Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Tous banquiers !

Entre microcrédit et fonds de placement éthique dédiés aux entreprises vertueuses, le crédit coopératif se développe et prend des formes innovantes qui font le bonheur d’entrepreneurs trop modestes pour intéresser les banques…

YIN : Un site, une histoire : http://www.friendsclear.com

L’économie solidaire a le vent en poupe. Les fonds de placement éthiques commencent à brasser des sommes considérables et n’arrachent plus de sourire condescendant aux financiers depuis qu’ils sont accueillis à bras ouverts pour leurs performances sur les places boursières. De la première génération, celles des militants idéalistes, on est passé à la seconde, celle des pratiquants pragmatiques qui se sont donné pour but de changer l’économie de l’intérieur afin de la rendre un peu plus juste. Et qui y parviennent. Jean-Christophe Capelli, ancien banquier chez BNP Paribas, est de ceux-là qui a trouvé dans l’internet un formidable outil pour développer son projet et le faire connaître. Aucun doute : sans le web, friendsclear n’aurait pas eu la moindre chance d’atteindre ses objectifs.

Friendsclear, « la communauté de projets entre entrepreneurs et investisseurs » ne collecte pas de fonds pour de grandes entreprises, aussi vertueuses soient-elles, non plus qu’il ne pratique le microcrédit, surtout adapté aux pays en voie de développement. Conçu pour nos sociétés occidentales, il vient en aide à tous ces petits entrepreneurs, créateurs de TPE le plus souvent, qui ont bien du mal à faire entendre leur voix auprès des banques classiques.

Exposant les projets de création d’entreprise d’artisans, paysagistes, coiffeurs, commerçants, petits restaurateurs, cet organisme de financement unique assure une rémunération garantie de 4,5 % minimum aux prêteurs qui s’engagent à partir de 100 € sur les projets de leur choix tandis que l’emprunteur qui expose son projet sur le site obtient de son côté un prêt de 3 000 à 25 000 €.

Parlons sous !

Dans sa première version, Friendsclear permettait à l’internaute de choisir le projet de son choix. Mais l’on sait à quel point les activités financières sont, dans notre pays, encadrées par la loi. Interpellé par la banque de France, Friendsclear a dû revoir sa copie et opter pour une forme mutualisée. Dans sa nouvelle version, active depuis le 1er février 2012, on vote désormais parmi 10 projets de création pour les 7 qui vous sont les plus « proches » et vous paraissent les meilleurs. Puis on prête, sur 3 ans et avec intérêt, la somme de son choix. On récupère ensuite 1/3 de son capital chaque année et jusqu’à 6,5 % d’intérêts sur 3 ans. Le Crédit Agricole, séduit, a accepté de jouer le jeu et gère la partie purement bancaire. Jusqu’ici, tous les emprunteurs ont remboursé jusqu’au dernier sou, même celui qui, finalement, n’avait pas pu monter sa boîte.

Pourquoi ? Parce qu’au-delà de l’argent, il s’agit avant tout d’une histoire d’hommes et de confiance accordée dont on veut se montrer digne. Tout l’intérêt de la nouvelle formule (légèrement compétitive, donc) est que, pour convaincre les éventuels prêteurs, chaque porteur de projet est amené à argumenter, à répondre aux questions tous azimuts de plusieurs dizaines « d’experts » en ligne et à perfectionner ainsi son modèle économique et son business plan. Efficacité garantie.

Créer confiance et lien social

Nulle surprise à découvrir que la plupart des prêteurs sont pour beaucoup des entrepreneurs qui en sont eux-mêmes « passés par là » et auraient bien aimé qu’une telle solution existât à leur époque.

Quant au fondateur Jean-Christophe Capelli, qui s’est lancé dans cette aventure pour « retrouver le vrai métier de banquier des origines, où l’on prêtait à des gens qu’on connaissait pour leur permettre d’avancer », il ne se paye pas encore. Mais il y croit dur comme fer. Friendsclear prend une commission de 4 % sur chaque dossier. Pour devenir rentable, l’affaire devra traiter 150 dossiers par mois. Utopie ? « Du tout ! Le modèle est parfaitement sain et tout le monde y trouve son compte. On devrait y être dans deux ans ».

Rendez-vous est pris…

YANG : Internet & Utopie (le pourquoi du comment),

L’utopie ici manifestée est celle d’une égalité devant le pouvoir financier où les « petits » sont considérés à l’égal des « gros », jugés sur la validité de leur projet et non sur leur situation sociale.

Outre le principe de la longue traîne (de nombreux petits prêteurs se substituent à un unique gros), internet joue ici le rôle d’une agora virtuelle où chacun expose son projet et fait affaire avec des financeurs-partenaires.


Prochaine utopie visitée : Échange de bons procédés

Auteur de 1991-2011 : internet a 20 ans. Et maintenant ? aux éditions du Puits Fleuri :www.puitsfleuri.com

Les chroniques d’Utopia par Jérôme Bourgine
Le 13-02-2012
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