Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Jean-Marc et les abeilles

Jean-Marc Bouche devant ses ruches
Passionné par l’apiculture depuis l’adolescence, Jean-Marc Bouche a non seulement appris au contact des abeilles à garder son calme, mais également à aimer la complexitéet l’apprentissage perpétuel qu’elle implique. Des leçons dont il fait son miel à la tête de ses entreprises…

Créer sa boîte, Jean-Marc en rêvait depuis l’école de commerce. Aussi, lorsque après onze années passées au marketing puis à la direction commerciale de grosses entreprises d’outillage, le « créneau » qu’il espérait se présente enfin, il se lance sans hésiter dans l’aventure entrepreneuriale. Nous sommes en 2006, la législation sur les ventes immobilières vient d’évoluer et ce sera bientôt le grand boum des agences de diagnostics. Or, Jean-Marc, qui a bâti sa maison pratiquement seul, est passionné par la dimension technique du bâtiment. S’associant avec un ami d’enfance, il crée donc son agence de diagnostics, la première de sa région Lorraine. « Je n’en pouvais plus de subir des décisions que je ne partageais pas. Surtout, je voulais être l’unique responsable de mes réussites comme de mes échecs ». Une liberté d’action dont il découvre rapidement qu’elle possède un prix, élevé : l’emprise exercée en retour sur la vie privée. Jean-Marc enchaîne les journées de 15 heures, se prive de week-ends, développe l’affaire et, ayant eu l’occasion de travailler plusieurs années en Allemagne, peste contre l’environnement du chef d’entreprise qu’il découvre : « ici, tout est tellement compliqué ! ».

Heureusement, sur le conseil de son épouse, il a contacté le Réseau Entreprendre et fait la connaissance d’un ancien Jeune Dirigeant qui se révèle être pour lui un accompagnateur hors pair. Jean-Marc intègre lui-même le CJD à un moment charnière de son parcours. Avec l’ami-associé, en effet, rien ne va plus. Si l’entreprise tourne bien, il faut désormais faire face à une concurrence forte, donc évoluer. Or, les deux hommes ne partagent absolument pas la même vision de l’entreprise, ni celle de sa gestion humaine. Problème. « Prendre la décision de se séparer, trouver un accord, l’appliquer, ce furent des mois extrêmement éprouvants durant lesquels les Groupes d’Aide à la Décision proposés par le CJD se révélèrent tout aussi précieux que le soutien des autres JD qui me tenaient sous perfusion amicale au quotidien».

Miel & zénitude

Mais une autre pratique a considérablement aidé Jean-Marc à traverser ces eaux agitées sans boire la tasse. Depuis qu’à 16 ans, il est tombé sur un petit livre expliquant le b a ba de l’apiculture, notre homme se passionne pour les abeilles, « ces animaux minuscules qui, à force d’intelligence collective et de dévouement sont capables, ensemble, de produire des centaines de kilos de miel ». Formé par le « Vieux Joseph», apiculteur voisin et véritable encyclopédie vivante, puis acceptant des responsabilités à la fédération comme au syndicat locaux d’apiculture, Jean-Marc apprend et apprend encore, tachant de concilier sa passion personnelle avec son statut de chef d’entreprise. Tout le travail de l’apiculteur se concentre heureusement entre avril et septembre, moment auquel Jean-Marc va récolter sur ses douze ruches, quelque 200 kilos de miel (médaille d’argent régionale !) que toute la famille mettra ensuite en pots (grand moment !), avant que ces derniers ne soient distribués aux voisins, amis et autres personnes de passage…

En quoi la fréquentation des abeilles a-t-elle aidé Jean-Marc à affronter les moments difficiles de sa vie d’entrepreneur ? « La première leçon qu’elles vous enseignent est la zénitude. Avec elles, pas question d’agir dans l’affolement ou la colère. Quelle que soit la situation, vous devez rester très calme, au risque de les affoler. Et là… ».

Le modèle des ruches

Au départ, Jean-Marc pensait qu’il aimait juste le miel, ensuite, il a pensé qu’il aimait le produire, le faire fabriquer par ces milliers d’abeilles, puis il a découvert que rien n’était plus enrichissant que de comprendre. « En apiculture, c’est simple : plus tu en sais, plus il te reste à apprendre. Bienvenue dans la complexité ! Ainsi du fameux problème de la disparition des abeilles. Bien sûr, cela a à voir avec l’utilisation des pesticides, mais pas seulement ; c’est multifactoriel, dû entre autres à la diminution de la diversité florale qui créé des carences chez les abeilles ; ici, au printemps, tout est jaune de colza ; mais ensuite : plus de fleurs !... Dans la vie d’un chef d’entreprise, les problématiques sont identiques : rien n’est si simple qu’il n’y paraît.»

Comme il a diversifié les sources de production de ses abeilles en leur plantant une vaste jachère fleurie (puisque Jean-Marc a, bien évidemment, choisi l’endroit où bâtir sa maison en pensant à ses ruches), il a diversifié son activité professionnelle en ouvrant un second cabinet dédié aux économies d’énergie. Trop tôt pour fonctionner vraiment, le marché n’étant pas mature. L’apiculture est aussi une école de patience et de prévoyance.

Sans chercher aucunement à calquer un modèle qui ne saurait convenir à l’humain, Jean-Marc est devenu de plus en plus attentif au spectacle proposé par la nature à travers ses ruches : la répartition des tâches reposant sur l’ancienneté et l’expérience, le dévouement total du chef, l’implication de chacun et son sens du collectif, la fierté d’appartenir à une communauté pouvant aller jusqu’au sacrifice… « A l’heure où il n’est partout question que du modèle allemand, on observera par exemple combien ce dernier est plus proche de la forme d’intelligence collective proposée dans les ruches que le nôtre».


Expertise immobilière

CIEL expertises (350 000 € de CA) est un cabinet de contrôles et de diagnostics techniques immobiliers créé en 2006 à Francaltroff en Moselle. En 2009, Jean-Marc Bouche complète son offre de services en créant eeco (énergie & environnement conseil), un cabinet d’audit et de conseil en économie d’énergie (120 000 € de CA). Il emploie six personnes.


Cet article est paru dans le numéro 97 du magazine Jeune Dirigeant.

Jérôme Bourgine
Le 28-08-2012
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