Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


ROVIP et ROVIPHARM : Se diversifier sans se disperser



« L'univers est plus shakespearien que newtonien ; ce qui s'y joue est à la fois une bouffonnerie sans nom, une fable féerique, une tragédie déchirante, et nous ne savons pas quel est le scénario principal... », constate Edgar Morin dans son ouvrage La Méthode. L’entreprise ressemble à une planète qui évolue dans cet univers chaotique, où il n’y a de permanent que le changement.Un bon chef d’entreprise doit par conséquent être régi par un devoir d’inquiétude. Une inquiétude sur la manière dont son entreprise épousera les opportunités du futur ; une inquiétude sur les difficultés avec lesquelles il saura relever les défis d’aujourd’hui et de demain. Dans cette crise économique et sociale que nous traversons encore, dans ce monde complexe et incertain dans lequel nous évoluerons toujours, des hommes d’industrie font face et imaginent des solutions pour pérenniser leur entreprise. Parmi ces hommes, une femme : Emmanuelle Boizet, qui dirige ROVIP et ROVIPHARM, près de Bourg-en-Bresse et qui depuis septembre dernier, a adhéré au CJD.

EmmanuelleBoizet a repris ROVIP il y a cinq ans. Avant cela, un triumvirat, composé de son père et de deux oncles, était aux commandes de cette entreprise de transformation de matière plastique par injection, composée de soixante-dix salariés et basée à Chavannes-sur-Suran, dans l’Ain. Trois hommes dont les compétences complémentaires (un technicien, un commercial, un gestionnaire) s’imbriquaient parfaitement pour impulser la dynamique de l’entreprise.
Si ce triumvirat reste au conseil de direction de l’entreprise, la direction opérationnelle incombe aujourd’hui totalement à Emmanuelle, dont les trois frères ont préféré un avenir hors de l’entreprise familiale. « Nous n’avons pas été élevés avec pour horizon la reprise de l’entreprise familiale. Chacun de nous s’est construit indépendamment d’une succession à assurer ou à assumer. Mon père, qui était le financier de l’équipe dirigeante et qui était parallèlement très engagé dans des mandats locaux, a eu à un moment besoin d’un DAF pour l’épauler. J’occupais à ce moment les fonctions de contrôleur de gestion dans une autre entreprise de la région. Mon arrivée chez ROVIP s’est faite ainsi… presque par hasard. » Un tuilage tout en douceur vers les plus hautes responsabilités dans l’entreprise.

UNE AUTRE PLANÈTE Emmanuelle dirige également ROVIPHARM, dont elle possède 50 % des parts. Une entreprise de cinquante salariés qui va plutôt bien et où « tout est simple », avec un seul métier bien défini (les systèmes de dosage pour les médicaments), un savoir-faire reconnu sur un marché florissant (le médical). Tout est produit en France, à Treffort-Cuisiat, également dans l’Ain. ROVIP et ROVIPHARM sont deux planètes bien différentes. L’entreprise ROVIP s’est construite historiquement autour d’une stratégie de diversification. Du packaging (gaz, cosmétique, alimentaire) à la production d’anneaux, de coupelles ou de bobines (pour fil acier ou papier…), en passant par la conception et la fabrication de pièces industrielles techniques (cartes SIM, terminaux de paiement, pièces pour l’aéronautique…), l’entreprise soustraite la conception et/ou la fabrication de pièces en plastique pour de grands comptes (Total, Butagaz, Smurfit, Groupe Gascogne, Rubafilm, Schweitzer Mauduit, Sagem, Safran…).
Si un marché s’effondre, l’entreprise peut s’appuyer sur d’autres activités. C’est incontestablement une force que d’être sur plusieurs métiers… « sauf quand tous les marchés sont touchés et que les affaires ne sortent pas, comme c’est le cas actuellement ». Ajoutons à cela la concurrence chinoise… ROVIP recherche aujourd’hui un soleil autour duquel se mettre sur orbite, un marché suffisamment porteur sur lequel s’installer.

