Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Êtes-vous un bon leader ?

C’est la question qui ouvrait le dossier consacré aux nouveaux rôles du chef d’entreprise dans le numéro 66 de Dirigeant (mars 2006). Au moment où Jeune Dirigeant Magazine s’interroge, dans son numéro 99 (à paraître en octobre), sur « L’entrepreneur attitude », il est intéressant de relire ce qu’en disait le CJD, il y a un peu plus de 6 ans. Voici deux extraits de ce dossier, l’introduction et la conclusion

Des patrons plus féminins ?

Qu’est-ce qu’un bon dirigeant, un bon leader ? La question paraît simple, et pourtant. Que met-on derrière l’adjectif « bon » ? Bon pour quoi ? Les dictateurs, en un sens, sont de bons leaders puisqu’ils parviennent à leur objectif : mettre leur pays en coupe réglée. Ils font preuve d’une grande efficacité et montrent qu’ils ont le sens de l’organisation… de leurs polices parallèles.

On ne peut donc pas parler de bon dirigeant en soi, dans l’absolu. C’est une notion toute relative qui évolue avec le temps et avec les finalités de l’entreprise. Il y a un siècle, le bon patron était celui qui, d’une manière que nous jugeons un peu paternaliste, prenait soin de ses ouvriers, les logeait et s’assurait de leur santé et de celle de leurs enfants. En même temps, il était un patron tout-puissant et cette forme de patriarcat nous semble évidemment impossible aujourd’hui.

Il y a 40 ou 50 ans, les bons entrepreneurs étaient des ingénieurs qui inventaient de nouveaux produits industriels au sein d’entreprises vues comme des mécaniques.

Il y a 10 ou 15 ans, on cherchait surtout des chefs d’entreprise qui fussent de bons gestionnaires, pour « créer de la valeur ». La mode n’est d’ailleurs pas encore terminée, mais on commence à s’apercevoir des limites de cette « financiarisation » de l’entreprise. Et l’on se met en quête d’un autre profil de dirigeant.

Nouvelles valeurs

Car le leader dépend aussi de ceux qu’il dirige. On ne manage pas de la même façon des soldats de 2e classe et une équipe d’informaticiens, les travailleurs d’autrefois et les collaborateurs d’aujourd’hui. Nous sommes passés progressivement d’une société où régnaient des valeurs de soumission à la hiérarchie et à l’ordre établi, à une société qui privilégie plutôt les valeurs de liberté, de responsabilité, de coopération. Le leadership doit répondre à cette mutation des rapports sociaux et à ce changement des mentalités. Le leader, désormais, ne doit plus ordonner et contrôler, mais séduire, inspirer et convaincre, il dirige moins qu’il n’anime ses équipes, il organise le travail autant pour fidéliser des salariés de plus en plus autonomes que pour gérer la production, elle-même de plus en plus immatérielle. Finalement, comme le montre notre dossier, ses compétences techniques deviennent moins importantes que ses qualités humaines et relationnelles.

Nouveau style

C’est là que commence à se faire jour l’idée que le style de leadership des femmes est mieux adapté aux formes de travail moderne. Selon certaines études, elles sont plus collaboratrices que les hommes, travaillent mieux en équipe et recherchent moins la gloire personnelle. Elles prennent le temps d’écouter et possèdent de meilleures compétences en communication. Elles ont même, selon Volker Buring, DRH chez Accord, « la conviction de dire ce qu’elles pensent et le courage d’agir. Ce sont des monstres d’efficacité.

Évidemment, ces qualités attendues des nouveaux leaders et reconnues aux femmes sont encore loin de se traduire dans la réalité, surtout dans notre pays qui reste très largement machiste. Nous restons sur la conviction que les « top-managers » doivent être des héros. Il y a encore trop peu de femmes dans l’encadrement supérieur et à la tête des entreprises. Mais, même s’ils restent majoritairement des hommes - pour combien de temps encore ? - les dirigeants du futur devront certainement posséder des compétences plus « féminines ».

B.T.


