Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


« Les innovations d’aujourd’hui préparent celles de demain »

Le jeudi 29 mars dernier se sont tenus les États généraux de l’Innovation, créés et organisés par le CJD. Retour sur les principaux enseignements de cette journée de réflexion.

Dans une France en perte de vitesse, l’innovation apparaît comme le seul moyen de réenclencher une dynamique de changement, chaque jour plus nécessaire. Malheureusement, celle-ci est en panne, et le bon sens avec. Les indicateurs de mesure de performance de l’innovation sont erronés, le système d’aide est profondément inégalitaire, comme par exemple le Crédit Impôt Recherche dont la réforme a bénéficié d’abord aux grandes entreprises qui ont capté 80 % de la hausse de son montant. Oséo ne soutient que 2 000 entreprises, sélectionnées uniquement pour leur potentiel d’innovation technologique. Pour les trois millions d’entreprises restantes, celles qui ont créé 83 % des emplois sur les 20 dernières années, il ne reste que les miettes.

Idées

Le système est accaparé par ceux qui refusent le risque et la prise d’initiative. Michel Meunier, le président national du CJD, rappelait en introduction que « sans les entrepreneurs, le monde ne serait resté qu’une idée ». Si les 130 participants, très majoritairement dirigeants d’entreprise, ne pouvaient qu’abonder dans ce sens, qu’en est-il de la fin de la phrase ? Car un mot y est essentiel : l’idée. Quelle idée pour le monde ? A-t-on encore des idées ? Une vision ? Surtout, a-t-on les moyens de les mettre en œuvre ? Aujourd’hui, la France exporte mal, et son niveau de vie est en baisse constante. Comme le soulignait Alain Dumont, Secrétaire général de la Fondation Condorcet, « la seule ressource que nous ayons en France, c’est l’homme et sa créativité, et nous sommes incapables de développer ce potentiel ». En effet, et tel était bien l’enjeu de ces États généraux de l’Innovation : redonner à l’homme les moyens d’être créatif, dans les entreprises, à l’école, et dans les territoires. Alors seulement nous prendrons à nouveau part au changement.

Terreau

La première table ronde posait la question du « terreau fertile à l’innovation ». Comment faire de l’environnement quotidien un univers d’échanges, de rencontres, d’épanouissement culturel et intellectuel, susceptible de faire évoluer notre vision de choses, de piquer notre curiosité, et de susciter notre créativité ? L’école doit d’abord être réinventée pour apprendre à tous les enfants, dès le plus jeune âge, à oser, se tromper, essayer, s’informer, découvrir et surtout redécouvrir. Là est la clef de l’innovation : faire évoluer son cadre de pensée pour un autre, que l’on juge meilleur. Car innover, ce n’est rien d’autre qu’introduire quelque chose de nouveau et de fécond, dans un ordre établi. Ensuite, les acteurs territoriaux doivent s’engager à favoriser les échanges par des politiques adaptées, la culture doit retrouver le cœur des programmes politiques, car seule la rencontre de l’altérité peut éveiller les imaginations. Enfin, un nouvel aménagement des territoires est à promouvoir pour que se créent des écosystèmes d’innovation regroupant universités, entreprises, chercheurs, universitaires, artistes.

Envie

La seconde table ronde s’intéressait à l’envie d’innover. Quels sont les éléments qui déclenchent chez chacun d’entre nous l’envie de passer d’une idée à sa concrétisation ? Un point important est de dédramatiser l’innovation. Dès l’introduction, Arnaud Groff, Délégué national du CJD, rappelait que l’innovation apporte bien plus que des usages. Elle est facteur de bien-être, de sens, de praticité, de gain de temps… Les raisons d’innover sont donc multiples, et chaque dirigeant doit être convaincu de ce qu’elle peut apporter à l’entreprise. C’est alors que les comportements innovants seront effectivement encouragés puis valorisés. Les parties prenantes de l’entreprise sont toutes porteuses d’innovation : un client insatisfait, un fournisseur mécontent, un salarié mal à l’aise ont tous les trois une vision différente des choses, peut-être meilleure. On innove lorsque l’on sait que l’on peut réussir, ou que si on échoue l’initiative sera tout de même récompensée, ou encore que nos dirigeants nous soutiendront même si le projet semble impossible.

