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Route du Rhum
Par propos recueillis par Bruno Tilliette

Des étudiants dans la course


L’Université Jean Moulin Lyon 3 a décidé de s’engager aux côtés de l’ensemble des entreprises du Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprises pour participer à la Route du Rhum, édition 2010. Pourquoi et comment ? C’est ce que raconte Alain Asquin, Maître de conférences dans cette université, qui est à l’origine de ce mécénat de compétences et qui a déjà participé avec Inno’vent et le CJD à la Route du Rhum 2006.

Dirigeant : Quels sont les étudiants engagés dans le projet ?

Alain Asquin : Pour l’essentiel ce sont des étudiants en Master 2 (bac +5), principalement en gestion au sens large du terme : entrepreneuriat et développement d’affaires, diagnostic d’entreprises, intelligence économique, management et communication. Donc des étudiants qui sont en fin de parcours et devraient arriver prochainement sur le marché du travail, à l’exception d’une équipe qui est en Master 1. Une trentaine de jeunes se sont ainsi engagés dans cette opération Route du Rhum, à titre personnel, puisque ça ne fait pas partie de la validation de leur cursus.

D. : Comment définiriez-vous le contrat de « mécénat de compétences » que l’Université de Lyon 3 a signé avec le CJD à cette occasion ?

A. A. : Cela signifie que nous voulons contribuer à cette Route du Rhum sous forme de dons et sans en attendre de contrepartie : c’est l’idée de mécénat. Et ce que nous donnons, ce n’est pas de l’argent, mais des compétences, en l’occurrence celles que vont apporter nos étudiants à la fois directement au projet et aux entreprises du CJD qui y sont liées. C’est de leur part une mission de conseil bénévole. Nous sommes ainsi tout à fait dans l’esprit de troc qui est celui que le CJD et l’association Inno’vent ont mis en place pour soutenir le bateau et son skipper Pierre-Yves Guennec. Le contre-don pour nous est l’apprentissage que les étudiants vont avoir à travers cette expérience.

D. : Quelles sont les raisons pour lesquelles Lyon 3 et vous-même vous vous impliquez dans cette aventure ?

A. A. : D’abord, personnellement, en tant qu’enseignant et responsable de Master, j’ai trouvé au CJD un discours, des valeurs et un cadre sur lesquels je peux m’appuyer et qui crédibilisent ce que je dis à mes étudiants sur la manière d’agir en entreprise, sur le métier de dirigeant et sur l’intérêt de travailler dans des PME, dont on sait qu’elles sont souvent assez mal considérées dans l’opinion publique en France. Cela fait déjà plusieurs années que je me suis rapproché du CJD notamment au travers du concours « Performance globale », que nous avons gagné à deux reprises, et du parcours Copernic auquel je contribue. Et nous avons beaucoup de liens avec le CJD lyonnais : mes étudiants interviennent des entreprises JD de la région et nous avons des projets en commun

Par ailleurs, en 2006, pour la première Route du Rhum du CJD, Jean-Michel Lehembre, le responsable du projet Jeunes Dirigeants, m’a demandé de travailler avec les membres du comité de pilotage. Cela a donné lieu à un livre (Jeunes Dirigeants, L’esprit de conquête, éditions Inno’vent) et à une étude de cas sur le management de projet que j’ai publiée à la centrale des cas et médias pédagogique dans laquelle puisent les écoles de commerce et les universités.

Quand Jean-Michel m’a recontacté pour l’aventure 2010, j’ai tout de suite accepté, mais en précisant qu’il me semblait essentiel de ne pas refaire la même chose et de repenser notre partenariat.

J’ai un principe de pédagogie auquel je crois beaucoup dans l’université, c’est que les étudiants puissent transmettre ce qu’ils savent. C’est le meilleur moyen de vérifier qu’ils ont compris et assimilé ce qu’ils ont appris. J’ai donc proposé que nous jouions aussi le jeu du troc en donnant ce que nous savons faire. Nous ne savons pas faire des soudures, des voiles ou des autocollants, mais nous réfléchissons toute la journée aux bonnes pratiques de management. C’est cela que nous pouvons transmettre et c’est grâce à cette transmission que nos étudiants pourront en même temps prendre confiance en eux. Ça représente pour eux, et pour moi, un vrai défi qui correspond bien au défi de la course.

D. : Précisément, quels sont les projets de transmission qui ont été proposés par vos étudiants ?

A. A. : Il y a 7 équipes, de 3 à 5 étudiants, qui ont mis en œuvre 7 projets. Sans les citer tous dans le détail, on peut en évoquer les grands thèmes : la manière de communiquer sur les temps forts de l’entreprise (et pas seulement quand il y a crise) ; les risques et les rites de la communication par les réseaux sociaux pour une entreprise ; les techniques de créativité appliquées à l’organisation, aux produits, aux services ; l’excellence opérationnelle pour permettre aux entreprises de mieux maîtriser leurs processus, les bonnes pratiques du management par projet, le diagnostic d’entreprise pour les aider à faire des bilans de performance globale. Et aussi, un projet spécifique demandé par Pierre-Yves Guennec : réaliser, en 3D, un « éclaté» du bateau qui, permettra de visualiser les contributions associées à chaque partie du bateau.

D. : Où en est-on de la réalisation de ces projets ?

A. A. : Dans un premier temps, nous avons recadré et validé les thèmes et les projets pour qu’ils restent concrets et opérationnels. C’est d’autant plus important que les étudiants sont partis en stage et que les JD avec lesquels ils sont en contacts sont répartis dans toute la France : ils vont donc travailler avec eux et avec leurs camarades de projets à distance et en mode collaboratif.

Actuellement, nous sommes en train de valider les livrables, c’est-à-dire de voir à quoi va ressembler l’offre de prestation proposée aux JD par chacun des groupes. Et nous mettons en place le planning de livraison. Par exemple, pour « l’éclaté » du bateau, il a été convenu avec le comité de pilotage qu’il soit disponible en septembre, deux mois avant le départ de la course, pour coïncider avec la communication officielle qui sera lancée à ce moment-là. D’autres prestations seront ouvertes fin mai/début juin.

D. : Comment travaillent les étudiants sur leurs projets ?

A. A. : Chaque groupe a deux référents. Un référent universitaire qui les aide sur le fond, les connaissances, le contenu et un référent dans le Copil qui évalue si ce qu’il propose est compréhensible et utile un JD. Quant à moi, j’assure la cohérence de l’ensemble du programme et parfois je joue les pompiers de service.

Ce qui est très satisfaisant, c’est que, bien qu’ils soient partis en stage chacun de leur côté, les étudiants restent très motivés et très engagés dans ce travail, alors que, je le répète, rien ne les y oblige. On a toujours le danger qu’un groupe explose en vol ou produise une prestation moyennement intéressante. Cela fait partie du jeu et, au CJD comme à l’université, nous prenons le risque, en faisant tout, évidemment, pour que cela réussisse. Mais, au fond, nous sommes sur le même plan que les entreprises JD qui s’engagent sur le bateau. Le succès n’est pas garanti.

A cet égard, nous avons trouvé très sympathique qu’Inno’vent et le CJD nous ait proposé, au même titre que les entreprises contributives, de figurer comme l’une d’entre elles sur le bateau. Nous serons comme une sorte de PME qui, avec ses 30 collaborateurs, aura contribué à cette aventure. Et nous serons au départ à Saint-Malo.

Interview de Manon Ouelette, JD de Paris et membre du Copil

Jeudi 29 Avril 2010
Mots-clefs : Route du Rhum, Universite Lyon 3, etudiants, Pierre-Yves Guennec, Saint-Malo
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