moins de lois, mieux appliquées et plus équitables : les PME ne peuvent pas se payer de services juridiques alors que les lois sont tellement complexes qu’elles posent des problèmes d’interprétation et qu’il est souvent difficile de les appliquer. Cela est d’autant plus dommageable que ces lois sont nombreuses et ne tiennent pas compte des problématiques spécifiques des petites entreprises. La même loi, pour tout le monde, est certes un principe constitutionnel : mais la réalité est parfois anticonstitutionnelle…

Des difficultés pour accéder aux marchés publics

On notera, dans le même ordre d’idées, combien il est difficile pour les PME d’accéder aux marchés publics qui semblent réservés, dans les faits, aux grandes entreprises, mieux équipées pour répondre aux appels d’offres.

Les marchés publics en France représentent plus de 10 % du PIB : c’est un volume de commandes considérable, surtout dans des domaines très innovants comme les NTIC, la santé, la défense… Or, seulement 2 à 3 % de l’ensemble des PME déclarent avoir été titulaires d’un marché public au cours des 3 dernières années, notamment en raison d’un manque d’information sur les procédures d’appel d’offres.

Une absence de politique suivie envers les PME

D’une manière plus générale, L’État, en France, n’en pince que pour les grandes entreprises. Cela s’explique par des raisons historiques qui tiennent à la fois du centralisme et des habitudes industrielles. Quelle que soit la couleur politique de ses gouvernements, l’État a toujours considéré que c’était à lui d’impulser les Grands Travaux et, conséquemment, de se porter à la tête des grandes entreprises. C’est toujours le cas aujourd’hui, où malgré les apparentes dénationalisations, on sait bien que les grandes entreprises continuent d’être dirigées par d’anciens directeurs de cabinets ministériels (et réciproquement). Cette consanguinité politico-économique n’est pas seulement néfaste par la confusion qu’elle crée entre les deux domaines qui devraient rester distincts. Elle brouille la vision qu’ont les responsables politiques de la réalité économique. Ils ne proposent de lois et ne prennent de mesures que par rapport aux grandes entreprises, en fonction de leurs besoins et de ce qu’ils en connaissent.

Malgré les effets d’annonce, il n’y a jamais eu réellement de politiques spécifiques et suivies en faveur des PME. Les quelques mesures ponctuelles qui ont été prises, n’ont jamais été que des déclinaisons des programmes destinés aux grandes entreprises, parce que, comme on l’a déjà souligné, les décideurs sont persuadés que les PME fonctionnent de la même façon que celles-ci.

Des financeurs frileux

On ne prête qu’aux riches. Investisseurs et banquiers connaissent mal, eux aussi, le monde des PME. Il faut dire, à leur décharge, que, réciproquement, les responsables de PME connaissent mal le monde de la finance et ne présentent pas toujours leurs dossiers de manière convaincante (nous reviendrons sur ce point plus loin). Toujours est-il que les investisseurs sont moins enclins à prendre des risques avec une PME qui a une réelle ambition d’augmenter son chiffre d’affaires qu’avec une grande entreprise qui pourtant met en jeu des sommes bien plus considérables. Et l’on demande souvent aux dirigeants de petites entreprises d’être responsables sur leurs biens propres, ce qui ne manque pas de les affaiblir.

Des délais de règlement fragilisants

La relation avec les donneurs d’ordre est tout aussi difficile et inégalitaire. Le délai de règlement moyen en France est de 64 jours (nous sommes les avant-derniers en Europe devant l’Italie qui compte 95 jours, le meilleur étant l’Allemagne avec 29 jours). Une enquête auprès des Jeunes dirigeants de notre mouvement a montré que l’écart moyen entre le moment où ceux-ci payent leurs fournisseurs et le moment où ils sont réglés par leurs clients était de 17 jours.

Ces délais trop longs mettent en péril la trésorerie des PME et les fragilisent considérablement tant dans leurs possibilités de développement par autofinancement que dans leur survie. D’autant que la défaillance de l’une d’entre elles entraîne, dans son sillage, d’autres défaillances puisque, l’État se servant le premier en tant que créancier privilégié, le plus souvent, il n’y a plus d’argent pour régler les autres créanciers que sont les entreprises fournisseurs.

Des médias qui les ignorent

Le quatrième pouvoir, qui vit, de plus en plus, dans la consanguinité avec la sphère économique et politique, ne s’intéresse qu’aux grandes entreprises, à leurs flamboyants patrons, aux dérapages de certains d’entre eux,à leurs spectaculaires fusions, à leurs chutes radicales. Audience oblige : l’auditeur, le lecteur veulent du spectaculaire, des larmes et du people. Difficiles d’imaginer des gros titres sur le succès d’une PME de 25 personnes installée à Guéret, même si elle crée des emplois et augmente ses bénéfices. On en parlera éventuellement s’il s’y déroule une croustillante histoire de harcèlement sexuel ou moral. Les seules PME qui font la Une s’appellent des start-up… Et celles-ci, depuis le krach Internet, n’ont plus bonne presse !

Ne faudrait-il pas changer l’appellation même des « PME », ce sigle qui est marqué du sceau d’une certaine « ringardise » aux yeux de nombre de nos concitoyens et qui ne dit rien de la réalité humaine de ces entreprises ?

Comment s’étonner, avec tout cela, que les PME attirent difficilement les meilleurs qui préfèrent se diriger vers les grandes entreprises réputées plus prestigieuses et rendues plus attractives par le tableau qu’en font les médias ?

Un système éducatif auquel elles sont étrangères

A la limite, les jeunes savent-ils, au sortir de leurs études, que les PME existent et qu’ils peuvent y trouver du travail ? Le milieu éducatif, par méconnaissance, lui aussi, ou par a priori idéologique, n’est guère porté à donner une bonne image du monde de l’entreprise, voire une image tout court. Hors les filières professionnelles ou économiques, on n’en parle quasiment pas. Ce monde qui va devenir, pour beaucoup d’élèves, celui de leur vie professionnelle, on ne l’aborde concrètement, durant le cursus scolaire, que par un stage d’une semaine, en troisième, ce qui n’est pas le cas pour tous les établissements ni pour tous les élèves. Autrement, il n’est jamais décrit que de loin, abstraitement et souvent pour en souligner les excès, les dangers et les dérives marchandes.

Extraits du livre du CJD : Vers un libéralisme responsable (2004)
Le 28-11-2011
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