Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


« Soyons une minorité convaincue »

Le 28 et 29 juin, le Congrès national du CJD, 34e du nom, reviendra pour la troisième fois à Montpellier pour célébrer les « Justes combats » du mouvement. La première fut en 1976, sur le thème « Dirigeant, Entreprise, Société », et la deuxième en 1998, sur le thème « Jeune, entrepreneur et militant ». Il est intéressant, à cette occasion de relire le discours d’introduction de Jean-Marie Gorse, le président d’alors, pour ce 27e congrès : le CJD a de la suite dans les idées.

Jeunes nous avons l'obligation de nous interroger sur l'avenir, sur notre avenir. Entrepreneurs, nous devons agir, construire avec les autres. Entreprendre, c’est « prendre ensemble » et nous avons à donner un sens à cette « prise collective ». Militants, nous avons à défendre nos convictions et nos valeurs dans un monde où l'économie est de plus en plus au service de la finance et de moins en moins au service de l’homme.

Si j'ai choisi pour thème de ce 27e congrès de notre mouvement, « Jeune, entrepreneur et militant », c'est pour réaffirmer le caractère indissociable de ces trois dimensions pour les Jeunes Dirigeants que nous sommes. Notre légitimité, notre honneur sont de faire notre métier de patron sans jamais sacrifier une de ces dimensions.

Il est facile de dessiner une société de café de commerce, si on ne s'engage pas dans l’action. Il est facile de diriger en faisant abstraction de ses valeurs. Il est facile de militer par procuration dans une institution. Il est difficile d'être jeune entrepreneur et militant.

Sous la pression des contraintes économiques, il n’est pas aisé d’agir et de décider au quotidien en respectant ses convictions et en se plaçant dans une perspective de moyen ou de long terme.

Viser plus loin

Une telle attitude ne se décrète pas. Elle est le fruit d'un parcours, d’un engagement fait d'ouverture sur le monde, d’échanges, d'échecs, de doutes et de réussites

Un de nos anciens définissait l'engagement d'un JD comme la capacité de « viser plus haut que la tâche imposée ». Aujourd’hui, nous ne visons pas plus haut, nous visons plus loin, nous cherchons l’entreprise durable plutôt que le profit à court terme.

Notre combat, notre exigence ne sont pas des freins. Ils sont, au contraire, notre plus précieux atout. Dans un monde où la compétitivité s'est déplacée du produit à l’organisation, de la structure aux hommes, nous savons que seuls ceux qui donneront un sens au travail commun, ceux qui sauront faire s'exprimer le talent de leurs collaborateurs seront gagnants.

Si, intellectuellement, nous partageons tous cette vision d'une entreprise performante par les hommes, nous savons tous aussi comme il est ardu de mettre en œuvre ce management dans nos entreprises.

Il ne nous est pas naturel, en tant que chefs d’entreprise — et c’est même parfois douloureux pour notre ego — de laisser un réel espace d’autonomie aux hommes et aux femmes qui nous entourent, de laisser s'exprimer leur créativité.

Il n'y a pas, d'un côté, de mirifiques patrons JD et, de l’autre, une cohorte de patrons réactionnaires. Il n'y a que des entrepreneurs cherchant à réduire l'écart qui sépare leurs aspirations philosophiques et la réalité de ce qu'ils vivent au quotidien en se confrontant à la versatilité des marchés.

La conciliation de la performance économique et de la performance sociale est un combat qui n’est jamais définitivement gagné. Nous avons à le mener chaque jour dans nos entreprises et dans leur environnement.

Des précurseurs

En 1938, quand une poignée de jeunes patrons ont décidé de refuser une logique d'affrontement du capital et du travail et qu'ils ont affirmé, en pleine ère industrielle, que l'économie se devait d'être au service de l’homme, ils n'étaient pas à contre-courant. Ils étaient précurseurs.

Aujourd'hui, comme en 1938, nous avons à dire « non ». Non à une logique qui veut que l’entreprise, pour gagner, fasse perdre la société. Non à une société en panne de perspectives, incapable de positiver les mutations en cours. Non à la myopie des élites politiques qui continuent à faire comme si le travail salarié restait le seul mode de régulation sociale possible. Non à la satisfaction des seuls intérêts court terme alors que ceux-ci hypothèquent l’avenir.

Aujourd'hui, si le CJD n'existait pas nous aurions toutes les raisons de le créer pour pouvoir agir dans nos entreprises, mais aussi agir sur la société pour que nos enfants vivent dans un monde où les hommes et les femmes puissent pleinement se réaliser.

Nous sommes jeunes entrepreneurs et militants parce que, conscients des enjeux, partout où cela est de notre responsabilité, nous défendons avec persévérance une certaine conception de l'homme et de sa dignité dans la société.

Jean Mersch, notre fondateur, disait : « Ce ne sont pas les masses qui font l'histoire, mais les valeurs qui agissent sur elles par les minorités convaincues. »

Soyons une minorité convaincue. Soyons de jeunes entrepreneurs militants d'une économie au service de l’homme en prouvant par nos actes que la performance sociale est porteuse d'une compétitivité durable.

Jean-Marie Gorse (1998)
Le 18-06-2012
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