Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Éducation Nationale : la fin et les moyens

L’Éducation Nationale appartient à la catégorie des sujets sacrés, c’est-à-dire que la mission professorale est si essentielle que l’on ne peut pas croire en son profond dysfonctionnement. En conséquence, l’Éducation Nationale ne trouve pas sa place dans le débat présidentiel. Pourtant, la situation est particulièrement grave.

Les études se multiplient depuis une dizaine d’années, à cause notamment des rapports PISA qui, tous les deux ans, constatent la dégradation du système éducatif français. Désormais 22e nation mondiale pour la qualité de son éducation, la France s’affaiblit dans tous les domaines. Les tests réalisés lors des Journées d’Appel de Préparation à la Défense (JAPD) révèlent qu’après 18 ans d’études, un élève a une chance sur trois d’être à peine capable de déchiffrer les panneaux de signalisation ou de lire une notice de médicament. L’orthographe et la grammaire sont également en chute libre : des professeurs ont proposé une dictée issue du Certificat d’Études de 1975 à des élèves, la moitié a obtenu zéro. Autrefois notre meilleur atout, les mathématiques n’échappent pas à la règle. Pour compenser, le Ministère demande chaque année aux correcteurs de relever les notes du bac, notamment, car sans diplôme (comme 1/6e d’une classe d’âge), chaque élève aurait 45 % de risques d’être au chômage. Cette politique a pour effet que les diplômes français sont de moins en moins reconnus : dans le classement Shanghai 2011 des universités mondiales, la première française est quarantième…

Dépenses

Voilà pourquoi nous pouvons parler d’une situation grave, presque dramatique. Nous en sommes arrivés là car nous avons une vision erronée de la situation. En effet, pour beaucoup, les problèmes viennent du manque de moyens ; cette affirmation est discutable. Si nous étudions les chiffres, nous nous rendons compte que l’Éducation Nationale est le premier poste budgétaire de l’État avec 62,2 milliards d’euros. En comptant les dépenses annexes (transport, bâtiments, fournitures, cantines…) en grande partie à la charge des collectivités territoriales, les dépenses d’Éducation s’élèvent à 132 milliards d’euros (chiffres de 2009). Celles-ci ont augmenté de 60 milliards d’euros depuis 1980, alors que le nombre d’élèves a diminué. Ces derniers sont 12 millions en France, pour 852 907 professeurs dans le primaire et le secondaire, public et privé, soit un ratio d’un professeur pour 14 élèves. Avec les suppressions des postes (64 500 depuis 2007, soit une économie d’1,7 milliards d’euros), ce ratio est passé à 1 pour 14,6. L’Éducation Nationale emploie également 126 915 fonctionnaires non-enseignants, ce qui n’inclut pas les personnels techniques et les 68 949 assistants d’éducation (payés par les collectivités territoriales).

Besoins

Le budget national n’a donc jamais été aussi important, et il continue de progresser. Mais il est clairement mal utilisé, là est la vraie clef du débat. Prenons l’exemple des fonctionnaires non-enseignants. Ils remplissent l’équivalent de dix tours Montparnasse, soit quatre fois plus qu’en Allemagne ! Leur nombre a explosé depuis quelques années à cause des revendications syndicales, toutes portées sur les moyens. Les syndicats ont en effet un poids énorme : 10 % de la ressource enseignante… n’enseigne pas du fait de l’engagement syndical selon la Cour des Comptes. Ensuite, alors que le budget éducatif est au-dessus de la moyenne de l’OCDE, cela n’est pas le cas pour l’école primaire, alors que les 10 premières années sont essentielles au bon développement des enfants. Au-delà des moyens, ce sont donc bien les pratiques qu’il faut changer. Les problèmes viennent des programmes, des méthodes d’enseignements, des gestions des emplois du temps et d’expérimentations pédagogiques inadaptées. Pour entamer sa mue, rattraper son retard et adapter son fonctionnement au monde actuel, l’Éducation Nationale doit repartir de la base et se poser la seule question qui vaille : quels sont les besoins des enfants ?

Parce que la situation est grave, une attention toute particulière doit être portée aux propositions des candidats à la présidentielle. Méfiez-vous des revendications des syndicats qui protègent leurs propres intérêts, à savoir le maintien des effectifs de fonctionnaires. Et surtout, portez la voix d’une Éducation Nationale au service des élèves, de la créativité, de la curiosité et de l’ouverture à l’autre.

Retrouver les propositions des principaux candidats en faveur de l’Éducation sur lemonde.fr


Antoine Pivot

Antoine Pivot
Le 26-03-2012
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