Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


L’achat public responsable fait son chemin

Olivier Riom
En mai 2011, le CJD publiait un rapport sur « la performance globale de la commande publique » contenant dix propositions pour développer « l’achat public responsable ». Un an après, Olivier Riom, jeune dirigeant de la section de Nantes et animateur du groupe de travail qui a produit le rapport, en fait le bilan.

Jeune Dirigeant : Pouvez d’abord nous rappeler le contexte dans lequel a été produit ce rapport ?

Olivier Riom : Ce rapport est le résultat de la collaboration, entamée en 2009, de membres de la section du CJD Nantes-Atlantique et de responsables de la communauté urbaine Nantes-Métropole. Ce groupe de travail s’est retrouvé, en dehors de tout positionnement idéologique, sur un objectif commun : accélérer le développement des achats responsables dans la commande publique qui restent encore trop marginaux (12 % du total), et encourager, de ce fait, les entreprises à prendre le chemin de la performance globale ; et sur une méthode : chercher à comprendre nos attentes et nos contraintes réciproques pour dépasser par le haut des conflits qui peuvent naître de logiques parfois contradictoires.

J. D. : Quelles étaient les principales propositions de ce rapport ?

O. R. : L’enjeu était de donner plus de poids aux critères RSE en en établissant une liste, élaborée en commun, pouvant être utilisée par les acheteurs publics et les entreprises, avec l’idée que la commande publique pouvait avoir un effet de levier pour pousser les entreprises à se comporter de manière plus responsable. La difficulté, c’est que le Code des marchés publics porte les acheteurs à aller plutôt vers les moins-disants que les mieux-disants, d’autant qu’ils n’ont pas toujours la formation et les outils pour évaluer la pertinence des critères RSE.

Nous avons donc fait des propositions de court terme pour faire évoluer les mentalités et montrer que l’utilisation de critères RSE était possible dans le cadre du Code actuel, et des propositions de plus long terme visant à faire évoluer la loi.

Notre rapport était d’ailleurs complété par un « guide de l’achat public » qui est librement consultable sur le site que nous avons créé à cet effet : www.achat-public-responsable.fr .

J. D. : Un an après la sortie de ce rapport où en est-on ?

O. R. : Pour moi, le bilan est tout à fait positif. D’abord, cela nous a permis de resserrer les liens entre nos entreprises et les collectivités nantaises, municipalités et communauté urbaine, et de communiquer, auprès d’elles, sur la performance globale. Je crois qu’aujourd’hui nous nous comprenons mieux.

Concrètement, nous avons mené un chantier expérimental pour un contrat de nettoyage avec Nantes-Métropole. L’appel d’offres était accompagné des critères RSE que nous avions définis. Des entreprises que ne répondent pas habituellement à ce genre d’appel, l’ont fait cette fois-ci. Chaque candidat a été reçu par les acheteurs pour discuter des critères RSE. Et finalement, le principe de l’achat public responsable a été valorisé et a fait son chemin.

D’autres expérimentations avec la communauté urbaine sont en projet dans le domaine des travaux publics, des bâtiments et des espaces verts.

J. D. : Mais y a-t-il eu des effets au-delà de la région nantaise ?

O. R. : Des villes comme Rennes, Laval, Lyon, Châteauroux se sont montrées intéressées et nous ont posé des questions pour mieux comprendre la démarche.

Moi-même, j’ai fait beaucoup d’interventions et participé à de nombreuses tables rondes avec des acheteurs de la région Grand-Ouest. Ils étaient toujours très intéressés, étonnés que l’on ait eu la capacité d’intégrer de la RSE dans les appels d’offres et, j’espère, convaincus que cela était possible. Je pense que ce travail d’information et de sensibilisation portera ses fruits. Mais, pour que ça marche, il faut en même temps une volonté politique et une administration prête à jouer le jeu. L’un ne va pas sans l’autre.

Je pense que d’autres sections du CJD pourraient s’inspirer de ce qui a été fait à Nantes pour le porter dans d’autres régions. Nous sommes prêts à leur expliquer la démarche. C’est aussi un moyen de mieux faire connaître le CJD et ses idées novatrices auprès des collectivités locales.

J. D. : Sur cette lancée positive, la section Nantes-Atlantique a-t-elle de nouveaux projets ?

O. R. : Oui, nous aimerions engager la même démarche avec les banques. Aujourd’hui, pour ouvrir un crédit, les banquiers ne regardent que le bilan, le chiffre d’affaires. Nous voudrions les convaincre qu’une entreprise engagée dans la performance globale est plus fiable, plus pérenne qu’une entreprise qui ne vise que les résultats à court terme. Et nous voudrions les écouter, travailler avec eux pour voir comment il serait possible d’intégrer des critères RSE dans leur vision de l’entreprise. Des contacts sont déjà pris avec certaines banques. Et une commission de travail devrait être lancée en septembre.

Propos recueillis par Bruno Tilliette
Le 7-05-2012
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