Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Pour un nouveau Bretton Woods

Pierre Larrouturou
Il y a trois ans, en pleine crise des subprimes, Pierre Larrouturou avait affirmé devant un parterre de jeunes dirigeants que la crise ne faisait que débuter et que le pire était devant nous, pointant du doigt l’importance de la dette des États et l’atonie de la croissance des pays industrialisés. Une alerte prémonitoire renouvelée lors du congrès du CJD à Montpellier.

Les analyses inquiétantes de Pierre Larrouturou sur le devenir de notre économie étaient visiblement fondées. C’est la raison pour laquelle le CJD lui a confié de dresser, à l’occasion de son 34e congrès, un panorama de la conjoncture économique actuelle. L’occasion de refaire un point sur notre présent et sur les solutions qui se dessinent.

Deux menaces pèsent sur nos têtes. La dette américaine d’abord. Les États-Unis sont au bord de la falaise. « Trop de déficit pour trop peu de croissance ». La chute de l’immobilier en Chine ensuite, montrant par là même que la confiance que l’on accorde trop facilement à la nouvelle superpuissance économique pour tracter la croissance mondiale est sans doute surfaite. « Là-bas, la bulle immobilière a atteint plus du double du maximum atteint par la bulle aux États-Unis avant la crise des subprimes. En 2009, pour éviter la récession, le gouvernement a ordonné aux banques d’accepter toutes les demandes de crédit qui leur parvenaient... ». La Chine, colosse aux pieds d’argile ?

Justes inquiétudes

Pierre Larrouturou, comme pour enfoncer le clou, évoque le seul indicateur fiable et révélateur selon lui de l’évolution de l’économie : le taux de consommation d’électricité, qui a crû l’année passée de 0,7 %. Pas de quoi pavoiser. Pas de quoi se montrer optimiste dans un retour rapide de la croissance.

La croissance… Mais quelle croissance ? Première idée clé de Pierre Larrouturou : nous allons vers un basculement. Le mot « crise », à force d’être prononcé depuis presque quarante ans, semble ne plus vouloir rien dire. Montée du chômage, grande précarité… les conséquences sociales de ce basculement mettent en péril notre droit légitime au bonheur, ainsi que celui de nos enfants.

Justes colères

Car pour créer de l’emploi en nombre, la croissance doit atteindre au minimum 2,5 %. En France, ce taux apparaît aujourd’hui comme une chimère. Le Japon, depuis 20 ans, n’arrive plus à faire ne serait-ce qu’un point de croissance. La crise économique se double d’une crise sociale dont les États peinent de plus en plus à amortir les effets. Le PS au pouvoir parviendra-t-il à redresser la barre ? Tout le monde l’espère, mais il y a un problème entre les projections du gouvernement et la réalité.

La colère monte. Dans un pays démocratique comme l’Espagne, cette colère a eu raison du gouvernement Zapatero, qui a jeté l’éponge le 29 juillet 2011. Dans un pays autoritaire comme la Chine, la crainte de cette colère s’exprime au travers de la hausse des budgets militaires. De quoi nous remémorer, à tort ou à raison, les funestes conséquences de la crise économique des années 1930…

Justes combats

Alors, que faire ? Pour Pierre Larrouturou, il faut pousser les dirigeants politiques à l’audace. « Il faut faire ce qu’a fait Roosevelt lors de sa prise de fonction en 1933 : s’affranchir des lobbys et parler au peuple ». Autre action à initier d’urgence : proposer un nouveau Bretton Woods, c’est-à-dire une refondation profonde des rapports économiques. « Il faut rompre avec les G8 ou G20 d’une journée, qui ne se révèlent au final que de simples actions de communication. Il faut prendre le temps de traiter les problèmes en profondeur. Comme à Bretton Woods, on ne se quitte pas tant qu’on n’a pas dressé les contours du système qui doit émerger ».

Le collectif Roosevelt, dont Pierre Larrouturou est signataire, a pour ambition de porter cette ambition. Trois chantiers prioritaires à engager et quinze réformes à mener de front pour tenter d’échapper à la spirale dans laquelle nous sommes happés et légitimer ce droit au bonheur auquel nous prétendons tous.

Lionel Meneghin
Le 10-07-2012
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz