Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Santé du dirigeant : prendre conscience pour gagner en sérénité

Denis Defer
Denis Defer dirige SECIF AUDIT, un cabinet d’expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Troyes, dans l’Aube. Un métier soumis à des périodes d’activités intenses (clôture de bilan) ; un métier où l’on connaît bien les chefs d’entreprise et leurs préoccupations. Du haut de son poste d’observation stratégique, parce qu’il se sent lui-même personnellement concerné, Denis Defer a souhaité tout naturellement participer à la grande étude sur la santé des dirigeants initiée par Malakoff Médéric et le CJD sous l’impulsion d’Olivier Torres, professeur à l’Université de Montpellier.

Comment vous représentiez-vous la santé du dirigeant avant de vous engager dans l’expérimentation ?

Pour être tout à fait sincère, je pensais que la santé des dirigeants était globalement plutôt mauvaise. Dans mon métier, je suis amené à les fréquenter de près. Mon ressenti est que leur état de santé ne constitue pas leur préoccupation majeure. Sans aller jusqu’à prononcer le mot de tabou, je dois avouer, en y réfléchissant, que je n’ai jamais rencontré un dirigeant qui se plaignait de son état de santé, ou même simplement l’évoquait au cours d’une discussion. Le chef d’entreprise ne compte pas ses heures, néglige parfois son alimentation et ses temps de sommeil ou de repos. Un dirigeant parle de l’état de santé de son entreprise, plus rarement de la sienne. Son entreprise l’accapare corps et âme. En ces temps de crise, cette situation s’accentue. C’est une évidence : le stress auquel un chef d’entreprise est soumis est important. En général plus important que celui d’un salarié, me semble-t-il.

Qu’est-ce qui vous a fait participer à cette enquête ? Quelles en sont les raisons ?

A un moment, j’ai vraiment voulu savoir si mon rythme de travail était « normal » et si je devais légitimement m’inquiéter à propos de ma santé. Fils de chef d’entreprise, j’ai toujours vu mon père gérer son entreprise en situation tendue. L’inquiétude pour l’avenir était perpétuelle : trouver des chantiers pour les prochains mois, régler les factures fournisseurs, encaisser les factures clients... J’ai toujours considéré que c’était là le revers de la liberté du patron. Ce dernier peut décider et agir sans rendre de comptes, sinon à soi-même. C’est une grande liberté, mais aussi une lourde responsabilité. Qu’est-ce qui est le plus important alors ? Cette liberté, ou bien la tranquillité d’esprit ? Pour moi, sans hésiter, je penche en faveur de la liberté. Mais ce choix de ma part avait-il forcément des conséquences sur ma santé ? J’en doutais et souhaitais me rassurer. Cette enquête m’en donne l’occasion.

Qu’est-ce qui a évolué dans votre représentation des choses depuis que vous participez à l’enquête ?

Je voulais être rassuré. Et bien, je le suis. Être chef d’entreprise n’est pas une maladie mortelle. Le chef d’entreprise est le premier capital immatériel de l’entreprise : il faut donc en prendre soin. Il doit se ménager et faire attention à lui. Au-delà du simple fait d’être rassuré, cette enquête m’a fait prendre conscience que le dirigeant était une mécanique fragile, dont il fallait veiller à l’entretien. Qui veut voyager loin ménage sa monture. Des contrôles sont nécessaires. Pour ma part, je compte effectuer, à partir de maintenant, des check-ups réguliers. A ce jour, tout va bien. Finalement, le dirigeant doit se comporter envers lui-même comme il se comporte envers son entreprise. Il doit se conformer à la même discipline ; il doit anticiper les problèmes éventuels pour conquérir une forme de sérénité. On peut être serein et chef d’entreprise, j’en ai acquis aujourd’hui la conviction, contrairement à ce que je pensais initialement. Tout est affaire de prévention.

Cela vous incite-t-il à un certain optimisme ?

Oui, car j’ai changé le regard que je portais sur moi-même. Je m’imaginais, à tort, plus mal en point, compte tenu de ma charge de travail. J’enviais les salariés qui ont droit aux 35 heures. Au final, je vais plutôt bien. Je vis ma passion et cela ne semble pas me nuire. Il y a du vrai dans l’adage populaire « Le travail, c’est la santé ». Sans parler de méthode Coué, je pense que vivre sa passion motive, mais aussi fortifie et protège.

Quelle leçon tirez-vous de cette expérience ?

Rien de plus que l’idée que l’être humain doit vivre sa passion et se réaliser dans cette passion. Je plains sincèrement celui qui ne choisit pas son travail, qui travaille pour des raisons strictement alimentaires. Je ne braderai pour rien au monde ma liberté de chef d’entreprise. Et en prenant soin de moi, je mets tout en œuvre pour ne pas être un jour obligé de la brader pour préserver mon état de santé.

Lionel Meneghin
Le 9-01-2012
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