Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Entrepreneuriat : « Faire d’une contrainte quelque chose de beau »

Antonella Viland
La création d’entreprise. Derrière les clichés et ce que les politiques en disent, il y a le discours des professionnels qui œuvrent quotidiennement sur le terrain pour accompagner les aspirants entrepreneurs dans la réussite de leurs projets. Rencontre avec Antonella Viland, dirigeante de macreationdentreprise.fr qui ne manie pas la langue de bois.

Sur son site, Antonella se présente exactement comme elle le fait quand on la rencontre : en mettant en avant ses origines beaujolaises, « ce qui donne du caractère, dit-on ». À 22 ans, un DESS en diagnostic d’entreprise en poche, Antonella intègre un grand groupe américain de chasseurs de tête comme chargée de recherche.

Le job lui plait, mais quand on lui propose de devenir consultante avec un emploi du temps consacré à 75 % au commercial, elle commence à nourrir des envies d’ailleurs. « Et puis le fait de rencontrer des clients qui ne voulaient que du « BBR » (NDRL : pour « Bleu Blanc Rouge »), cela commençait sérieusement à me poser des problèmes sur le plan moral».

VOCATION

Cette volonté de changement a également comme moteur une forme de vocation. « Je veux faire de l’entrepreneuriat et être en contact avec des entrepreneurs ». Soit. Une démission plus tard, Antonella postule dans les chambres de métiers, les CCI et autres organismes institutionnels qui œuvrent sur ce terrain de l’entrepreneuriat. Ce sera finalement au sein du réseau des Boutiques de Gestion qu’Antonella mettra son énergie à accompagner ceux qui veulent créer de la richesse dans notre pays.

C’est dans l’Ain qu’Antonella fera ses premières armes. L’Ain, « un département rural avec des gens très engagés, des bulldozers, et globalement dotés de ressources financières suffisantes pour envisager une création ou une reprise d’entreprise sereinement – par rapport à nos territoires plus difficiles des banlieues de Lyon ». Antonella recrute et forme un chargé de mission… à prendre son propre poste.

SON PROPRE PROJET

Un challenge chasse l’autre. « Je voulais ouvrir une antenne à Villefranche-sur-Saône ». Même si Antonella avoue que la tâche n’a pas été facile, un scénario semblable à celui de l’Ain se déroule en Beaujolais. Antonella recrute, forme puis cède sa place. Lyon lui tend les bras. À la tête d’une équipe de 12 consultants, elle est responsable d’un large territoire et est en charge de tous les partenariats. Mais, comme toujours, Antonella commence à s’ennuyer. « Au bout de neuf mois en général, je commence à tourner en rond ».

De nouvelles opportunités s’offrent à elle dans le réseau des boutiques de gestion. Mais toutes tournent court. Car désormais, Antonella cultive son propre projet de création. « Je considérai que les consultants et moi-même passions trop de temps à répéter des choses simples pour accompagner les entrepreneurs et pas assez sur les problématiques qui émergent plus tard dans la réflexion, faute de budget pour les épauler plus longtemps. L‘idée est de dégager plus de valeur via des temps de formation en e-learning, qui prépare les moments passés avec les intervenants ».

LUDO-PEDAGOGIQUE

En aout 2008, après quelques mois d’ingénierie pour créer les modules d’e-learning, Antonella commence sa vie d’entrepreneuse avec deux anciens collègues devenus nouveaux associés. Outre le recours à l’e-learning (près de 25 heures de formation en ligne), l’originalité de l’offre de services de l’entreprise réside dans les moyens ludo-pédagogiques mis en œuvre et la combinaison de temps collectif et individuel à distance avec un consultant.

« Dans 75 % des cas, mes clients sont des salariés qui souhaitent franchir le pas de la création ». Au bout du parcours, les apprentis entrepreneurs sont au clair sur leur projet, leur financement, leur prévisionnel, leur commercial… Si l’entrepreneuriat a le vent en poupe en France, Antonella, en experte, dénonce cependant les stéréotypes véhiculés autour de cette notion et le discours ambiant des politiques.

ALIGNER LE PROJET PROFESSIONNEL SUR LE PROJET PERSONNEL

« Cela fait bientôt 10 ans que j’accompagne des entrepreneurs et que je constate que le discours politique n’est pas en phase avec la réalité économique. La SARL a un euro de capital ou l’autoentrepreneur pour tous : c’est un mirage. Cela conduit à sous-calibrer les projets. Les politiques veulent inciter le plus de chômeurs à devenir entrepreneurs afin de les sortir des statistiques. Mais l’entrepreneuriat, c’est d’abord une question de posture ». De nombreuses personnes semblent ainsi condamnées à l’entrepreneuriat afin de gagner leur vie… Mais entreprendre ne se réduit pas à cela.

Pour Antonella, l’important, c’est l’ « alignement » du projet professionnel sur le projet personnel. Ce qui implique que le principal investissement d’un entrepreneur est d’abord immatériel, parce qu’il s’agit d’un investissement sur soi. « Bien souvent, ceux qui entreprennent sont mal avisés : cet investissement sur leur développement personnel n’est pas fait ».

VALORISER L’IMMATÉRIEL

Le lien avec le CJD est alors vite établi. « Le CJD offre en ce sens une belle opportunité pour réfléchir sur soi, ses besoins et ses motivations personnelles. Cela ne doit pas se confondre avec une simple discussion avec des proches, qui ont leurs propres filtres par rapport à vous, votre marché et votre projet. Les proches peuvent également avoir le désir de ne pas vous influencer ou de ne pas vous blesser ». Le CJD sait créer les conditions où un parler-vrai peut être entendu, en toute bienveillance.

Mais ce type d’espace reste encore trop rare. « On ne valorise pas assez la formation ou le conseil. Demander conseil en France, cela est souvent vécu comme un aveu d’incompétence, voire de bêtise. Or se faire conseiller par un professionnel pour prendre du recul sur soi et ses projets, prendre le temps de se former, c’est essentiel. ». Et Antonella de conclure. « Certes, on peut être contraint à l’entrepreneuriat. Mais le défi est le suivant : comment vais-je faire faire de cette contrainte quelque chose de beau ? Comment réussir non pas simplement à produire, mais à créer ? ». Tout entrepreneur se doit ainsi d’être un peu artiste…

Lionel Meneghin
Le 20-06-2013
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