Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Révolution numérique : entreprises encore un effort !

Selon une Enquête Apm (1) / Opinion Way sur l’entreprise et le numérique (2), plus de 9 dirigeants d’entreprise sur 10 jugent le numérique essentiel pour les entreprises. Mais son utilisation est encore peu démocratisée. Quelle vision les dirigeants et les salariés ont-ils des technologies numériques ? Comment l’utilisation de ces outils transforme-t-elle le management 2.0 ? Quelles perspectives pour les organisations de demain ?

« En s’interrogeant sur l’échec, la génération Y et aujourd’hui, le numérique, l’Apm souhaite mieux préparer les chefs d’entreprises aux nouveaux enjeux du management, souligne Xavier Ouvrard, son président. Nous sommes convaincus qu’en étant plus lucides et plus conscients des mutations qui s’opèrent dans leur entreprise, les dirigeants sont plus optimistes et audacieux dans leur prise de décisions. Cette conviction est au cœur de notre pédagogie pour aider le chef d’entreprise à s’ouvrir à d’autres horizons et à se perfectionner. Et c’est dans ce même état d’esprit que l’Apm a décidé de rejoindre Twitter en créant le compte @EnjeuxMgt afin de développer un outil coopératif dans lequel les acteurs qui le souhaitent partageront leurs réflexions sur le management ».

L’intérêt de l’enquête APM/Opinion Way, et non des moindres, est qu’elle croise le regard des chefs d’entreprise avec celui des salariés. Pour Hugues Cazeneuve, le responsable d’Opinion Way, « l’usage du numérique est jugé essentiel à la performance des entreprises françaises par 95% des chefs d’entreprise et à la performance de leur propre entreprise (81%) ».

Aux yeux des responsables d’entreprises, le numérique a plus un impact positif sur la communication auprès du grand public (80% des chefs d’entreprise) que sur le management (45%). Alors même que pour 8 chefs d’entreprise sur 10, le numérique est source d’innovation et qu’il permet de gagner du temps (75%).

Un usage encore peu démocratisé

Paradoxalement, si le numérique est perçu comme positif pour l’entreprise, son utilisation est en réalité encore peu étendue : plus d’une entreprise sur deux a un site internet mais seules 16% ont une page Facebook et 7% ont un compte Twitter !
Et les dirigeants en ont un usage plus personnel que professionnel : 33% des chefs d’entreprise interrogés utilisent leur smartphone à titre professionnel contre 44% à titre personnel. Seuls 27% ont un usage professionnel de Facebook (contre 91% à titre personnel) et 7% de Twitter (contre 16% à titre personnel).

Un focus sur les adhérents Apm montre que ces derniers ont une vision plus managériale du numérique.
- Plus de 7 chefs d’entreprise adhérents à l’Apm sur 10 déclarent que le numérique a un impact positif sur « le management des collaborateurs » et qu’il « transforme le rôle des managers » (vs 45% et 49% de l’ensemble des chefs d’entreprise). Ils sont 98% à déclarer que le numérique est indispensable pour eux (contre 87%).
- En conséquence : ils sont plus « connectés » que la moyenne des chefs d’entreprise français : 32% ont une page Facebook, 17% un compte twitter et 66% utilisent un smartphone à titre professionnel.

Des réticences managériales

Comment expliquer ce paradoxe ? Si les chefs d’entreprise n’utilisent pas encore massivement les nouvelles technologies dans l’entreprise, c’est sans doute parce qu’ils se déclarent préoccupés par :
- les risques de fuites d’informations confidentielles (49%) et les risques de sécurité informatique (54%)
- les risques pour le management des équipes : 58% des chefs d’entreprises déclarent que le développement du numérique augmente le facteur de stress dans l’entreprise.
- 35% se disent inquiets du temps passé par leurs salariés sur internet pour un usage personnel.
Pour autant, ils ont conscience que, dans les années à venir, le numérique va jouer un rôle encore plus important dans la communication de leur entreprise vers l’extérieur (88%) et dans leur activité commerciale (83%).

