Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


La veille dame s’offre un bain de jouvence

Pierre Lauret
Connaissez-vous l’entreprise Japy, qui produit les pompes du même nom ? Fondée en 1777, celle-ci fabriquait alors des automatismes pour l’horlogerie. En 1848, elle rachète le brevet d’une pompe manuelle… Japy était alors, avec 4500 salariés, la troisième plus importante entreprise de France, derrière Schneider et Saint-Gobain… Excusez du peu !

Aujourd’hui, c’est Pierre Lauret qui a hérité de l’entreprise. Mais quand on dit « hérité », cela ne veut pas dire qu’il en est le propriétaire. Car Japy, après moultes évolutions (réquisition en périodes de guerre, rachat, démantèlement …), est devenue une SCOP (Société Coopérative et Participative). Contraintes à l’impératif de profitabilité comme toute entreprise, les SCOP se distinguent notamment par la participation des salariés actionnaires aux grandes décisions de l’entreprise. En Assemblée Générale le pouvoir est égalitaire quel que soit le nombre de parts détenu. Un homme, une voix. Chez Japy, tous les salariés sont actionnaires de l’entreprise. Tous les salariés, et rien que les salariés !

Pierre Lauret est donc actuellement l’héritier d’une tradition ; il est le dépositaire de l’entreprise pour les générations futures. A 37 ans, de formation technique puis commerciale, Pierre est entré dans l’entreprise après son service militaire, en 1998. Au bout de cinq ans, il en prend la direction et entreprend la modernisation de la vieille dame afin de mieux la préparer aux enjeux du troisième millénaire.

Relooking

C’est le marketing et la communication qui retiendront en priorité son attention. Si le savoir-faire de l’entreprise est reconnu, le « faire-savoir » a besoin d’un coup de fouet. Comme Frigidaire, marque déposée créée par General Motors en 1918, Japy est devenu un nom générique, désignant une pompe manuelle semi-rotative. Ceci est en soi, sur le plan de la communication, une vraie force. Combien d’entreprises dans le monde peuvent se prévaloir de ce privilège ?

Mais cela ne suffit pas. Vivre sur ses seuls acquis ne va qu’un temps. Refonte du site internet, travail sur le logo, rédaction de fiches techniques, l’entreprise se pare des habits de la modernité. Ce n’est qu’un début. Car derrière tout cela se cache une révolution beaucoup plus profonde : celle de l’outil de production.

L’heure des choix

« Nos machines les plus récentes avaient quarante ans ; les plus anciennes, plus de cent cinquante ans ! ». Avec un outil « post plan Marshall », en bon état de marche, mais dépassé en termes de sécurité/hygiène/environnement ou simplement de précision, un choix s’impose : investir.

Pourtant une alternative existe. « Avec 3000m2 de surface d’atelier, nous aurions pu vendre, ou mettre à la location. Nous aurions pu également licencier et devenir un simple assemblier ». Comptablement, délaisser la production - la faire venir de Chine ou des pays de l’Est - pour se concentrer sur le seul assemblage, c’est en effet très judicieux. Humainement, cela se discute…

Artisanat

Investir dans de nouvelles machines, c’est au contraire parier sur la capacité en interne de trouver des ressources. C’est parier sur les Hommes. C’est croire en leur possibilité d’évolution. En 2008, un formateur vient accompagner le transfert et la montée en compétences des salariés sur une première machine. Un an plus tard, une seconde machine rejoint l’atelier, et avec elle un technicien programmateur. Très vite, une troisième machine vient compléter l’outil de production. Au final, ces trois machines viennent remplacer quatre-vingt machines obsolètes. En parallèle, le nombre de salarié reste stable.

« Investissons dans de nouvelles machines pour perpétuer notre métier, mais allons aussi vers d’autres fabrications ». Japy a expérimenté d’autres potentiels en fabricant pour une entreprise locale des moules pour des boîtes à œufs. Ces machines ouvrent donc des perspectives réelles pour la fabrication, notamment, de moules dédiés à la production de nouvelles gammes de pompes. Elle s’est également dévoilée sur un salon, le premier depuis 30 ans. Une initiative vite rentabilisée, puisque l’entreprise a développé des partenariats locaux avec des distributeurs et des pétroliers au Gabon. L’avenir sourit décidément aux audacieux.

Une légende est éternelle

L’entreprise est fière d’avoir réussie sa mue tout en conservant son label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) qui récompense les entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence. Fière également de ne pas avoir cédé aux sirènes de la délocalisation. Le coût de la production est ici en phase avec la qualité, la réactivité et l’offre de service. « En France, nous avons de quoi nous défendre ». Et nous de quoi nous inspirer.


Japy en chiffres :

CA 2011 : 2,15 M€
13 salariés


Lionel Meneghin
Le 23-04-2012
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