Des qualités humaines

Suis-je un bon chef d’entreprise ? Chacun d’entre nous, un jour ou l’autre, s’est posé cette question et y a apporté une réponse. Oui, parce que ma boîte marche bien ou que mes clients sont satisfaits. Non, parce que mes marges sont trop faibles ou qu’il y a trop de turn-over dans mon entreprise ou encore parce que je ne prends plus de plaisir à ce que je fais.

Il est clair qu’il n’y a pas de réponse unique et évidente à la question du bon leader. Plutôt que de théoriser, je vais donc ici donner la mienne en espérant que d’autres y trouveront aussi un peu de leur vérité.

Parler vrai

L’interrogation fondamentale, pour moi, c’est : je suis un leader au service de qui ou de quoi ? Si c’est au service de moi-même, pour gagner plus d’argent, jouir du pouvoir, alors je ne pense pas être un bon leader. Je préfère être au service d’un projet, mené avec des collaborateurs en respectant les valeurs que nous partageons au sein du CJD. Sur cette base, il me semble que je peux définir les quelques qualités que je prête à un bon dirigeant et que je tente de développer pour moi-même.

Savoir communiquer d’abord. Le dirigeant ne doit pas être seulement un bon orateur, un bon communicant au sens médiatique du terme. Il lui est plus utile de parler vrai, d’être cohérent avec ses actes. Il vaut mieux se taire que de tromper ceux à qui on s’adresse. Et il est important de rester conscient qu’il y a toujours un risque d’écart entre ce que l’on perçoit de l’entreprise et sa réalité et notamment celle des salariés. Ceux-ci croiront d’autant plus à l’entreprise qu’ils sentiront de l’authenticité, qu’ils percevront que l’on s’est mis à leur place.

Donner envie

Seconde grande qualité : donner envie de venir, de rester, d’agir, d’oser, aux salariés, bien sûr, mais aussi aux clients (en particulier quand on est dans une société de services) et à toutes les parties prenantes. Plus l’entreprise se développe, plus le risque est grand, pour le dirigeant, d’être déconnecté du terrain. Il se tourne vers l’extérieur pour séduire ses clients et ses pairs, mais oublie un peu ce qui se passe à l’intérieur.

Même dans une grande entreprise, il est possible de garder le contact en organisant, par exemple, des séminaires de réflexion sur la stratégie, ou en prévoyant des réunions de travail régulières avec des salariés « de base », c’est-à-dire qui ne soient pas forcément des cadres. Et ne pensons pas que c’est un honneur pour eux. C’est plutôt une nécessité pour nous, si nous ne voulons pas devenir étrangers à notre propre entreprise.

Pour continuer de donner envie à tous, il faut donc garder cette présence dans l’entreprise et renouveler régulièrement les enjeux.(…) Créer ainsi des événements, lancer régulièrement des projets un peu ludiques, étonnants, partagés par tous, pour donner des impulsions, maintenir la dynamique interne de l’entreprise et éviter la routine, c’est aussi, à mon sens, le rôle d’un bon leader. Et ça ne s’improvise pas.

Être convaincant

Écrivant cela, je m’aperçois que je mets naturellement en avant la dimension humaine de notre métier, plutôt que les compétences techniques. Je me vois plus comme un animateur de ma société, qui sait aussi faire le café pour ses collaborateurs et n’hésite pas à faire le tour des bureaux pour saluer chacun même si nous sommes plus de 150. Nous faisons partie de l’entreprise. Ce que nous exigeons des autres, nous devons aussi nous l’imposer. Nous ne sommes ni au-dessus, ni à côté, et nous n’avons pas besoin de nous prévaloir de notre statut pour impulser les projets.

(…)

Oui, ce sont bien ces qualités humaines qui, pour moi, définissent le bon leader. A cet égard, nous ne sommes pas de bons dirigeants seulement quand notre entreprise tourne bien, nous le sommes aussi quand nous savons faire face à des difficultés, à des échecs. Car c’est quand le contexte est plus tendu qu’il faut montrer le plus d’énergie et de présence et être le plus convaincant.

S. B.

Bruno Tilliette et Sylvain Breuzard, 2006
Le 6-09-2012
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