Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


De la nécessité d'associer ou de faire participer ...

jp-1964.jpg
En avril 1964, la revue Jeune Patron (ancêtre de Jeune Dirigeant) publie un copieux dossier sur la participation dans l’entreprise et reprend un certain nombre de travaux sur le sujet réalisé par le CJP depuis sa naissance en 1938. Où l’on verra, dans les extraits que nous reproduisons, que l’idée novatrice d’un « droit de l’entreprise » en tant que communauté de travail distincte de la société de capitaux est à la racine même de la réflexion de notre mouvement. On ne peut que regretter que le CJP n’ait pas été entendu. Mais peut-être la crise actuelle permettra-t-elle enfin d’y parvenir ? C’est en tous cas une des 12 propositions du CJD à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012.

Le problème essentiel de notre pays et de toute notre époque est incontestablement celui posé par l'opposition profonde d'une immense fraction des membres des entreprises aux principes, à la struc­ture et à la répartition des fruits des entreprises mêmes où ils travaillent.

L'opposition dont nous parlons, et dans laquelle nous vivons encore trop souvent, résulte en grande partie de divergences complètes de vue sur trois points essentiels :

· la propriété des moyens de production ;

· la gestion des entreprises ;

· la participation aux fruits.

Mais cette opposition ne peut disparaître que si elle est remplacée par une association existant à la fois en fait et en esprit. Or, une association, même entre deux personnes seulement, consiste à faire participer quelqu'un à des résultats acquis partiel­lement par un autre que lui-même. Ce principe admis depuis toujours entre le financier, le technicien et le commerçant doit être étendu à tous les produc­teurs.

Mais, une association même parfaitement réalisée dans les faits cesse d'exister en esprit dès qu'un associé n'a plus confiance dans l'autre, ou, plus fréquemment, dès qu'il estime n'avoir pas sa juste part des fruits de l'association.
(1951)


Diriger une entreprise, c'est animer un ensemble harmonieux, rendu plus vivant parce que chacun y trouve sa place, et plus utile parce que cet ensemble lui-même a trouvé sa place dans un ordre supérieur : professionnel, social, national. Du plus modeste au plus élevé, il faut que chacun voie et sente son acti­vité s'orienter vers le bien commun.Le chef est là pour faciliter cette orientation, pour la matérialiser. Il ne peut donc considérer son entreprise comme un tout, son droit de propriété comme primordial, ni son autorité comme absolue. Son esprit doit s'élargir sans cesse vers les horizons plus étendus et il doit y entraîner ses subordonnés. Il n'y arrivera que s'il a leur confiance, s'il en est digne et s'il sait leur communiquer cette flamme qui doit vivre en lui.
Une étape, 1945.


La structure capitaliste met en présence, dans l'entreprise, deux éléments : le capital et le travail.Le capital possède les moyens de production, le droit à la gestion, la disposition des profits. Le travail se loue au capital contre un salaire et voit, en consé­quence, ses intérêts s'opposer à ceux du capital, puisque le prix de la location diminue d'autant la masse des profits. Il semble donc que cette structure soit viciée à la base, car, humainement, l'ouvrier ne peut que se méfier et n'avoir que peu d'empressement à grossir par son travail matériel la puissance d'une organisation qui l'opprime.

Le capitalisme a permis, il n'y a aucun doute, un développement considérable de l'économie. Il correspondait à la mentalité d'une époque. Aujour­d'hui, sa formule garde sans doute sa valeur intrin­sèque, mais il faut reconnaître avec réalisme qu'elle ne s'adapte plus aux exigences de l'évolution actuelle. De là vient la nécessité de chercher une formule ou des formules pour réformer la structure de l'entre­prise.

L'action menée se heurte au manque de cadre juridique. Il n'existe, en effet, aucune loi qui auto­rise une forme de société dans laquelle le capital ne soit pas l'élément dominateur.
Mai 1947.


Tandis que des changements fondamentaux trans­forment la vocation de l'Entreprise, des forces s'expriment qui souhaitent, à l'intérieur, un plus grand partage des responsabilités. Certains récusent au capital le droit de prendre seul les principales options économiques ; d'autres appellent une parti­cipation collective des travailleurs aux décisions im­portantes et une part des fruits.

Quel que soit notre souci justifié de prudence, ne rejetons pas a priori des opinions, d'ailleurs souvent exprimées par des autorités morales ou intellectuelles averties ; ne nous butons pas sur des mots - tel cogestion - qui auront des sens différents dans la pensée des uns et des autres. Appuyons notre juge­ment sur des concepts raisonnables juxtaposant par exemple, la notion de responsabilité à l'acte de déci­sion, celle de propriété au bien commun, celle de profit au service rendu. Mais sachons surtout, dans l'action, assurer une véritable promotion collective ; faisons en sorte qu'autour de son chef, l'Entreprise représente une véritable unité.

La condition essentielle est sans doute que les buts poursuivis permettent l'adhésion complète de tous. C'est pourquoi, plaçant le service comme fina­lité première, il importe que les actions engagées se placent dans un contexte général, qu'elles soient « partie » d'un programme d'ensemble, en l'espèce le plan économique et social dont l'établissement aura été œuvre collective. Pour cette raison, non seule­ment dans son pouvoir économique, mais aussi dans son évolution sociale, l'Entreprise est très dépendante de l'orientation de notre organisation économique.

Mais cette adhésion de tous demande aussi que soient données les possibilités d'une véritable parti­cipation.

Le comité d'Entreprise et ses commissions spécia­lisées, la réunion des représentants du personnel, sont des carrefours indispensables quand l'Entreprise acquiert une certaine taille. Donnons à l'Entreprise davantage conscience d'une vie propre, lui permet­tant, par ses représentants, de participer à la réali­sation de ses objectifs principaux et ne dressons pas de barrières factices entre l'économique et le social, si étroitement confondus en fait. Pouvons-nous, par exemple, isoler les problèmes de remploi des déci­sions d'investissements ? Une telle orientation est d'ailleurs déjà prise par certains dirigeants qui ont compris la portée des accords d'entreprise.

Finalement, certains pensent que l'adhésion de tous dans l'entreprise ne pourra être acquise que si le profit n'apparaît pas à l'avantage du seul capital et si un véritable contrat d'association ne détermine au préalable les conditions de partage des fruits. Il semble bien, en effet, que la communauté des hommes doit bénéficier de l'enrichissement de la société de capitaux qui lui sert de support ; mais devant quelles lois et dans quelle proportion ?

Restons dans ce domaine essentiellement pragmatiques ; cherchons suivant notre conscience des solu­tions raisonnables et, par l'exemple, entraînons les autres dans la voie que notre sens du devoir nous aura fait prendre. Cette voie, pour certains, s'appel­lera peut-être l'association. Qu'alors ceux-ci se rap­pellent la vocation de l'Entreprise et respectent les conditions de son développement harmonieux.
Avril 1962.

Jeune Patron (1964)
Le 12-12-2011
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz