Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


De l’horreur économique à l’espoir économique

Michèle Debonneuil
Entre le libéralisme carnassier d’un côté et la décroissance de l’autre, une voie nous mène vers un développement respectueux de l’homme et de l’environnement. Cette voie, on en devine le tracé, mais elle reste à défricher et à paver : c’est celle de l’économie du quaternaire. Tel est le message que porte inlassablement Michèle Debonneuil, économiste, inspectrice générale des Finances, membre du Conseil d’analyse économique.

 Auteure de l’Espoir économique, vers la révolution du quaternaire, initiatrice du plan Borloo de développement des services à la personne, Michèle Debonneuil vient de remettre le 14 janvier 2010 un rapport à Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’État à la Prospective et au Numérique afin de promouvoir cette nouvelle économie.

Nos manuels d’économie décomposent souvent les activités économiques en distinguant trois secteurs qui sont apparus successivement au cours de l’histoire. Le secteur primaire rassemble les activités agricoles, la pêche et les activités minières, le secteur secondaire les activités industrielles et le secteur tertiaire regroupe toutes les autres activités, notamment les services. Pour Michèle Debonneuil, nous allons entrer dans l’ère de l’économie du quaternaire,qui produira des services intégrant des biens.

Nous vivons depuis quinze ans l’épuisement d’un grand cycle de croissance, les marchés étant dans l’incapacité de se renouveler. Cette fin de cycle est particulièrement dure, car elle pousse à son paroxysme la gravité et l’acuité des défis qu’il nous faut relever. Pour Michèle Debonneuil, ces défis sont au nombre de trois. Le défi du chômage d’abord, qu’aucun pays développé n’a su résoudre : soit on paie les chômeurs à ne rien faire et on creuse les déficits, soit on crée une société fondée sur la facilité d’accès au crédit, avec pour horizon une nouvelle crise des subprimes. Ensuite, le défi que posent les pays émergents qui produisent aussi bien que les pays développés, mais à moindre coût. Enfin, le défi écologique, qui ne sera surmonté ni par la décroissance, ni par le recours aux taxes.

Il faut donc changer les mentalités et les comportements. « Il faut une révolution civilisationnelle ». La croissance n’étant qu’une meilleure satisfaction des besoins, il faut « une meilleure satisfaction à l’heure ».La croissance par le passé a été rendue possible par la technique, qui a permis de considérablement gagner en productivité et donc de satisfaire de nouveaux besoins. Cela a permis de construire de nouveaux marchés. Pour Joseph Schumpeter, « l’impulsion fondamentale qui met et maintient en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d’organisation industrielle (…) ». Michèle Debonneuil partage cette conception du développement économique, qu’elle plaque sur le monde qui s’ouvre à nous. Ces gains de productivité ne sont plus possibles dans l’industrie, mais peuvent l’être grâce aux « technologies génériques ».

Aujourd’hui, il faut en effet réinventer un cycle de croissance avec les technologies de l’information et de la communication. Ces dernières sont des technologies dites « génériques », c’est-à-dire des technologies qui modifient l’univers de la consommation et de la production pour transformer les formes d’organisation économiques et sociales elles-mêmes.

Ces technologies vont permettre de mettre à disposition temporaire des biens et des personnes sur tous nos lieux de vie, de combiner harmonieusement produits et services, biens et personnes. Et c’est là que réside pour Michèle Debonneuil la grande révolution de l’économie du quaternaire. Michèle Debonneuil prend pour exemple, dans son rapport, les applications de téléphonie mobile. « Ce sont celles qui permettront de piloter grâce au mobile géolocalisé NFC la mise à disposition temporaire de biens ou de personnes, à l’endroit et pour la durée dont les consommateurs auront besoin. Ces appareils constitueront une véritable infrastructure générique, au sens où l’organisation et la logistique de ces mises à disposition sont toujours les mêmes, quels que soient les besoins à satisfaire (vie domestique, mobilité, santé, éducation…). Cette mise à disposition met en réalité en jeu des opérations génériques telles que le suivi de salariés ou de flottes de biens à distance, l’ouverture de portes sans clé (d’immeubles, d’appartements, de véhicules…), le paiement électronique par mobile sur les lieux de vie et non plus par terminaux de paiement adaptés à une localisation fixe (commerces, restaurants…)».La satisfaction de nos besoins ne passe plus par les seuls biens, mais par ce type de services. Les services à la personne prendront un poids prépondérant dans cette économie, alors non délocalisable et non concurrencée. Les entrepreneurs sont ceux qui, par leur pouvoir d’innovation, vont rendre tout cela possible en rentabilisant ce type de services.

Remède au chômage et à la délocalisation via les services à la personne, réponse au réchauffement climatique (pourquoi posséder chacun une voiture alors que des solutions de déplacement partagées existeront ?), l’économie du quaternaire mettrait également fin aux inégalités salariales. On a parfois du mal à adhérer totalement aux thèses de Michèle Debonneuil, tant celles-ci semblent constituer une panacée miraculeuse à tous nos maux actuels. Qui trop embrasse, mal étreint ; une théorie qui entend solutionner tous les problèmes se heurte à la complexité des choses et de leurs interactions. Cependant, il convient de souligner ce que l’avenir proposé par l’économiste a de séduisant, d’optimiste et de motivant. A la frugale décroissance qui nous promet de faire mieux avec moins, à la financiarisation à outrance de l’économie qui écrase l’homme et la planète, Michèle Debonneuil oppose la vision d’une société en gestation, plus tout à fait utopique, pas encore promise à demain. « Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton », professait Gaston Bachelard. Nous avons désespérément besoin de visions comme celle de Michèle Debonneuil pour penser le monde d’aujourd’hui et l’orienter vers celui que nous appelons de nos vœux.


Lionel Meneghin
Le 29-03-2010
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