Des salariés plus moteurs

C’est la singularité de cette enquête : les salariés se démarquent nettement des chefs d’entreprise dans leur perception et leur utilisation du numérique comme outil de management au quotidien.
- Plus d’un salarié sur deux estime que le numérique a un impact positif sur sa productivité, sur le management des collaborateurs (54%) et sur l’attachement à leur entreprise (51%).
- Pour près des ¾ d’entre eux, l’impact positif du numérique se ressent également sur « l’échange et la communication avec leurs collègues ».
- Par ailleurs, pour 82%, le rôle des dirigeants est bien d’accompagner et d’encourager l’utilisation du numérique dans l’entreprise (réseaux sociaux, internet mobile, web 2.0…)

Face à ces enjeux du numérique, les chefs d’entreprise adhérents à l’Apm sont plus nombreux à avoir mis en place des formations spécifiques pour les salariés (42% contre 13% de l’ensemble des chefs d’entreprise) et à se former eux-mêmes (61% contre 33%). Ils sont également 34% a avoir bloqué ou limité l’accès des salariés à internet (vs 19%) . « Il est désormais établi que les outils numériques sont entrés rapidement dans l’entreprise, même si ce développement a été variable en fonction des secteurs, des tailles et des modes d’organisation. Au-delà de la technique, ce phénomène marque une mutation importante que connaissent les entreprises d’aujourd’hui.

Une dynamique sociétale

Selon Stéphane Hugon, expert APM et sociologue, invité à commenter le sondage, « l’impact d’internet est plus une question managériale que technique ».
Trois idées se dégagent, selon lui, des éléments apportés par le sondage. Premièrement, « on a les outils qu’on mérite ». Deuxièmement, « Internet cristallise des questions clés comme celle de la confiance ». Troisièmement, « Internet pousse vers une dynamique sociétale ».
Pour ce dernier, « l’outil pourrait donc être considéré comme le marqueur d’une transformation d’ordre sociétal, qui se manifeste dans la manière de construire son identité, de construire le collectif, de se synchroniser avec d’autres, et de construire un vocabulaire et un imaginaire commun. En un mot, le numérique cristallise un changement d’époque, un changement du “vivre ensemble” autant que du travailler ensemble. Les questions de la valeur, de l’innovation, de la vocation sont au centre de ce questionnement. On le voit, derrière la technique se joue quelque chose de plus ample que l’entreprise doit pouvoir anticiper et maîtriser pour bien se préparer à ses nouveaux enjeux. ».

Selon le sociologue, un des principaux mérites du numérique est qu’il redessine le jeu du ludique. « Avant, l’entreprise évoluait au rythme d’une conception basée sur la hiérarchie et la guerre. Puis, elle s’est orientée vers une conception sportive donnant une prime à la compétition. Aujourd’hui, elle est plus joueuse. Le jeu s’autorise des relations particulières avec la règle, le risque, et l’imaginaire ».
Pour Stéphane Hugon, nous sommes désormais dans une temporalité économique qui privilégie la tactique à la stratégie, la « kairos » (l’occasion) au « chronos » (le temps). Une façon de fonctionner qui en ces temps de prime à l’urgence pose de nombreuses questions sur le manque de visions des dirigeants, occupés à satisfaire aux résultats immédiats, ici et maintenant, négligeant la relation au durable.

(1) L’Apm : le progrès de l’entreprise par le progrès du dirigeant.
Créée il y a 25 ans par Pierre Bellon, l’Association progrès du management (Apm) rassemble 5600 chefs d’entreprise et 350 experts. Sa mission ? Aider le dirigeant à se perfectionner, l’amener à se poser des questions, à s’ouvrir vers d’autres horizons, d’autres savoirs afin d’améliorer ses compétences managériales tout en cultivant une réflexion partagée.

(2) « L’Entreprise et le numérique : Qui influence Qui ? ». Enquête réalisée du 26 avril au 15 mai 2012 auprès d’un échantillon représentatif composé d’une part, de près de 800 chefs d’entreprise dont 475 sont adhérents à l’Apm, et d’autre part, de plus de 1000 salariés français représentatifs de l’ensemble de la population salariée française au regard des critères de sexe, d’âge, de catégories socioprofessionnelles, de régions, de résidence et de statut.

Article publié en collaboration avec Place Publique

Yan de Kerorguen
Le 21-10-2012
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