Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


La montée de la grande pauvreté

Le 17 octobre, des hommes et des femmes de toutes conditions et opinions se sont rassemblés en France et à travers le monde à l’occasion de la 25e Journée mondiale du refus de la misère, créée en 1987, à Paris, sur le Parvis des Droits de l’Homme et des Libertés, au Trocadéro, à l’initiative du Mouvement ATD Quart Monde et de son fondateur Joseph Wresinski.

Ce jour-là, une place primordiale est réservée à l’expression des personnes qui vivent l’exclusion ou l’extrême pauvreté. Celles-ci nous rappellent l’exigence de n’abandonner personne. Créée en 1987, la Journée mondiale du refus de la misère est l’amplificateur du combat quotidien contre la misère. Elle donne la parole aux personnes très pauvres qui en sont les premiers acteurs et à tous ceux qui s’unissent à elles pour tenter d’éradiquer la pauvreté dans tous les pays du monde. En faisant entendre le combat de ceux qui agissent déjà contre la misère, cette journée encourage d’autres à s’engager aussi. Elle rappelle aussi aux dirigeants de nos pays leurs engagements et leurs devoirs dans la lutte contre la pauvreté partout dans le monde.

Quelle est la réalité de la pauvreté en France ?

Le 17 octobre 2007, le Président Sarkozy s’est engagé à réduire la pauvreté d’un tiers en cinq ans et à publier chaque année un tableau de bord pour rendre des comptes aux Français. Deux ans de suite, le gouvernement a publié ces chiffres de la pauvreté au moment du 17 octobre. Cette année, il n’a pas communiqué sur ces données essentielles. ATD Quart Monde constate pour sa part, au vu des récents chiffres publiés par l’INSEE, que la situation s’aggrave, mais affirme que la pauvreté n’est pas fatale. Aujourd’hui, 8,2 millions de personnes (13,5% de la population vivant en France) vivent avec moins de 954 euros par mois soit + 0,5% entre 2008 et 2009 qui sont de plus en plus pauvres. 4,5 millions de personnes vivent avec moins de 795 euros par mois. Leur niveau de vie a encore reculé de 1,1% entre 2008 et 2009.

Quelques données :

1. L’impact du milieu social sur la réussite scolaire est plus grand en France qu’ailleurs (sources CESE).

Un élève sur 5 sort du système scolaire sans diplôme. Cet impact du milieu social sur la réussite scolaire grandit : un enfant d’ouvrier est plus en échec scolaire aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Dans les années 1990, il avait 10 fois moins de chances d’aller au Bac qu’un enfant de cadre, dans les années 2000, il a eu 15 fois moins de chance.

2. La précarité comme politique de lutte contre la pauvreté :

Logement :

2,5 millions d’euros sont dépensés par jour en hébergement pour loger de façon précaire des familles : ne vaudrait-il pas mieux construire des logements sociaux accessibles à ces familles ? Dans le parc immobilier, la part du logement social baisse en France (15,7 % en 2010). Exemple : en région parisienne les familles n’ayant comme revenu que les minima sociaux se voient trop souvent refuser l’accès aux logements sociaux. En Île-de-France, un million de personnes sont trop pauvres pour s’acquitter du loyer HLM (source : Entreprises sociales de l’habitat).

Chômage :

Le taux de chômage est de 35 % en zone urbaine sensible contre 17 % en moyenne nationale. L’écart s’est accru depuis 2007 (source IGAS). Santé : à 35 ans, la durée de vie d’un non actif est encore de 28 ans, d’un ouvrier de 39 ans et d’un cadre de 46 ans. Ces inégalités sociales de santé augmentent. Au 31 décembre 2010, le Fonds CMU estimait que le nombre de personnes n’ayant pas recours à la CMU-C (Couverture maladie universelle complémentaire, mutuelle complémentaire rattachée à la couverture maladie synonyme de sécurité sociale) était de 1,7 million, soit un taux de non-recours de plus de 20 %.

Ressources :

Selon les chiffres fournis par l’ONPES (d’après INSEE), le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté à 60 % et 50 % a diminué entre 2000 et 2008. Tandis que le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté à 40 % a lui augmenté sur la même période. Sur la base de ces donnés un constat : les plus pauvres s’appauvrissent plus que les autres : c’est l’intensité de la pauvreté. Selon le CREDOC, 56 % des ménages pauvres (revenus mensuels < à 60 % du revenu médian) ont en moyenne 250€ par mois de reste à vivre.

Rappels :

En 1988, le RMI était évalué à 50 % du SMIC, le RSA (socle) est maintenant à 43 % du SMIC. Montant du RSA socle pour une personne : 466 euros (auquel il faut retirer 56 euros de forfait logement) ; pour deux personnes : 700 euros (moins 112 euros de forfait logement) ; une famille avec deux jeunes enfants : 980 euros (moins 138 euros de forfait logement).

3. La stigmatisation augmente, soupçon de fraude, contrôle, etc.…

Saisie par ATD Quart Monde, la Halde a recommandé au gouvernement de prendre en compte un nouveau critère : la discrimination pour origine sociale. La stigmatisation sur la fraude des bénéficiaires de la CMU-C est un leurre : en 2010, 588 cas de fraude sur un total de 4,7 millions de bénéficiaires de la CMUC, soit 0,01%. Remarque : les non-recours aux aides sociales (par peur notamment de la stigmatisation) génèrent une non-dépense largement supérieure au montant total des fraudes. 35 % des bénéficiaires potentiels du RSA socle ne le sollicitent pas – et 70 % pour le RSA activité (Observatoire national des inégalités).

Beaucoup d’événements à retrouver sur le site www.refuserlamisere.org

Article publié en collaboration avec Place Publique

Dorian Sabo
Le 6-02-2012
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