Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


L'œil de Stéphanie : La Tunisie en transition démocratique ?

L'œil de Stéphanie
Alors que le CJD France a été la première instance à prendre position en soutenant le peuple tunisien dès les débuts du « printemps de Jasmin », il est intéressant de faire un point de conjoncture à l’orée du deuxième anniversaire de cette révolution. C’est précisément ce que nous propose Stéphanie LE DEVEHAT, la secrétaire générale du CJD International.

Malgré la libération du peuple tunisien du joug dictatorial de Ben Ali, le contexte économique et social tunisien n’en reste pas moins très difficile.

En effet, de nombreux indicateurs restent au rouge. Les flux d’Investissements Directs Etrangers (IDE) ont baissé de 30 % en 2011 : les entreprises font preuve d’attentisme et reportent leurs décisions d’investissement tandis que les décideurs étrangers attendent des preuves tangibles de la stabilité politique et sécuritaire.

En un an, selon la Banque centrale de Tunisie, les réserves en devises ont baissé de 20%, correspondant désormais à 110 jours d’importation. Dans la région minière de Gafsa, 90% de la production de la compagnie de phosphates (CPG, 5600 salariés) classée 5ème exportatrice mondiale, sont paralysés depuis près d’un an. Le chômage fait des ravages. Les aides financières promises par la communauté internationale tardent à venir, et le ministre de l’économie a appelé les Etats Unis a respecté les engagements pris lors de du G8 de Deauville.

Cette transition délicate s’accompagne, sur le plan politique d’une autre rupture avec l’arrivée au pouvoir après les élections du 23 octobre 2011 du parti islamiste Ennehada.

Certes, la révolution tunisienne, point de départ des « printemps arabes » a précipité la Tunisie dans une ère nouvelle. Mais à peine formé, le nouveau gouvernement doit relever de nombreux défis, car les causes économiques et sociales de la révolution sont intactes. Le chômage s’est aggravé, les régions de l’intérieur accusent toujours le même retard de développement, et la corruption n’a pas reculé, comme le pointe précisément l’analyse politique 2012 du ministère des affaires étrangères.

Le monde entier est rivé sur la Tunisie car ce pays fait maintenant figure de laboratoire. Il s’agit de montrer qu’une transition démocratique est possible dans le monde arabe et de définir la place de l’Islam dans le système politique. Les défis de la transition démocratique tunisienne viennent certes des difficultés économiques, mais aussi des tensions que l’effondrement de la dictature a mises à jour dans la société tunisienne en fonction des appartenances sociales, régionales et culturelles.

Encore très récemment, la population, et notamment les femmes, a fait preuve de ce sens de la citoyenneté récemment reconquis et prouve une fois de plus que rien ne pourra plus jamais être comme avant. Le 13 Aout dernier*, des manifestations à l’appel d’organisations féministes, de défense des droits de l’Homme et de l’opposition ont eu lieu pour protester et réclamer le retrait d’un projet d’article de la Constitution évoquant la complémentarité et non l’égalité homme-femme.

Mais, la menace de radicalisation latente de la société tunisienne est bien réelle. Et les derniers événements de Bizerte le prouvent bien. Les salafistes tunisiens ont multiplié les attaques, de plus en plus virulentes, contre des évènements culturels en bloquant des spectacles jugés, selon eux, contraires à l’islam. Dans la nuit de jeudi à vendredi 17 août, ils sont intervenus, armés de bâtons et de sabres, faisant cinq blessés. ll s’agissait du troisième spectacle, en trois jours, à avoir été pris pour cible par des fondamentalistes.

Le peuple tunisien devra certes rester vigilant et se montrer ferme et déterminés face aux dérives sectaires, veiller comme le préconise Ousman Blondin Diop, sociologue, diplomate sénégalais en poste auprès de l’Unesco à ce que « L’Afrique des Lumières [sache] dire non à un Islam qui se poserait comme un frein à l’épanouissement des libertés et serait facteur de choc de cultures. »

Il est important de relativiser son analyse et se garder d’anticiper avec des jugements caricaturaux car la période a subi de tels bouleversements en si peu de temps qu’asseoir une démocratie, au sens politique du terme en tant qu’expression de la voix du peuple à disposer de lui-même prendra sans doute encore quelques printemps. Rappelons-nous l’histoire de la société française qui, quatre ans encore après la chute de la Bastille sous Robespierre faisait marcher la guillotine à plein pour éliminer traitres et impies …

Ce qui est certain, c’est que la Tunisie a de multiples atouts pour réussir : une localisation géographique stratégique, une population réduite et homogène, une solide classe moyenne éduquée et une administration fonctionnelle. La révolution est en marche et ce pays ne demande qu’à s’épanouir de ses richesses et atours enviés par plus d’un pays du bassin méditerranéen. Laissons le temps agir et restons juste attentifs à garantir l’écho de la voix du peuple tunisien en quête d’un avenir empreint de liberté et de prospérité.

*le jour même de l’anniversaire de la promulgation du code de statut personnel (CSP) le 13 août 1956, qui rassemble un ensemble de lois toujours sans équivalent dans le monde arabe instaurant l’égalité des sexes dans plusieurs domaines.



Stéphanie Le Dévéhat
Le 13-11-2012
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