Avril 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Sandra Jacob-Geiger, la guerrière pacifique

Sandra Jacob-Geiger, championne de boxe
Impératrice incontestée des rings où elle a connu toutes les victoires, Sandra Jacob-Geiger a transporté sa science du combat et son insatiable quête de perfectionnement sur le terrain des rapports humains et de la juste gouvernance. Dans l’entreprise, avec succès. Mais pas seulement…

« Longtemps, la boxe a été mon juste combat. Une manière de faire face à mes difficultés, de me construire et prendre confiance en moi. Également, sans doute, de prouver quelque chose. Et puis, il y a la pratique elle-même, les qualités qu’elle exige : le sens de l’effort et celui du mouvement, une lucidité extrême, la justesse et le contrôle – il s’agit ici de gagner, non de blesser ! - l’intelligence pour la stratégie et l’à-propos pour la prise de risque, enfin, le défi permanent. Tout de suite, j’ai adoré ça ! ».

« Prouver quelque chose » ?... C’est fait et de quelle manière. Ces « défis » qui lui sont si chers, Sandra, du temps où elle combattait, n’en a refusé aucun : championne du monde de boxe française à 20 ans, elle a ensuite décliné le noble art sous ses multiples conjugaisons pour remporter tous les titres mondiaux ! Boxe thaï, kick-boxing, boxe anglaise… Puis il y eut la rencontre de Jacky, son futur mari, et la naissance de leurs deux enfants, un début de sérénité et, plus fort que tout, l’envie de donner « du sens » à son action. Réalisant soudain qu’elle enseignait aux plus jeunes la boxe depuis l’âge de 16 ans et possédait quelques qualités de pédagogue, Sandra a repris ses études pour devenir spécialiste du développement durable.

Engagement émotionnel

Elle monte alors, en 2006, son cabinet de conseil, mais s’apercevant vite lors des audits en entreprise que le développement durable est souvent l’arbre qui cache la forêt d’une gouvernance accomplie, elle « s’arme » mieux encore, passe le diplôme de médiatrice et se fait championne de la prévention comme de la résolution des conflits. « Je mène un combat pour éviter les combats » résume-t-elle. Mais il n’y a pas que ça. Sandra, soyons clair, possède un véritable don pour transmettre (elle enseigne d’ailleurs partout où elle a été enseignée !). Son attention à l’autre rendue extrêmement affûtée par la boxe, elle perçoit immédiatement ces flux d’énergie humaine et ces blocages qui construisent ou limitent la performance collective.

Appelée en entreprise pour de la gestion de conflit ou de l’accompagnement environnemental, elle oriente subtilement son discours vers la nécessité d’obtenir l’implication du personnel, donc sa participation et même son engagement émotionnel : la relation interpersonnelle et la reconnaissance de chacun sont indispensables pour faire émerger cette identité collective qui conduit à la réussite prêche-t-elle. Tout se déploie ensuite naturellement : le champ des possibles s’ouvre tout à coup, « un moment extraordinaire ! », la coconstruction se met en place, les résultats s’invitent et, cerise sur le gâteau : « les gens sont plus heureux ». Ses clients sont ravis et Sandra, elle, sait qu’elle mène un juste combat au simple fait qu’elle en ressort « non pas épuisée, mais au contraire rechargée. Alors oui, c’est un combat si l’on considère toute l'énergie investie et les obstacles à surmonter, mais “juste” en cela qu’il ne débouche pas sur un vainqueur et un perdant, mais repose sur une finalité gagnant-gagnant ».

Ayant bénéficié durant sa carrière sportive des enseignements d’un entraîneur qui était également un chercheur, Sandra ne cesse de remettre en question ses méthodes, de s’adapter, d’inventer. Elle a ainsi mis au point un process de médiation des conflits par la boxe. « En situation de combat, on ne triche pas ; ce qui ne pouvait s’exprimer par les mots jaillit via le corps : blocages, peurs, agressivité, tout ressort et, à condition d’être bien cadré (cela ne se joue jamais l’uncontre l’autre), on tient là un formidable outil de progrès. Le coach, c’est celui qui prend du recul pour vous et vous permet d’envisager les choses sous un angle différent. Ajoutez à cela une dimension ludique – le jeu est l’outil pédagogique le plus performant – et la notion de plaisir, vous obtenez des résultats surprenants ».

Esprit de liberté

Ayant dépassé les horizons de l’ego et de cet insatiable besoin de reconnaissance qui nous dévore tous, s’étant lesté « d’un grain de raison » en touchant ses propres limites (elle s’est épuisée dans de difficiles combats de réinsertion par le sport), reine de la gestion du stress, insensible aux apparences comme à l’appel de la violence (« il y a toujours quelque chose derrière, qu’il faut révéler »), Sandra ne cesse aujourd’hui de transmettre ce qu’elle a compris. Animatrice de conseils de quartier, investie dans la démocratie participative, enseignant la boxe aux plus jeunes, elle ne cesse elle-même d’apprendre : « Quoi donc ? Les mécanismes qui régissent individus, groupes ou systèmes, et comment en jouer pour parvenir à cette fameuse performance globale ». Inutile de dire que sa rencontre récente avec le CJD a été pour elle un pur bonheur. « Esprit de liberté et respect, recherche du vrai, bienveillance et souci constant de progresser, quel soulagement de se retrouver – enfin ! – avec des gens déjà convaincus des vertus que l’on s’efforce de transmettre aux autres. Particulièrement dans ce milieu de l’entreprise où les gens sont souvent issus d’écoles de commerce professant un enseignement pétri de certitudes et de modèles figés à appliquer sans états d’âme».

Après bien des combats, Sandra est en passe de remporter l’un des plus difficiles : celui du bonheur… partagé.


Développement durable et gouvernance…

Eden Conseil est une entreprise individuelle de conseils et de formation qui agit dans les domaines du développement durable et de la gouvernance d’entreprise. Elle est implantée à Strasbourg et prévoie d’essaimer dans d’autres villes.


Cet article a été publié dans le numéro 98 du magazine Jeune Dirigeant, consacré au congrès national du CJD de Montpellier, sur le thème des Justes Combats.



Jérôme Bourgine
Le 13-08-2012
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