Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Réinventer l’innovation

Le 29 mars, le CJD organise aux salons Vianey à Paris à les premiers États Généraux de l’Innovation. Placés sous le Haut-Patronage du ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, et le Patronage des ministères de l’Écologie, de l’Enseignement supérieur et de la Culture, ils visent à penser une nouvelle culture de l’innovation, détachée du seul prisme de la technologie.

Cet événement est le fruit des travaux menés depuis deux ans par le Comité de Pilotage du CJD : « Création de valeur par l’innovation ». Plusieurs constats sont nés de ces études menées, notamment en partenariat avec l’IHEST, à travers l’Europe et l’Amérique du nord. Pour beaucoup, il n’y a qu’une seule façon d’innover et c’est la technologie, preuve en est une directive aux régions en début d’année les exhortant à se concentrer sur « les entreprises de plus de 250 salariés à fort potentiel technologique ». Il faut reconnaître que pour ce millier de structures environ, l’accompagnement est excellent et mérite d’être poursuivi. Mais qu’en est-il des autres entreprises, notamment les 85 % de PME ? Est-ce que soutenir un millier d’entreprises permet de tirer toutes les autres, en France comme en Allemagne ? Pourquoi est-il impossible d’obtenir une aide inférieure à 50 000 euros ? L’innovation est-elle l’affaire de tous ou le privilège de quelques-uns ?

Des dispositifs locaux se développent afin de soutenir les projets issus d’innovations non-technologiques, mais ne reçoivent pas le soutien des pouvoirs publics. Les États Généraux de l’Innovation veulent donc redonner leur droit d’expression aux acteurs territoriaux, tout aussi légitimes. Les tables rondes permettront de réfléchir à une nouvelle vision de l’innovation. Car innover, c’est introduire quelque chose de nouveau et de fécond dans un ordre établi. C’est faire bouger les lignes, changer de paradigme, imaginer de nouveaux produits, services, méthodes managériales, de vente, marketing ! L’innovation n’a pas besoin d’être inventée mais de retrouver tout son sens. Avec les États Généraux, nous voulons « Ré-inventer l’innovation » pour permettre aux entrepreneurs d’avoir la chance de proposer leur propre vision du monde, de créer des emplois, et de contribuer au bien-être général.

L’absence de dialogue

Notre second constat est que, dans ce monde fermé de l’innovation, les acteurs ne se parlent pas. Au Québec par exemple, ou encore à Chicago, Grenoble, les universités regagnent progressivement le cœur des villes afin que les étudiants, professeurs, chercheurs aient la chance d’être en interaction directe avec les entreprises, citoyens, artistes, élus locaux… En France, l’urbanisme en est à ses balbutiements pour favoriser ces écosystèmes d’innovation, car l’on sous-estime les vertus du dialogue. Savez-vous que le Lycée Professionnel de votre ville peut très probablement – et pour très peu d’argent – modéliser en 3D l’un de vos produits pour l’améliorer ou fabriquer le moule de l’une de vos pièces ? Il existe même des aides pour cela.

Les États Généraux tenteront de rassembler tous les acteurs de l’innovation pour que naisse un dialogue efficient, car une entreprise est forcément plus innovante dans un territoire où ses salariés se sentent bien, où ils ont été accoutumés depuis leur plus jeune âge à des comportements créatifs et où la diversité est perçue comme une force. Il faut que chefs d’entreprises, élus et professeurs se parlent, car tous ont le même but. Nous voulons des actions coordonnées, des stratégies réfléchies de développement du potentiel innovant, des écosystèmes d’innovation ! Au CJD, nous sommes persuadés d’une chose : les idées lumineuses naissent de l’altérité, de la confrontation, du hasard, des rencontres imprévues… Dans le noir et la solitude, seules éclosent les idées sombres.

Le gâchis

Le troisième constat effectué par le Comité de Pilotage « Innovation » est celui du gâchis. Un rapport ministériel, qui n’a pas été rendu public public, estimait en début d’année 2011 que l’absence de soutien aux projets issus d’innovation non-technologiques était responsable de la perte ou de la non-création de plusieurs centaines de milliers d’emplois en France. L’adoption d’une définition globale et multiforme de l’innovation serait donc une solution concrète pour réduire largement le nombre des chômeurs actuels. Et pourtant, combien de projets continuent encore à être tués dans l’œuf ? Deux autres raisons expliquent ce gâchis. La première tient aux difficultés rencontrées par les PME françaises pour protéger leurs innovations. L’AFNOR ou l’INPI, malgré leur bonne volonté, se heurtent à des freins pour protéger les intérêts français à Bruxelles face aux autres lobbies européens. La seconde est l’extrême disparité territoriale qui veut qu’une entreprise n’aura pas les mêmes chances de réussite en Rhône-Alpes qu’en Languedoc-Roussillon.

Des solutions nouvelles doivent être trouvées pour éviter tout ce gâchis et recréer de l’égalité entre les territoires. Les quatre tables rondes des États Généraux de l’Innovation rassembleront à chaque fois un acteur du monde de l’entreprise, de l’enseignement et des collectivités territoriales pour confronter leurs propres visions de l’innovation et tenter de trouver des réponses au gâchis actuel. Quels micro-dispositifs inventer pour soutenir les petits projets innovants, notamment à l’amorçage ? Comment rendre nos enfants (encore plus) créatifs et agiles ? Quelle place pour la science dans notre culture ? Comment favoriser le bien-être des salariés, condition essentielle à leur inventivité ? Avec les États Généraux, le CJD souhaite que naissent des idées nouvelles, en faisant appel au bon sens, en nous libérant des dogmes de l’innovation technologique et, surtout, en permettant aux vrais acteurs de l’innovation de s’exprimer. Chaque participant doit repartir avec des initiatives concrètes à mettre en place dans son entreprise, sur son territoire, avec ses salariés et concitoyens.

Cet article est également paru dans le magazine Jeune Dirigeant n° 96 de janvier 2012.

Antoine Pivot
Le 26-03-2012
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