Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Solidarité en ligne

Puissant accélérateur de la mondialisation des économies comme des cultures, internet a également donné corps à notre sentiment d’appartenir à une même famille. Avec ce que cela suppose de solidarité entre ses membres…

YIN : Un site, une histoire : http://fr.freerice.com

Au nombre des quelques dizaines de milliers de sites dédiés à la solidarité, le succès de freerice tient en grande partie à son apparence purement ludique. A peine débarque-t-on sur ce portail que, sans autre forme d’inscription ou de discours, on vous propose de répondre aux questions de différents quizz (vocabulaire, géographie, etc.), sachant que chacune de vos bonnes réponses permettra de verser 10 grains de riz au Programme Alimentaire Mondial de l’ONU.

Créé en 2007 par un Américain rapidement débordé par son succès, offert à l’ONU en 2009 et entièrement financé par les entreprises dont la bannière publicitaire apparaît fugitivement à chaque bonne réponse donnée, ce site a déjà permis de nourrir des millions de personnes partout dans le monde à l’occasion de catastrophes naturelles, de famines ou dans le cadre de programmes plus pérennes.

Naturellement, tant qu’à être futé, autant l’être tout à fait et freerice n’y manque pas qui, dans un deuxième temps, en profite pour faire passer nombre d’informations moins ludiques sur la malnutrition et le programme alimentaire sans jamais cesser de valoriser la (légitime) bonne conscience de ses participants (concours, classements, fédération des membres…)

Génétiquement bons !

Mais, si Freerice a optimisé sa démarche en jouant sur d’autres facettes de la nature humaine (divertissement et auto-valorisation), celle qui entre en ligne de compte avant toute les autres en générant une économie mondiale de la solidarité se chiffrant aujourd’hui en centaines de milliards d’euros chaque année, n’a nullement besoin de ces appâts supplémentaires pour exister : il s’agit naturellement de l’empathie.

Derrière ce mot très à la mode (sans doute parce que de plus en plus incarné dans le réel) se tient une vérité factuelle désormais bien établie : identifiés dans le cerveau humain en 1996, les « neurones miroirs » ou « neurones de l’empathie » donnent une base scientifique à la célèbre maxime : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Confortée par de multiples expériences comportementales menées au cours des dix dernières années, elle nous confirme dans ce que nous savions déjà : l’homme est non seulement un être fondamentalement social mais, également, génétiquement altruiste, capable de mettre sa vie en péril pour sauver celle des autres. Si les Justes qui sauvèrent des Juifs durant la dernière guerre en sont un exemple aussi éminent qu’extrême, internet, de nos jours, permet à chacun de faire fonctionner ces neurones un peu trop souvent mis en sommeil à moindre effort : sans bouger de chez lui, sans s’investir plus que cela ni rien dépenser, pointant ainsi un autre volet primordial du succès rencontré : la facilité !

« Internet rend l’homme meilleur »

Puissant facteur de changement social, internet est donc aussi un facteur d’évolution psychologique. Accélérateur, catalyseur, révélateur (un peu tout cela à la fois) de notre potentiel « positif ». Observateur pénétrant de notre civilisation à qui l’Histoire de ces dernières années a souvent donné raison, le sociologue américain Jérémy Rifkin n’hésite pas à titrer son dernier ouvrage : « Une nouvelle conscience pour un monde en crise : civilisation de l’empathie ». Il y explique qu’au-delà de la convergence de plus en plus manifeste des mots « commerce, communication et communion », « l’interdépendance » entre tous les habitants de cette planète dont nous prenons enfin acte, se déploie désormais à tous les niveaux de l’activité humaine, mais également dans sa psyché, n’hésitant pas à affirmer qu’« internet rend l’homme meilleur ». Bien sûr, comme toute évolution, celle-ci se déploie par étapes, connaissant avancées, reculs et bouffées spectaculaires (tsunami de 2004, séisme d’Haïti en 2010, Fukushima en 2011…), mais grignotant également positivement le comportement de chacun au jour le jour. Car si c’est l’occasion qui fait souvent le larron, internet, au moins via les messageries et leurs chaînes de solidarité, nous offre désormais une occasion quotidienne de faire fonctionner nos superbes neurones empathiques ![

YANG : Internet & Utopie (le pourquoi du comment),

L’utopie ici manifestée est celle d’un monde fraternel, du fameux village global où chacun se sent concerné par ce qui arrive aux autres et agit en conséquence. C’est ici la dimension fondamentale de liend’internet qui est à l’œuvre ; chaque cellule du grand corps de l’humanité pouvant, grâce à ce lien, prendre conscience de la situation des autres et y réagir.

Prochaine utopie visitée : Échanges de bons procédés

Auteur de "1991-2011 : internet a 20 ans. Et maintenant ?" aux éditions du Puits Fleuri :www.puitsfleuri.com

Les chroniques d’Utopia par Jérôme Bourgine
Le 5-03-2012
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