Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


La santé des baleines bleues vaut-elle plus que celle des entrepreneurs ?

Yann Charron, directeur général opérations de Malakoff Médéric, Michel Meunier, président du Centre des Jeunes Dirigeants, Olivier Torres, professeur à l'université de Montpellier et à l'EM. Lyon, président fondateur de l'Observatoire Amarok, expliquent pourquoi ils lancent une étude sur la santé des dirigeants de PME, des artisans, des commerçants et des professions libérales.

Osons la formule : il y a plus de statistiques sur la santé des baleines bleues que sur celle des entrepreneurs. Cette absence de statistiques s'explique pour deux raisons. La première est que la santé au travail s'est historiquement développée autour de la question ouvrière, initiée avec justesse par Villermé en 1840. Les avancées sociales en la matière ont étendu leurs dispositifs à tous les salariés, y compris les cadres supérieurs et même les cadres dirigeants des grands groupes dès lors que ces derniers sont des salariés.

Mais que se passe-t-il quand on travaille à son compte ? Les 2,4 millions de travailleurs non salariés que compte la France, qu'ils soient dirigeants de PME, commerçants, artisans ou professions libérales, échappent généralement aux services de santé. Nos sociétés ne savent pas grand-chose sur la santé des chefs d'entreprise, peut-être, et c'est la deuxième raison de notre ignorance, parce qu'ils sont prisonniers de leur rôle de leader qu'ils doivent assumer en permanence et qui leur interdit d'aborder ce type de question.

La santé au travail est « sourde » à la santé des entrepreneurs et ces derniers sont muets sur ce sujet, créant de fait une zone aveugle béante et universelle. Pas moins en France que partout dans le monde, les connaissances sur la santé entrepreneuriale sont quasiment inexistantes.

Pourtant, le capital-santé de l'entrepreneur est le premier capital immatériel de la PME. L'entrepreneur est celui qui investit, qui oriente la stratégie et qui assume les responsabilités allant jusqu'au cautionnement bancaire qui fait peser sur lui le poids de toutes ses décisions.

Notre connaissance du monde de la PME nous conduit à nous poser deux séries d'hypothèses concernant la santé des entrepreneurs.

La première est que les chefs d'entreprise sont exposés à de nombreux facteurs considérés par la santé au travail comme pathogènes. Parmi ces facteurs, notons le stress, lequel bien que parfois positif parce que stimulant, peut s'avérer nocif à forte dose récurrente. La surcharge de travail est également un trait majeur de l'activité des indépendants. Ils travaillent plus de 60 heures par semaine. L'incertitude, lot quotidien des entrepreneurs, est un aspect qui peut s'avérer également négatif. Les aléas des carnets de commandes, l'irrégularité des revenus, les problèmes de trésorerie sont des aspects dont on soupçonne peu l'impact sur l'organisme humain. Enfin, la solitude qui ronge un bon nombre de travailleurs indépendants est aussi à classer au registre des effets délétères. En somme, on peut considérer que d'un certain point de vue, l'environnement du travail des dirigeants de PME peut paraître pathogène.

Heureusement, il y a des effets compensateurs. Ce sont les travaux en psychologie de la santé qui permettent d'instruire une seconde série d'hypothèses, celles qui s'intéressent aux facteurs salutogènes, c'est-à-dire positifs pour la santé. Parmi ces facteurs, il a été établi que la maîtrise de son destin, l'optimisme, l'endurance sont des facteurs favorables. Comment ne pas constater que ces croyances sont celles qui caractérisent bon nombre d'entrepreneurs ?

Face à cette équation ambivalente de la santé entrepreneuriale, la recherche doit progresser et c'est la raison pour laquelle l'observatoire Amarok, le Centre des Jeunes Dirigeants et Malakoff Médéric se sont associés pour réaliser la première étude épidémiologique sur ce sujet.

L'enjeu de cette étude est d'abord de montrer où penche la balance. Si elle penche du côté pathogène, notre société devra s'emparer de cette question, car s'il est nécessaire d'encourager nos citoyens à l'acte d'entreprendre, il faut aussi veiller à les préserver en inventant des dispositifs ad hoc. A l'inverse, si elle penche du côté salutogène, on aura le plus bel argument pour promouvoir les PME en montrant qu'entreprendre, c'est bon pour la santé ! Elle permettra enfin d'apporter des solutions adaptées de prise en charge des questions de santé des dirigeants.

Cette tribune a été publiée en octobre dans Le Figaro.

Voir aussi le dossier « Dirigeants, une santé à toute épreuve ? » du magazine Jeune Dirigeant d’octobre (N°95).

Y. Charron, M. Meunier, O. Torres
Le 21-11-2011
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