Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


La Tunisie à voix haute

Wafa Makhlouf Sayadi élue Présidente du CJD International le 14 novembre 2013 prendra ses fonctions au printemps 2014
A l'occasion de l'élection de Wafa Makhlouf- Sayadi à la présidence du CJD International, JEUNE DIRIGEANT publie le discours qu'elle avait prononcé lors du congrès national du CJD à Montpellier en juin 2012 : un appel poignant lancé devant plus de 1500 dirigeants transis d’émotion. elle leur avait livré sa vision du Printemps de Jasmin "pour que l’on n’oublie jamais, pour que la Tunisie s’engage définitivement dans la voix d’une démocratie apaisée". Félicitations à la nouvelle Présidente qui prendra ses fonctions au printemps prochain !

Il s’est immolé. La nouvelle a fait le tour du monde en l’espace de quelques heures. Un acte qui a fait basculer le destin d’un pays, d’une région et surtout d’une génération. 

La dernière décennie du règne de Ben Ali a connu un étouffement et un mécontentement général dans toutes les couches sociales et dans tout le territoire. Certes à des degrés différents, entre critiques à voix basse, grève de la faim et émeutes, les réactions sont diverses et variées, mais cette image qui nous a réuni dans la rue ce 14 janvier 2011 restera gravée dans ma mémoire à jamais.

La Tunisie parle enfin à voix haute.

Ce matin-là je me suis dirigée au centre-ville sans me poser de question, inconsciente du danger, ou consciente qu’une nouvelle page de l’histoire de mon pays s’écrit et que je me dois d’y participer.

J’arrive devant le siège du ministère de l’Intérieur : une marée humaine. Jamais de ma vie je n’ai connu pareille sensation…

La Tunisie parle enfin à voix haute.

Six lettres criées, hurlées, crachées par milliers envers Ben Ali et sa famille : DEGAGE. Un seul mot pour dire notre ras-le-bol. Un seul mot pour dire que nous voulons récupérer notre Tunisie. Un seul mot pour arracher notre droit inné et inaliénable à la vie, à la liberté. Reuters estime 8000 les personnes rassemblées dans le centre de Tunis, moi j’ai l’impression que l’on est des millions… Je fais participer ma main à la plus belle des chorégraphies que je n’ai jamais vue. Des milliers de mains tendues vers le ciel et d’un geste synchronisé, franc, insoumis, allant de l’arrière vers l’avant, accompagne le mot DEGAGE.

Idha chabou

Il est parti. Info ou intox, personne ne peut le dire, un sentiment de soulagement, de peur de l’inconnu, mais surtout de fierté.

"Idha chabou".

« Quand le peuple décide de s’affranchir, le destin ne peut qu’y répondre »

Notre hymne national prend tout son sens à cet instant.

Dehors c’est le chaos. Des pillages, des tirs, des comités de quartiers s’organisent, des voisins font connaissance. On se partage nos expériences, nos sentiments, notre étonnement, notre fierté. Les événements se sont accélérés par le retour des exilés des enfants maudits de l’ère de Ben Ali. Tout le monde veut participer et donner son avis ; on est passé de 11 millions d’analystes sportifs à 11 millions d’analystes politiques. Une explosion de partis et d’associations a vu le jour : c’est la frénésie de la parole. De l’autre côté, les revendications continuent, les meetings, les grèves. La « dégage mania » est présente partout, une chasse aux sorcières est déclarée. Désormais il faut prouver son patriotisme, son identité arabo-musulmane. On est passé d’une révolution de désespoir et de soif de vivre à une bipolarisation de la société : patriotique-traître, musulman-mécréant ; riche-pauvre ; nord-sud.

Une terre d’accueil, de tolérance et d’équité

Le 23 octobre 2011, enfin les élections ! C’est la première fois que je vote. 

La démocratie. 

Par un soleil de plomb, jeunes et moins jeunes se tiennent dans des files interminables pour accomplir leur devoir de citoyens dans le calme et la joie. Les résultats nous annoncent la victoire du parti religieux.

Mes amis étrangers m’appellent pour connaître la situation de mon pays. Même si aujourd’hui nos acquis semblent menacés, ils ne pourront être changés. Car pour notre prochain combat, nous nous sommes engagés à léguer à nos enfants une terre d’accueil, de tolérance et d’équité.


Wafa Makhlouf-Sayadi
Le 25-11-2013
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