PRINCIPE D’ENTROPIE Car se diversifier, c’est parfois se disperser. Le deuxième principe de la thermodynamique nous apprend que dans l’univers, l’énergie tend à toujours se dissiper et à conduire le système vers un état de plus grand désordre. Dans l’entreprise également, l’énergie peut se perdre. On ne sait plus trop alors où l’on va. On s’éparpille. Vers quels marchés et clients concentrer ses efforts pour accroître sa rentabilité ? Pourquoi se mobiliser sur tel marché plutôt que sur tel autre ? Emmanuelle explique cela très bien:
« Lorsque l’on est positionné sur plusieurs marchés, la marge commerciale dépend de la manière dont l’entreprise gère les opportunités. Par exemple, on a rentré il y a quelques mois une affaire sur un salon professionnel : un client dans le BTP, alors qu’on n’a jamais travaillé avec les entreprises de ce secteur. Quand tout est tendu, comme actuellement, cette gestion d’opportunités ne suffit plus. La diversification devient un écueil. Depuis le début de cette année, on a décidé de travailler certains marchés… Rien n’en sort. On a l’impression parfois de travailler pour rien. Pour autant, cela ne veut pas dire que les opportunités n’existent pas. »

CHANGER DE PARADIGME Ces opportunités, Emmanuelle a commencé à les identifier : elles passeront vraisemblablement par de la croissance externe, pour renforcer ROVIP sur ses marchés ou pour aller vers d’autres techniques de production que l’injection plastique. Avis aux intéressés ! Pour sa première année au CJD, Emmanuelle a naturellement rejoint la commission START. Partager sa vision, la confronter à celles des autres, recueillir les expériences de tous et de chacun, légitimer ses ambitions, bâtir son plan d’actions… Un travail qui l’aidera à canaliser les forces vives de l’entreprise et à amorcer une stratégie de développement.
Développement pour ROVIP et pour elle-même, qui espère, grâce au CJD, progresser sur différents points. Par exemple, apprendre à savoir s’entourer ou à développer ses compétences commerciales. « Je suis une gestionnaire de formation et en PME, les donneurs d’ordre s’attendent à avoir le patron en face d’eux. Depuis quelques mois, je vais voir les clients avec mon directeur commercial et j’ai encore des choses à apprendre. » Un face à face entre sous-traitants et donneurs d’ordre qu’Emmanuelle souhaite aujourd’hui voir évoluer vers une vraie relation de partenariat.


POUVOIR CAPITALISTIQUE ET POUVOIR DÉCISIONNEL
Dans le cadre d’un possible rachat d’entreprise, Emmanuelle identifie une vraie difficulté, dont lui ont fait part d’ailleurs ses partenaires financiers. Il s’agit de sa position d’actionnaire minoritaire au sein de l’entreprise. Si comme PDG de ROVIP, le pouvoir décisionnel est entre ses mains, le pouvoir capitalistique lui échappe encore. « Je n’ai pas de minorité de blocage. » Le triumvirat est toujours propriétaire de l’entreprise.
«Au terme d’une restructuration que j’ai menée il y a quelques années, j’ai fortement accru la rentabilité de l’entreprise. Mais du même coup, j’ai fait augmenter le montant à débourser en cas de rachat des parts des actionnaires.» À l’instar du serpent qui se mord la queue, Emmanuelle souhaite sortir de ce dilemme. Mais ce n’est pas facile. «La problématique patrimoniale de l’entreprise n’a jamais été abordée sérieusement, ni avec mon père, ni avec mes oncles. »


BRISER LE TABOU
Un sujet sensible que l’on peut aisément comprendre tant ce sujet mêle sentiments familiaux et aspects financiers, tant cela remue de choses dont la portée peut effrayer. Comme pour tous les adhérents qui sont ou ont été dans le cas d’Emmanuelle, c’est l’une des missions du CJD que d’accompagner le jeune dirigeant dans la réalisation de ses projets. Un accompagnement qui se fait autour de certaines valeurs : solidarité, responsabilité, loyauté, respect de la personne humaine. Ces valeurs parlent à Emmanuelle et font écho à ses convictions spirituelles. « Je crois au collectif ; j’ai un côté militant. » Bienvenue au CJD!

Lionel Meneghin
Le 26-01-2010
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