Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le savoir en partage

On le sait depuis Rousseau, la majorité des maux dont souffrent nos sociétés s’enracinent dans l’ignorance. Or si, avec l’information dont elle est l’aboutissement, il est une chose que l’internet a apporté en partage aux habitants de cette planète, c’est bien la connaissance. Sous toutes ses formes…

YIN : Un site, une histoire : www.savoir-sans-frontieres.com

Comme toutes les odyssées humaines, celle d’internet possède ses belles histoires, grandes et petites. Ainsi l’ancien chercheur du CNRS, Jean-Pierre Petit, a-t-il créé il y a quelques années à titre absolument bénévole un site sur lequel il explique les théories mathématiques complexes de manière simple et, pour être plus aisément compris… en bande dessinée ! Comme notre chercheur voulait rendre ce travail pédagogique accessible au monde entier, il a, à tout hasard, fait appel aux internautes pour financer les traductions indispensables.

Travaillant tout à fait dans « l’esprit d’internet », il a récolté en retour une magnifique illustration de la fameuse théorie de la longue traîne (cf. chronique n°4) qui veut que, contrairement à ce qui se passe dans le monde physique, dans l’économie numérique, la part prise par la multitude des « petits » est toujours supérieure à celle des majors. Recevant 5 € d’un internaute, 10 € d’un autre et encore 7 € de celui-là, il a engrangé au total en quelques années plus de 60 000 €. Une somme qui, à ce jour, lui a permis de faire traduire et diffuser ses connaissances dans 35 pays de la planète.

L’esprit même d’internet

Pour anecdotique qu’elle soit, cette petite histoire est exemplaire de ce que l’outil internet est capable de produire. Partie d’une seule personne et sans moyens réels, l’initiative pédagogique de Jean-Pierre Petit touche aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de personnes un peu partout sur terre et s’est développée du fait même des fondamentaux de la culture internet : « free » (libre et gratuit), fonctionnement latéral en réseau (et non pyramidal centralisé), transparence (le budget de l’entreprise est affiché en temps réel), etc.

C’est par milliers que ce type de projets visant à partager le savoir voient le jour dans chaque pays. Logique en un sens, car n’oublions pas que si internet fut, au départ, voulu par les militaires (pour pouvoir continuer de communiquer en cas de conflit atomique), il fut inventé et développé par des universitaires et par ces ingénieurs informatiques mêmes qui, depuis des années déjà, se battaient pour faire prévaloir en matière de soft (systèmes d’exploitation et logiciels en tous genres), le modèle « free » collaboratif sur le modèle propriétaire (Microsoft) dans le but d’éviter au monde d’être coupé en deux par la fameuse « fracture numérique ». Autant de pionniers « militants » qui, sur internet au moins, sont en grande partie parvenu à leurs fins.

La révolution du e-learning

Côté universitaires et institutions, n’oublions pas non plus qu’avant même le succès phénoménal de l’encyclopédie universelle représenté par Wikipedia, l’une des premières sources d’émerveillement de l’internaute néophyte face à la toile fut de pouvoir y accéder à la plupart des bibliothèques des grandes universités et, aujourd’hui, des nations elles-mêmes. Décliné désormais à travers toutes les branches du savoir, des cours du CNED (Centre National d’Éducation à Distance) promulgués à tous les élèves francophones du monde, jusqu’à la construction de puits (plans, modus operandi, assistance en ligne) ou à la formation continue, le partage des connaissances entre les êtres humains a davantage progressé au cours des 10 dernières années grâce à internet qu’en un siècle au moyen de l’imprimerie et de l’oralité.

Et puisque nous avons commencé par une belle histoire, concluons sur une autre. Avez-vous jamais entendu parler de « l’université des va-nu-pieds » ?... Initié par l’Indien Bunker Roy il y a quelques années, ce projet a déjà changé (sauvé ?) la vie de dizaines de milliers de personnes parmi les plus démunies. Si c’est sur la notion même du transfert direct d’un savoir-faire de personne à personne que repose tout le concept, c’est grâce à internet que l’élan initial a été prolongé et démultiplié, jusqu’à avoir, à présent un retentissement mondial.

Aussi, prenez le temps de regarder cette petite vidéo ; rarement le mot « enthousiasmant » aura été utilisé aussi à propos.

Et si, à l’exemple de Mohammed Yunus, ce type n’est pas un jour nobélisé, c’est à désespérer du genre humain…

YANG : Internet & Utopie (le pourquoi du comment),

L’utopie ici manifestée est celle d’un monde où le savoir serait accessible à tous. Ce sont ici les dimensions de lien universel et de partage désintéressé (philosophie du « free ») qui entrent en jeu, permettant à toute personne accédant au réseau d’y trouver les connaissances qui lui font défaut.

Prochaine utopie visitée : Échanges de bons procédés.

Auteur de "1991-2011 : internet a 20 ans. Et maintenant ?" aux éditions du Puits Fleuri : www.puitsfleuri.com

Les chroniques d’Utopia par Jérôme Bourgine
Le 7-05-2012
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