Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Les PME françaises en mal de financement ?

En France, plus des deux tiers des entreprises se créent avec moins de 5 400 euros de capital. Les PME française sont souvent sous capitalisées, et leurs dirigeants préfèrent souvent s’autofinancer, ce qui ne facilite pas leur développement. Pour quoi et comment investissent les patrons de PME ? Eléments de réponse avec quatre d’entre eux.

Créer une entreprise avec 1 euro, c’est désormais possible, mais, avec 1 euro, on obtient un prêt d’1 euro auprès des banquiers et on finance 2 euros d’investissement ou de besoin en fonds de roulement… à ce rythme, la croissance est loin d’être assurée ! Et pourtant, pour se développer, il faut investir comme l’explique Jean-François Marraud, PDG du groupe Omnitech, Conseil en Ingénierie. « Certains chefs d’entreprise investissent uniquement pour gagner de l’argent. Ils créent ou rachètent, développent puis revendent pour réaliser une plus-value. D’autres, et c’est mon cas, le font dans un tout autre esprit : la satisfaction personnelle,la nécessité de développer de nouvelles offres pour rester dans le marché, et le souhait d’offrir aux collaborateurs des possibilités d’évolution.Fin 1993, nous avons créé Omnitech, à quatre, sur nos fonds propres, et l’avons développé par étapes, en nous autofinançant. Choix sécurisant, mais qui engage dans un parcours lent. Pour accélérer le développement de notre nouvelle offre et financer un gros marché en Algérie, nous avons contracté un emprunt auprès des banques ; financement toujours limité par le montant des fonds propres et par une lecture très comptable des bilans. Aussi, nous souhaitons augmenter nos fonds propres avec les offres du Fonds Stratégique d’Investissement et Oséo. En France selon moi, un entrepreneur arrivera toujours à créer, en revanche il aura une vraie difficulté à se développer rapidement ; le financement bancaire se basant plus sur le passé que sur l’avenir de l’entreprise. Or le temps est de plus en plus la clé du succès sur un marché mondial. »

Des garanties prises sur les biens personnels

Denis Pietersoone est le PDG de Proactive Group. Il a créé l’entreprise en 2000 sur ses fonds propres. Aujourd’hui, celle-ci compte 10 salariés et conçoit des lecteurs de cartes sans contact dont elle confie la fabrication à des sous-traitants. « Nous sommes sur un marché porteur qui réclame beaucoup d’innovations puisque nous devons revoir nos produits tous les deux ans. Nous exporterons à hauteur de 30 et 40 % du C.A. cette année. Pour nous développer, nous avons procédé à plusieurs augmentations de capital sans nous adresser aux business Angels, très répandus dans le hig tech, car je savais qu’alors, je perdrai mon entreprise dans les deux ans. Nous avons emprunté auprès des banques après trois ans d’existence, mais, n’étant pas propriétaire des locaux et ne possédant pas de machines, elles ont pris des garanties sur l’ensemble de mes biens. Depuis, la crise n’a pas arrangé notre situation. Les banques m’ont refusé du jour au lendemain les découverts jusque là autorisés. Même si l’activité repart un peu depuis le mois de septembre, il va falloir de nouveau investir puisque tous nos interlocuteurs aux USA ont disparu, balayés par la crise, et en Allemagne nos partenaires sont au chômage technique. Si nous n’innovons pas, à court terme, Proactive disparaîtra. »

Les entreprises financent les entreprises

Pierre Hummel (JD) est directeur d’une agence bancaire d’Épinal. Il a évidemment un autre regard sur l’attitude des banques : « J’aime travailler sur les sociétés en création. Lorsque l’entrepreneur a un marché, un peu d’argent et si il est un tant soit peu professionnel, j’accepte de prendre le risque d’investir. En revanche, si seuls deux de ces principes sont réunis, j’essaie de comprendre pourquoi. Il est vrai qu’un banquier réagit à un plan comptable. Il prête pour être remboursé et a donc besoin de garanties. Mais notre métier, c’est aussi de permettre à l’entreprise de vivre.

N’oublions pas que le premier banquier de France, ce sont les entreprises elles-mêmes, avec les encours de crédit clients/fournisseurs dont les délais de paiement ont été réduits par la récente Loi de Modernisation de l’Économie (LME). En dehors du secteur bancaire, un chef d’entreprise peut trouver de l’argent auprès des particuliers via les banques, des business Angels, des capital-risqueurs, de certains Fonds importants comme l’Institut Lorrain dans notre région. Je côtoie également des dirigeants qui ne souhaitent pas développer leur entreprise pour préserver une qualité de vie, pour ne pas dépasser un seuil critique (10 ou 50 salariés), parce qu’ils ne veulent pas déléguer ou ne savent pas manager au-delà d’un certain seuil. »

Investir : c’est gérer son avenir

Benoît Reine (JD) dirige, lui, depuis 1997, Normacadre, entreprise d’une soixantaine de salariés créée par d’autres en 1957 et qui fabrique des charpentes métalliques. « Depuis 2003, j’ai investi près d’un million d’euros dans les deux entités que je dirige (Export et France) : j’ai remplacé l’outil de production vieillissant uniquement par autofinancement. Mais, pour la première fois cette année en raison de la sous activité actuelle et pour conserver de la trésorerie, j’ai opté pour un crédit bancaire classique et acheté une nouvelle machine (120 000 euros). Pour me développer, Normacadre ayant atteint la taille critique dans ce secteur d’activité, j’envisage dans trois ou quatre ans de racheter une entreprise complémentaire à notre activité. Toutefois, si pour le faire je procède à une augmentation de capital, ce ne sera pas en faisant appel à des personnes extérieures à l’entreprise qui ne sont là que pour placer leur argent et toucher des dividendes. »

En conclusion, rappelons qu’il y a quelques semaines, René Ricol, l’ancien médiateur du crédit, expliquait que les banques ne sont pas les seules responsables et que les entreprises devraient, elles aussi, faire un effort et proposer davantage de nouveaux projets de financements.


Pour en savoir plus

La Médiation du Crédit apporte aux entreprises confrontées à des problèmes de financement un soutien et une réponse immédiate.

www.mediateurducredit.fr


Isabelle Chatain
Le 26-01-2010
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