Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Des JD engagés dans le rapprochement entre entreprises et enseignement supérieur

Thierry Heyvang
Que ce soit dans les universités, les IAE (Instituts d’administration des entreprises), ou encore les grandes écoles, le rapprochement entre les entreprises et le monde de l’enseignement supérieur ne cesse de se développer. Thierry Heyvang, Éric le Jaouen, Patrice Lerouge et Timothée Saumet sont tous les quatre dirigeants d’entreprise, membres du CJD et parties prenantes dans des instances de gouvernance de l’enseignement supérieur. Ils nous font part de leurs impressions.

Il n’est pas toujours évident de franchir la porte des écoles et des universités. Patrice Lerouge et Thierry Heyvang ont obtenu une place au Conseil d’Administration des IAE de Tours et de Caen via le concours Performance globale. L’objectif de ce concours,organisé depuis 9 ans par le CJD avec l’enseignement supérieur, est de sensibiliser les futurs acteurs du monde économique sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises et sur la nécessité de rechercher une performance, moins axée sur le court terme et plus respectueuse des parties prenantes de l’entreprise.

Il est en effet intéressant de noter que pour ces deux universités, la thématique de la Performance globale, initiée via le concours, a été intégrée à des Masters entrepreneuriat ou PME. « On rentre souvent dans l’université via le réseau ou la mise en relation, explique Patrice Lerouge. Mais une fois la porte ouverte, de nombreux projets peuvent se développer et nous pouvons être amenés à nous investir davantage, comme dans les Conseils d’administration ».

Patrice Lerouge


Nécessaire implication

Siéger au Conseil d’Administration d’une université provoque souvent un petit choc culturel. Le monde de l’enseignement et celui de l’entreprise ont chacun leur propre langage, leurs hiérarchies, leur rythme de décisions. Patrice confirme : « Cela reste un fonctionnement très protocolaire et la prise de décision apparaît lente pour un chef d’entreprise. Les systèmes managériaux et organisationnels sont très particuliers, assez hiérarchiques. La collaboration en interne dans les établissements n’est pas toujours évidente. Il est vrai que l’on peut passer un temps fou à discuter de l’achat d’un ordinateur pour la salle B, mais aussi du professionnalisme des jeunes ou de comment améliorer les échanges entre l’IAE et l’entreprise ».

Néanmoins, comme l’explique Thierry Heyvang, « le Conseil d’Administration garantit l’existence de toutes les autres instances de gouvernance. Il faut s’y impliquer pour faire avancer la totalité de la machine. Il est évident que lorsque l’on aborde des sujets tels que la gestion et la comptabilité, nous ne parlons pas le même langage, mais l’implication dans tous types d’organes de gouvernance dans l’enseignement supérieur représente une chance de pouvoir transmettre les besoins et les problématiques de l’entreprise, jusqu’à faire parfois évoluer les programmes. »

Éric le Jaouen a lui aussi été membre du Conseil d’Administration, à l’université Jean Monnet de Saint-Étienne. Il est maintenant membre du conseil de gestion de la fondation de l’université, dont le fonctionnement diffère radicalement. Les entreprises partenaires font des dons à cette fondation, qui sont abondés par l’université et dont les intérêts sont consacrés à des actions visant la recherche scientifique, l’insertion professionnelle des étudiants et le cofinancement de stage à l’étranger. Les entreprises sont de fait très actives dans le fonctionnement de cette structure.

« Les Conseils d’Administration sont essentiels à la vie des universités, confirme Éric, leur fonctionnement a été amélioré par les Lois Pécresse, mais il faut bien admettre qu’ils réunissent un très grand nombre de personnes pour traiter de questions pratico-pratiques et que bien souvent les représentants des entreprises finissent par déserter. »


Éric le Jaouen


Coconstruction de programmes

Toutefois, ces quatre dirigeants s’accordent sur le fait qu’une petite révolution est en marche dans l’enseignement supérieur. Il apparaît de plus en plus clair que pour sauver les universités, il faut les faire agir de concert avec les entreprises et les territoires. Comme le souligne Éric, « l’université ne forme pas que des professeurs et des fonctionnaires et il est inadmissible que des BAC + 3 se retrouvent à faire des petits boulots ! Nos deux univers ont beaucoup de choses à s’apprendre. Dans notre université, nous avons par exemple entrepris de traduire les 22 parcours de licences proposés en termes de compétences, et ce, à l’attention des PME, pour qui le contenu des diplômes ne signifie pas toujours grand-chose. Le Conseil d’Administration n’est peut-être pas la place idéale pour agir concrètement, bien que l’implication soit nécessaire à tous les niveaux. Néanmoins, il existe tout un tas de structures dans lesquelles il est possible d’agir. »

C’est le cas de Timothée Saumet, qui siège au CEVU, Conseil des Études et de la Vie Universitaire, de l’école d’ingénieurs de Grenoble. Le CEVU est un organe consultatif qui émet des vœux et fait des propositions au Conseil d'Administration. Il pilote la politique pédagogique, les questions relatives aux formations et les conditions de vie et d'études des étudiants.

Timothée nous explique la particularité de cet organe, mais aussi de l’école d’ingénieurs : « le CEVU est composé de représentants des salariés, de professeurs et de représentants du monde économique, principalement des cadres dirigeants de grands groupes. La particularité de l’école est que ses étudiants ne connaissent pas réellement de problèmes d’employabilité. Ici la relation avec les entreprises se tisse donc davantage sur la recherche de fonds que sur la coconstruction de programmes. Néanmoins, il nous faut impérativement être présents pour influencer. Même si nos étudiants ont encore une vision très limitée de l’entreprise, on constate quand même une réelle évolution ces dernières années. »


Thimothée Saumet


Un bel avenir

Alors, s’il fallait encore convaincre les dirigeants, une chose à ajouter ?

Pour Patrice « s’engager dans les universités, c’est s’engager dans le développement des territoires, et confirmer la vision sociétale que nous avons de la performance de nos entreprises ainsi que notre engagement en tant que dirigeant ». Thierry, quant à lui, recommande aux adhérents du CJD « de s’impliquer dans ces structures d’une part en tant que mouvement apolitique et d’autre part, tout simplement parce qu’on ne peut se plaindre du manque d’efforts au niveau de l’enseignement si nous ne nous engageons pas à leur côté ». Éric est convaincu que « l’université française a un bel avenir devant elle, et que le rapport de force avec les grandes écoles a changé, au profit des étudiants ne pouvant se financer de telles formations. » Enfin pour Timothée, « s’impliquer permet aussi de faire de l’influence à plus grande échelle. Divers acteurs qui comptent sur le territoire sont présents dans ces structures et cela permet de soulever des problématiques communes et d’envisager des problématiques coconstruites ».

C’est pour appuyer cette volonté d’œuvrer pour le rapprochement des entreprises et de l’enseignement supérieur que le concours Performance globale sera renforcé dès la rentrée de septembre 2012. L’objectif étant d’étendre ce concours, porteur de valeurs, qui permet la rencontre de deux mondes qui doivent aller l’un vers l’autre et qui appuie cette démarche sur le développement durable.

Adeline Mongrué
Le 7-05-2012
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