Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Le monde en partage

Poussée par l’urgence face à laquelle nous nous trouvons de mieux gérer les ressources de la planète comme de diminuer notre impact écologique, la génération dite numérique, habituée par l’usage d’internet à coopérer avec l’Autre, met en place une économie de partage des biens justement rendue possible par le recours à ce même internet.

YIN : Un site, une histoire : www.zipcar.com

On a parlé, déjà, dans cette chronique, du covoiturage et de l’échange d’appartement. Vivifiées par une génération désormais habituée à coopérer sur les réseaux sociaux, au travail, comme dans les… jeux en ligne !, les nouvelles pratiques coopératives s’étendent peu à peu à diverses facettes de la vie économique. Soucieuse de réduire son empreinte écologique, cette génération dite numérique parvient en effet à s’extraire en partie de « l’instinct de propriété » pour faire basculer les bonnes pratiques rendues possibles par internet en une véritable économie alternative reposant sur des entreprises - pour certaines très rentables - proposant le partage de tous ces biens de consommation dont nous n’avons pas un besoin permanent.

Ainsi, l’autopartage qui, pour une cotisation peu élevée, donne accès à un véhicule (de plus en plus souvent hybride, voire tout électrique) que l’on paie aux kilomètres parcourus, est le secteur qui rencontre pour l’heure le plus grand succès.

Il existe aujourd’hui dans le monde des dizaines d’entreprises d’autopartage, certaines à but non lucratif, telle l’autolib parisienne, d’autres résolument commerciales. Du côté de ces structures privées, Zipcar, fondée en l’an 2000, est la plus connue, qui réunit des centaines de milliers d’utilisateurs dans le monde, propose en partage près de 9 000 véhicules et a réalisé, en 2010, un CA de plus de 150 millions de dollars pour une croissance de 30 % par an. Indispensable pour connaître en temps réel les emplacements et disponibilités des véhicules, internet joue de plus, ici, un rôle de réseau social « improvisé » ; les utilisateurs de ces véhicules possédant nombre de points communs (dont le premier est de se sentir concernés par l’avenir de la planète) s’étant spontanément rapprochés et baptisés eux-mêmes les Zipsters.

Une économie plus verte(ueuse)

Pour quel résultat ?... Communauto, le service d’autopartage du Québec rapporte que la réduction des émissions de CO2 réalisée par ses 11 000 membres s’élève déjà à plus de 13 000 tonnes et une étude réalisée en Allemagne montre que la pratique de l’autopartage engendre en elle-même une baisse globale des émissions de CO2 pouvant aller jusqu’à 50 %. Mais l’automobile n’est que notre coquille mobile ; en état de sédentarité, le partage des habitations de vacances se propage également rapidement. Si la fibre individualiste particulièrement vivace en notre petit village gaulois (ajoutée c’est vrai à quelques faux-pas initiaux) freine sensiblement le développement du « time-share » immobilier (ou multipropriété), il n’en va pas de même chez nombre de nos voisins.

Au-delà du gain financier évident retiré par les individus ayant accepté de s’embarquer dans cette aventure du partage des biens, au-delà même du gain écologique appréciable effectué par la communauté dans son ensemble, l’aspect le plus marquant du phénomène réside bien sûr dans ce glissement progressif déplaçant l’ensemble des biens de consommation du champ de la propriété privée à celui d’une utilisation collective assurée par des entreprises au mode de fonctionnement coopératif. Un pas de plus vers cette économie post-industrielle dite latérale dont internet constitue le modèle de référence et qui commence à se développer de façon notable en dehors même des secteurs d’activités liés au net : énergie, génétique, automobile… Mais c’est encore là une autre histoire, passionnante, que nous aurons prochainement le plaisir d’aborder.

YANG : Internet & Utopie (le pourquoi du comment),

L’utopie ici manifestée est celle d’un monde plus coopératif où gaspillage des ressources et pollution seraient minimisés grâce à la mise en œuvre d’un partage intelligent. Ce sont ici les dimensions de lien et d’outil fédérateur permettant d’optimiser la gestion en temps réel de l’utilisation des biens, qui entrent en jeu.

Prochaine utopie visitée : Retisser le lien social

"Auteur de "1991-2011 : internet a 20 ans. Et maintenant ?" aux éditions du Puits Fleuri :www.puitsfleuri.com

Les chroniques d’Utopia par Jérôme Bourgine
Le 10-07-2012
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