Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho

Les fumées délétères du diesel

Notre vieux pays, prétendument rationnel, s’est encore empêtré dans une situation « abracadabrantesque » dont lui seul à le secret. Pus de 60 % de notre parc automobile roule aujourd’hui au diesel (contre 10 % en 1990), au moment où on a désormais la preuve que ce carburant émet des particules fines fortement cancérigènes. On le savait depuis des années, mais tout a été fait pour minimiser le problème le plus longtemps possible, car il demande de prendre des décisions très impopulaires. Et s’il remonte à la surface aujourd’hui, c’est sans doute moins pour des questions de santé que parce que l’État, en mal de recettes, s’aperçoit qu’en alignant la fiscalité du diesel sur celle de l’essence, il pourrait récupérer pas loin de 7 milliards d’euros. Mais la pilule sera dure à faire avaler tant nous sommes aujourd’hui englués dans le mazout.

Fausse bonne idée

Comment en sommes-nous arrivés là ? Cette histoire est exemplaire d’une fausse bonne idée étatique qui, sous forme « d’incitation fiscale », semble au départ relativement raisonnable, mais est rapidement pervertie et subit, dans les faits, une folle dérive.

Rappelons que le diesel, à la sortie des raffineries, coûte 3 ou 4 centimes d’euros plus cher que l’essence. Dans les années 1960, il est quasi exclusivement le carburant des agriculteurs, des camions et des entreprises. En en abaissant les taxes, le gouvernement gaulliste d’alors se dit qu’il va ainsi donner un coup de pouce aux forces vives de notre économie. Une autre raison, moins avouable, l’incite également, semble-t-il, à cette générosité. Il pousse à fond les feux du nucléaire et veux convertir les Français au tout électrique, notamment pour se chauffer. Que faire du fuel domestique dont la consommation va baisser et qui est exactement le même que celui que l’on met dans les moteurs ? Précisément, utiliser les surplus pour un usage automobile. A l’époque, on n’imagine même pas que le pétrole puisse se raréfier. On fait donc d’une pierre deux coups. Ça, c’est une décision technocratique qu’elle est bonne !

Fausses économies

Et en France, quand on a pris une décision, on n’y revient plus. On oublie que la situation initiale n’est pas immuable. Si bien que, 50 ans plus tard, la bonne décision se transforme en cauchemar.

Entre-temps se sont produits quelques chocs pétroliers et une multiplication par quatre du nombre de véhicules qui circulent sur nos routes (moins de 10 millions en 1960, près de 40 millions aujourd’hui) qui auraient dû, très rapidement, faire revenir l’État sur l’avantage diesel. Il n’en a rien été, notamment sous la pression des constructeurs qui ont profité de l’effet d’aubaine. Le recours au diesel a été vendu comme un moyen de limiter les dépenses de carburant des ménages, après les crises pétrolières de 1974 et 1979, et plus encore pour celle que nous traversons depuis 2008 qui aboutit à ce que près des trois quarts des voitures particulières vendues aujourd’hui ont une motorisation diesel.

Le pire est que cette prétendue économie repose sur un mensonge. Tous les calculs montrent que rouler au diesel n’est intéressant qui si l’on parcourt plus de 20 000 km par an, ce qui n’est le cas que de 30 % des acheteurs de ces véhicules. En raison de coûts d’achat, d’entretien et d’assurance plus élevés, les 70 autres pour cent y perdent, en réalité, par rapport à une voiture à essence.

Fausses pistes

Résultat de ces errements, en premier lieu, nos constructeurs hexagonaux sont devenus les champions indiscutables d’une filière condamnée, dont, d’une certaine manière, ils ont fait financer le développement par l’État, au travers du différentiel de taxes, donc de nos impôts. Et PSA, le plus engagé dans cette impasse, persiste avec panache dans l’erreur en inventant fièrement « l’hybride diesel », qui, un comble, bénéficie d’un « bonus écologique » de près de 4 000 euros, payé, lui aussi, sur nos impôts. Comme si on subventionnait les fabricants de cigarettes… Ne faudrait-il pas plutôt consacrer cet argent à la recherche d’énergies moins polluantes ?

Ensuite, il va falloir convaincre 25 millions d’automobilistes accros au diesel qu’ils vont bientôt devoir payer leur précieux carburant au même prix que l’essence et que, du coup, ils risquent d’avoir un peu plus de mal à revendre leurs occasions. Dans le pays de la Révolution, on aime mieux abolir les privilèges des autres que renoncer aux siens. Je souhaite bon courage au gouvernement…

Enfin, il nous faudrait réduire drastiquement, le parc diesel. La seule méthode efficace serait d’interdire la vente de véhicules neufs utilisant cette énergie, au moins les voitures particulières. Cela paraît évidemment impossible. Nous en avons donc pour 20 ou 30 ans et quelques dizaines de milliers de cancers, au bas mot, avant de nous débarrasser des fumées toxiques d’un produit jadis promu par l’État pour ses vertus économiques.

Fausses sorties

Cette histoire montre l’incapacité congénitale de celui-ci à évaluer sérieusement ses décisions publiques et à en modifier le cours si elles se pervertissent ou deviennent contre-productives. La pensée complexe qui montre que l’effet peut agir sur la cause, comme c’est le cas ici, lui est étrangère. Il n’a pas vu, ou trop tard, la spirale inflationniste de diesel qu’il enclenchait, à son propre détriment fiscal et sanitaire. Après avoir atteint le point de non-retour, il s’en est arrangé, jusqu’à aujourd’hui où la situation est devenue intenable et où plus personne ne sait comment s’en sortir sans créer des drames…

Il est amusant, ou désespérant, de constater que le tout nucléaire pour l’électricité, qui a donc contribué indirectement à l’essor du tout diesel pour l’automobile, est engagé dans une impasse similaire à la suite d’une même décision étatique jamais remise en question. Les déchets s’accumulent sans que nous sachions vraiment comment les stocker en toute sécurité (pour certains, leur durée de nocivité est de quelques millénaires), et le démantèlement de la première centrale arrêtée, Brennilis, en Bretagne, a commencé depuis 30 ans et ne s’achèvera pas au mieux avant 30 ans. Sortir du nucléaire sera encore plus difficile que nous désintoxiquer du diesel.

Claude-Jean Desvignes
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