Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


SOS : PME maltraitées !

Christophe Praud, Président national du Centre des Jeunes Dirigeants d'entreprises (CJD)
Christophe Praud ne mâche pas ses mots lorsqu'il s'agit de défendre la cause entrepreneuriale. Démonstration avec cette tribune dans laquelle le Président national du Centre des Jeunes Dirigeants d'entreprises (CJD) dénonce les pratiques de certaines grandes entreprises vis à vis des PME et que cesse enfin ce "racket" inacceptable.

Pierre Pelouzet, le président de la MIE (Médiation Inter-Entreprises) ne mâche pas ses mots quand il qualifie de « racket » certaines pratiques de grandes entreprises. Du racket, il en est effectivement question quand les donneurs d’ordres, par exemple, demandent à leurs sous-traitants de répercuter dans leur prix le montant du CICE. C’est ainsi que le CICE, avant même d’avoir été validé par l’administration et versé à qui de droit, vient gonfler indûment la trésorerie de ces grandes entreprises. Depuis des mois, des adhérents du CJD me signalent être victimes de ces pratiques. Le rapport de la MIE vient créditer leurs témoignages.

D’autres pratiques sont du même acabit. De grandes entreprises rencontrent visiblement des problèmes dans la réception de leur courrier ; les factures, quand elles sont enfin reçues, doivent souvent être renvoyées et être validées par plusieurs pays. Des mois passent. Certaines entreprises font des retards de paiement un outil d’optimisation de leur trésorerie comme les autres, acculant leurs fournisseurs aux pires difficultés. La loi sur les délais de paiement ne sert à rien : qui viendrait attaquer (et aussitôt perdre) un client pour non-respect des délais de paiement ? Surtout en ces temps difficiles pour les entreprises…

Ruptures brutales de contrats ou encore détournements de propriétés intellectuelles, les pressions exercées par les grands sur les petits ne sont pas rares. Mais pas le fonctionnement économique normal d’un État de droit. Le plus inquiétant, c’est que ces comportements ne sont pas dus à la crise ; des entreprises qui se portent bien usent et abusent de ces méthodes, alors même qu’elles communiquent en parallèle sur leurs actions admirables en termes de RSE.

De l’autre côté du Rhin ou des Alpes, les choses sont tout autres. Un contrat, une fois signé, est respecté. Quant à la relation entre sous-traitants et donneurs d’ordre, elle est davantage pensée en termes de partenariat que de servage. Faut- il voir en cela une raison du dynamisme des entreprises allemandes ? Et, inversement, du manque de compétitivité des nôtres ? Le rapport Gallois l’atteste. «Le tissu industriel est insuffisamment solidaire. En économie de marché, il est normal que les entreprises ne puissent se faire des cadeaux entre elles, mais elles peuvent reconnaître des intérêts communs et collaborer. Elles ne le font pas suffisamment en France à la différence, là aussi, de l’Allemagne ou de l’Italie. Toutes les entreprises qui fournissent des groupes français et des groupes américains ou allemands disent constater la différence. Les filières, sauf exception, ne fonctionnent pas comme telles : les relations entre les grands donneurs d’ordre, leurs fournisseurs et les sous-traitants sont souvent dégradées, en tous cas, insuffisamment explicitées et organisées ; elles n’identifient pas les intérêts communs »[1].

Avant même d’identifier ces intérêts communs et de prôner la solidarité économique entre groupes et PME, faisons en sorte que les premières arrêtent de maltraiter les secondes. Il faudra pour cela que les grandes entreprises se convainquent qu’elles peuvent gagner sans voler l’autre, et que la valeur se co-construit. Une médiation inter-entreprises n’est pas suffisante pour provoquer cette prise de conscience, car trop peu d’entreprises victimes osent franchir le pas et saisir cette instance. Les groupes semblent avoir aussi besoin d’un choc de moralisation. Comment provoquer ce dernier ? Ce qui est sûr, c’est que nous devons rompre avec cette habitude qui consiste à penser cyniquement que ce que nous gagnons, nous devons le gagner sur le dos des autres. C’est certainement en développant une culture de la solidarité et du partenariat que nous réussirons tous à pérenniser nos entreprises.



[1] Rapport Gallois. P13.

Christophe Praud, Président national du CJD 2012-14
Le 6-08-2013
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