Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Servia, la force de l’exemple

Sitou Gayibor
Arrivé tout droit du Togo pour poursuivre ses études en France, Sitou Gayibor a expérimenté la difficulté à s’insérer dans la vie professionnelle quand on ne correspond pas complètement à l’idéal des recruteurs : l’homme jeune (mais pas trop !), au physique « harmonieux », hétérosexuel et blanc. Avec détermination, Sitou a su tranquillement s’imposer. Comme quoi…

Arrivé en France en 1983 pour entamer un DEUG en Mathématiques Physique à l’Université de Valenciennes, Sitou Gayibor en profite pour cultiver son relationnel, pendant les vacances scolaires, en vendant des beignets sur la plage, du côté de Béziers. Volontiers blagueur, n’hésitant parfois à pratiquer l’autodérision, Sitou développe à cette occasion ses capacités commerciales. Et ça marche plutôt pas mal. Il lui faut exploiter et optimiser ce talent… Et pourquoi ne pas en faire un métier ?

Plutôt que de s’engager logiquement dans un parcours professionnel en physique, le jeune togolais choisit d’étoffer son curriculum-vitae avec un master en sciences et techniques commerciales. Le voilà prêt à vendre dans le secteur de l’informatique, ou de l’industrie pharmaceutique. En 1988, il arrive sur le marché de l’emploi, motivé et prêt à faire ses preuves.

Le pied à l’étrier

Oui mais voilà, Sitou ne correspond pas au profil de l’ingénieur commercial comme il faut… Un peu trop bronzé pour s’exposer aux yeux des clients et prospects. Il galère. Au point de se trouver à vingt ans à peine pris en charge par un organisme de l’APEC, chargé de reclasser des salariés consécutivement à des plans sociaux. Sitou n’a pas à être reclassé : il n’a même pas encore fait ses classes. Triste sort.

Pierre-Alain Guidez, fondateur de la société SERVIA, composée de 8 salariés, en 1988, donne alors sa chance à Sitou au travers d’un stage. En six mois, ce dernier doit tout démontrer. Il s’attelle à développer un secteur dédié aux collectivités. SERVIA va proposer aux mairies de moins de 20 000 habitants, le serveur, le parc informatique, la maintenance, la mise en place du réseau, la vente et l’installation complète des logiciels adaptés (pour la comptabilité, la paie, l’urbanisme, l’état civil…), l’assistance, la formation... Un seul interlocuteur, SERVIA, plutôt que de traiter en direct avec la foultitude des éditeurs : les collectivités comprennent rapidement l’intérêt du service proposé par Sitou. Le stage se conclut par un CDI.

L’envol

Sitou prend alors la responsabilité de cette activité. Charge à lui de la développer et de la rentabiliser. Il couvre la Picardie, le Nord Pas-de-Calais et la Seine-Maritime et traite avec plus de trois cents communes. Il recrute techniciens et commerciaux… Le jeune vendeur de beignets est devenu un manager aguerri.

Il s’attaque alors aux grands comptes publics (département, région), puis au marché des PME-PMI, en leur proposant le modèle SERVIA. En 2000, l’irrésistible ascension professionnelle du togolais se traduit par sa nomination au poste de directeur général. Quatre ans plus tard, il entre au capital de SERVIA… et pratiquement au même moment au CJD.

A cette époque, le CJD commence à se saisir du thème de la diversité et Sitou, à peine ses valises posées en section, intègre déjà le comité de pilotage du projet « diversité » au niveau national.

L’engagement

On comprendra aisément pourquoi Sitou est sensible à cette thématique que Françoise Cocuelle, présidente du CJD de 2004 à 2006 développera fortement dans le mouvement. Il s’y engage pour démontrer aux dirigeants, adhérents du CJD ou autres, que l’entreprise ne peut faire l’impasse sur les minorités visibles, les handicapés, les séniors… et encore moins les femmes.

C’est une réalité avec laquelle les entreprises sont obligées de composer. Plutôt que de seulement les informer sur les risques liés aux discriminations, il faut les aider à s’ouvrir et les accompagner pour capter cette richesse insoupçonnée. Telle est le credo de Sitou. « Il faut faire bouger les mentalités ».

Ce dernier s’engage également au sein d’Alliance, un réseau de dirigeant de grandes entreprises qui s’intéressent à la RSE. Avec pour conséquence concrète la mise en place d’un forum des stages de l’égalité des chances. « On dit qu’il faut embaucher au regard de la compétence, mais souvent les minorités visibles ne sont pas recrutés sur des postes correspondant à leur niveau d’études. Allez demander aux vigiles des grandes surfaces leur niveau de diplômes : vous trouverez des BAC + 5 ou des titulaires de doctorat ».

Ce forum des stages, qui rassemble plus de soixante entreprises, permet chaque année à une cinquantaine de personnes de s’insérer dans le monde du travail et d’y faire leur preuve. Sitou porte également son message auprès des lycéens, et les sensibilise à toutes les formes de discrimination.

Pour son engagement, Sitou sera prochainement fait Chevalier dans l’Ordre National du Mérite, sur proposition d’Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances sous le gouvernement de Dominique Villepin.

Dans l’entreprise, Sitou met en cohérence ses actes avec son discours en recrutant des pakistanais, des africains… « Qu’importe le physique, seule compte la compétence ». En moins de dix ans, les choses ont énormément évolué en France. Mais un long chemin reste encore à parcourir.

Lionel Meneghin
Le 29-04-2010
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