Soutien

Lors de la troisième table ronde était abordée la question du soutien aux projets innovants. Les solutions financières, matérielles et immatérielles actuellement en place sont-elles efficaces et suffisantes ? On constate que l’innovation technologique est aujourd’hui fortement soutenue, à l’inverse de l’innovation non-technologique. Pourtant, les deux sont parfaitement complémentaires, la seconde permettant généralement à la première d’être socialisée. Un rapport officieux du ministère de l’Économie soulignait récemment que l’absence de soutien aux projets issus d’innovations non-technologiques coûte chaque année plusieurs dizaines de milliers d’emplois à l’économie française. Le soutien à l’innovation doit donc être largement revisité afin de donner sa chance à chaque porteur de projet via la création de microdispositifs délocalisés. De même, chaque structure doit devenir le guichet unique de l’autre pour que les innovateurs bénéficient de l’accompagnement le plus adapté. Enfin, le crédit impôt recherche doit être réformé pour soutenir également l’innovation sociale et le développement des projets.

Récolte

La quatrième et dernière table ronde proposait enfin une réflexion sur la récolte et la fructification de l’innovation. Comment créer un cercle vertueux de la créativité ?Comment valoriser et récompenser les collaborateurs qui ont permis d’innover ?Comment protéger la propriété intellectuelle ? Toutes ces questions sont très rarement abordées. En réponse à la dernière, nous proposons de fusionner l'AFNOR et l'INPI au profit d'une Agence Nationale de l’Influence, de la Prospective et de la Protection, car il n’existe pas actuellement suffisamment de liens entre la propriété intellectuelle française et sa traduction en normes européennes. Pour Emmanuel Delannoy, Directeur de l’Institut Inspire, « les innovations d’aujourd’hui préparent celles de demain. En analysant les réussites plutôt que les échecs, le dirigeant doit parvenir à comprendre quelle est la démarche qui a permis de franchir les obstacles. Le processus est au moins aussi important que le résultat ».

Courage

L’après-midi, les ateliers sont venus compléter les pistes d’amélioration entrevues lors des tables rondes. En vrac, les 130 participants ont proposé : de faire de l’innovation un axe stratégique de l’entreprise, qui serait défini clairement avec tous les collaborateurs et serait un élément des entretiens annuels d'évaluation. Encourager les alliances entre entreprises : hébergement d’un porteur de projet innovant qui a besoin des ressources de l’entreprise, développements en commun, troc de matériel ou de savoir-faire… Créer au sein du CJD des ateliers de créativité sous la forme par exemple de « groupes d’aide à l’innovation », ou de rencontres de type barcamp durant une journée sur une problématique liée à la performance globale. Mettre en place des financements alternatifs comme ce pressing qui propose à ses clients de financer l’achat des machines contre un bon de 200 € à valoir sur les prochains lavages. Organiser des visites d’entreprise en présence de tous les salariés.

Dans peu de temps, le rapport des États généraux de l’Innovation détaillera les propositions pour le développement du potentiel innovant en France.Celles-ci chercheront à transformer le système français pour qu’il arrête de tuer les initiatives et de faire rentrer les innovations dans des normes. Dans les entreprises, il devient vital de quitter la logique de poste pour se concentrer sur le potentiel d’évolution des salariés. Mais ces propositions ne pourront pas remplacer cette nécessaire qualité pour le dirigeant : le courage, celui de prendre des risques, de faire confiance à ses collaborateurs, et de changer sa façon de voir les choses.

En attendant, la réflexion se poursuit sur :www.etatsgenerauxdelinnovation.fr

Antoine Pivot
Le 30-04-2012
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