Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Pouvez-vous vous regarder dans la glace ?

Comission prestige en Artois
Imaginez deux chefs d’entreprise. L’un remercie le deuxième pour son application smartphone qui lui a fait gagner un temps fou, permis de tenir ses délais et d’augmenter ses marges. Modeste, le deuxième explique que ses collaborateurs n’arrêtent pas d’innover et les banquiers lui prêtent plus qu’il n’a besoin, alors il peut ainsi satisfaire ses clients au-delà de leurs attentes. Arrive un troisième patron dépité. Les deux premiers l’interrogent sur sa tristesse. « Pff, je viens de clore ma négociation obligatoire annuelle et mes salariés ont refusé les augmentations de salaire et la semaine de congés supplémentaire. Seule bonne nouvelle, mon contrôleur URSSAF m’a offert une boîte de chocolats en remerciement de la simplification de la fiche de paie que j’ai mise en œuvre conformément à Objectif Oïkos. » Les trois compères se demandent alors en cœur : « Pourquoi ne faisions-nous pas cela quand on était sur terre ? »

Effectivement, la vie d’une entreprise est rarement aussi rose. Mais la réponse se trouve peut-être plus dans les valeurs de l’entreprise que dans sa mission. C’est pourquoi le CJD Artois avait convié, pour sa « Prestige » bisannuelle, Vincent Cespedes, philosophe, Thierry Wellhoff, président de l’agence Wellcom, Laurent Blanchard, directeur général de Cisco France et vice-président de Cisco Europe, et Philippe Crevel, économiste pour qu’ils transmettent des éléments de réponses aux 300 chefs d’entreprise présents dans l’assemblée.

Le philosophe

René Char disait « Nous vivons dans l’inconcevable avec des repères éblouissants ». Pour Vincent Cespedes, les repères sont les valeurs, c’est à eux que l’on se rattache en temps de crise, lorsqu’on ressent une perte de sens. Alors pourquoi avoir des valeurs ?

Première raison : pouvoir dire que l’on a agi en conscience, qu’on ne s’est pas défaussé de ses responsabilités. C’est avoir suffisamment d’estime de soi pour se dire honnêtement que l’on a agi de manière digne.

Deuxième raison : en situation de crise ou d’urgence, il nous faut réagir rapidement et nos actions/décisions du moment sont guidées par nos valeurs ; ces dernières deviennent alors notre meilleur garant, notre instinct en quelque sorte.

Troisième raison : l’autocritique constante. Les valeurs nous permettent de juger de notre efficacité et si cette dernière est conforme à nos valeurs.

Pour Vincent Cespedes, une valeur doit revêtir deux caractères : la simplicité et la confiance. Aujourd’hui, avec l’émergence des nouvelles technologies, le monde extérieur à l’entreprise a son mot à dire. Il faut donc parvenir à une relation gagnant-gagnant-gagnant, c’est-à-dire où le dirigeant, ses collaborateurs et la société se retrouvent.

Le communicant

Thierry Wellhoff dirige l’agence de communication Wellcom depuis plus de 30 ans et réunit régulièrement, depuis 2002, un groupe d’experts sur la nature des valeurs en entreprise à travers une enquête menée en Europe, en Inde et aux États-Unis.

Il propose une définition du terme « valeur » propre à l’entreprise. Une entreprise possède à la fois des valeurs identitaires, qui lui permettent de se distinguer de ses concurrents, et des valeurs plus éthiques, liées à sa déontologie. Une valeur d’entreprise doit donc faire le lien entre ses deux aspects un peu schizophréniques par son universalité, c’est-à-dire s’adresser à toutes les parties prenantes. Enfin, elle s’inscrit dans un champ d’application qui, en cas de non-respect, provoque l'indignation. Par conséquent, elle doit être déclinée en principes d’actions et en actions concrètes. De ce fait, les valeurs ne peuvent relever du fait du prince, mais doivent faire l’objet d’une réflexion collective. L’entreprise étant un lieu de vie, connaître les valeurs qui la structurent fait gagner du temps à tous et permet de fédérer toutes les parties prenantes autour d’un message commun.

L’entrepreneur

Laurent Blanchard, à la tête de Cisco France et vice-président de Cisco Europe Moyen-Orient Afrique après une expérience professionnelle de plus de 20 ans de management dans des sociétés américaines avec une culture de la performance très forte, témoigne que cette vision est dépassée et ineffective. Pour lui, quatre comportements principaux sont à adopter.

En premier lieu, il faut être acteur du changement. Naturellement, on aime le confort et la sécurité alors qu’il faut se remettre en question constamment pour ne pas subir.

Deuxièmement, il faut donner du sens. Laurent Blanchard précise d’ailleurs que cette quête de sens est une spécificité française.

Troisième point : responsabiliser. Le chef d’entreprise doit lâcher prise et faire confiance à ses collaborateurs. Il s’agit non seulement de déléguer, mais également de savoir en assumer toutes les conséquences.

Enfin, et peut-être avant tout, il faut incarner les valeurs. Globalement, les gens se moquent de ce que vous dites, mais vos collaborateurs n’oublient jamais ce que vous faires. « Faites passer les émotions, dites si vous avez peur, si vous êtes en colère. J’adopte toujours un discours direct avec mes collaborateurs. Mais je devais ne vous donner qu’une seule recette, ce serait Incarnez l’émotion ! », insiste Laurent Blanchard.

L’économiste

Économiste et secrétaire général du Cercle des Épargnants, Philippe Crevel souligne que le manque de valeur commune en Europe affaiblit les 27. A l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, tout le monde s’accordait sur un point : « Plus jamais ça ! », alors qu’aujourd’hui on assiste plus à une partie de poker menteur pilotée par la France et l’Allemagne qui ont besoin l’un de l’autre, le savent parfaitement, mais ne le reconnaissent pas. Il faudrait pousser le fédéralisme jusqu’au bout pour parvenir à une union monétaire optimale. Mais cette nécessité de construire un État fédéral fait resurgir les questions sur la souveraineté des États et les populations y sont plutôt allergiques. Philippe Crevel explique : « En France, depuis longtemps, la croissance se fait par absorption et le financement des PME repose à 90 % sur les banques. Mais l’adossement ne semble plus être la panacée et il faut trouver de nouveaux modes de financement pour se rapprocher de la tendance américaine où celui-ci repose à 90 % sur le marché. Cela est d’autant plus urgent que le financement bancaire va se raréfier. » Petite anecdote révélatrice : le capital-venture en anglais (le capital pour se lancer dans l’aventure) se traduit par capital-risque en français !

Philippe Crevel rappelle : « L’économie est la science des équilibres instables. Il faut donc toujours avoir en soi l’ouverture. Il n’existe pas de destin tracé, mais l’innovation et la qualité sont des valeurs constantes de notre économie depuis plus de 1 000 ans !

En conclusion, on citera Vincent Cespedes : « Être entrepreneur, c’est faire le pari d’une vie émotionnellement forte. Pour créer une équipe avec une véritable osmose, il faut de l’émotionnel et chacun doit être cocréateur des valeurs de l’entreprise » Cher(e)s entrepreneurs, affichez vos émotions, ne les feignez pas et, si vous pouvez vous regarder dans un miroir et vous dire que vous avez agi de façon digne, alors vous mettrez en œuvre des spirales vertueuses de partage, d’enthousiasme et de complicités.

Nathalie Garroux
Le 25-06-2012
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