Février 2018
Un jour, tu te réveilleras et tu n’auras plus le temps de faire ce que tu voulais faire. Fais-le donc maintenant.
Paulo Coelho


Un camping pour changer de vie ? OuI, mais un camping PG s'il vous plaît !

Nathalie et Pierre-Gilles Artayet exploitent le camping de Lou Pantai, dans le Var. Deux vies qui s’efforcent de mettre en cohérence leur quotidien avec les valeurs qu’ils promeuvent.

Qu’est-ce qu’une vie qui a du sens ? Une vie où le faire découle naturellement du dire, comme le dire du penser. Combien sommes-nous réellement à essayer de construire ce chemin qui consiste à mettre en cohérence les valeurs que nous défendons aux actes que nous engageons dans l’existence? C’est pourtant ainsi que se construit le sens d’une vie.


« DES VIES PAS TRÈS ÉPANOUISSANTES »

Cet effort, Nathalie et son mari Pierre-Gilles s’y essaient depuis maintenant quelques années. Ils exploitent aujourd’hui tous deux un camping écoresponsable dans le Var. Ces deux « Sup de co » ont, dans une vie antérieure, été salariés dans de grosses entreprises de conseil. « Des vies pas très épanouissantes » reconnait elle-même Nathalie, des vies auxquelles se conjuguent « un mal-être quant à notre futur ». La raison de tout cela ? La dictature du court terme, la pression sur les équipes, le manque d’animation des ressources humaines, etc. Bref, les maux qui gangrènent la vie de nombreuses organisations, notamment les plus grandes.


UNE AFFAIRE DE CONVICTIONS PERSONNELLES

Passer à autre chose. S’affranchir d’un quotidien et d’un avenir qui ne les satisfait pas. Reprendre le contrôle. Telles sont alors les ambitions du couple, qui définit les critères de ce que devra être leur vie à compter de maintenant : être leur propre patron, avoir une bonne qualité de vie et du temps pour voyager, s’engager dans une activité en devenir. Nous sommes en 2004. Le couple achète alors son premier camping dans le Var et découvre le métier de chef d’entreprise. « Une affaire plutôt vieillissante », et dont le chiffre sera multiplié par 2,5 les deux années suivantes. « On s’est fait la main ». Et de belle manière…

Quatre ans plus tard, l’affaire est revendue avec une jolie plus-value. Sans effort particulier, le camping répond alors à tous les critères de l’époque en matière de développement durable. Le couple n’aura alors de cesse de valoriser tout cela en s’engageant dans un nouveau projet lié à une démarche écoresponsable. « C’était aussi une affaire de convictions personnelles ». Une autre aventure débute.


LABELS EN SERIE

Nathalie et Pierre-Gilles rachètent un nouveau camping, Lou Pantai, toujours dans le Var, entre Toulon et Hyères. Les infrastructures y sont modestes ; le chiffre d’affaires atteint poussivement les 116 000 euros. Une affaire prometteuse, elle aussi « gérée à l’ancienne ». La modernisation passera par une politique de développement durable : diminution de la consommation d’eau et d’électricité, utilisation de produits d’entretien écologiques, sélection et gestion des déchets.

Le camping obtient naturellement la certification Ecolabel européen en 2009. Le premier en région PACA. En adaptant ses infrastructures afin de recevoir chacun dans les meilleures conditions et en installant un hébergement écoconstruit adapté aux personnes à mobilité réduite, le camping obtient également le label « Tourisme et Handicap ». Autant d’engagements qui viennent compléter le label « Camping qualité ». Des exigences constantes et accrues dans la satisfaction client et le respect de l’environnement, exigences que Nathalie cherche toujours à anticiper. « Cette année, nous allons réfléchir à la manière de recycler l’alimentation jetée dans les bungalows le samedi, jour de départ des vacanciers. Nous avons envie d’en faire toujours plus ».

PERFORMANCE GLOBALE

Le respect de l’environnement ne se résume pas à des solutions techniques. Sur ce plan, tout ce qui pouvait être fait l’a été : panneaux solaires, WC sans eau… « Si notre consommation d’eau continue de baisser chaque année, ce n’est pas parce que nous avons mis en place de nouvelles technologies pour cela : c’est l’effet de la politique de sensibilisation que nous menons ».Pour aller encore plus loin, Nathalie et Pierre-Gilles ont souhaité développer une dimension pédagogique, en faisant de leur site un vrai lieu de sensibilisation aux enjeux du développement durable. Et ce, tant vers les clients que vers les fournisseurs. « Nous affichons ce que nous faisons et nous le faisons partager aux clients, au travers d’animations ludo-pédagogiques sur les thèmes de l’environnement et de l’écoresponsabilité. Nous cherchons à faire évoluer leurs comportements, même si nos clients sont déjà sensibilisés à ces thématiques ».Des choses très simples peuvent être mises en place. « Par exemple, nous demandons à nos clients de rapporter les brochures à l’accueil. Ou encore à ceux qui demandent des frites au bar de venir avec leur saladier, car nous ne proposons pas de barquettes en plastique ».


SOCIAL ET SOCIÉTAL

La démarche du couple ne se résume pas à l’environnement. Le développement durable nécessite également la prise en compte du social et du sociétal. « Nous recevons en stage d’immersion des personnes en rupture qui redémarrent un projet d’insertion sur des chantiers paysagers. Ils viennent chez nous pour valider leur capacité à s’insérer dans un cadre privé : arriver à l’heure, avoir un patron, développer leur confiance, s’autoévaluer sur leur capacité à retrouver le monde du travail ».

Le sociétal n’est pas en reste. Loin de là. Nathalie a développé un club, « Tourisme Environnement Var ». Ce club est tourné vers les hébergeurs du département et a pour vocation de les sensibiliser à l’écoresponsabilité. Au CJD, Nathalie anime une commission Fly, dont l’objectif est d’envisager les produits et services des participants sous le prisme de l’écoconception. Et ce n’est pas tout. « Nous affectons deux euros sur chaque séjour au financement d’un projet d’une ONG. Je pars ainsi à l’étranger former aux enjeux du tourisme responsable ». Après le Bénin, Nathalie est partie en novembre dernier conseiller des Cambodgiens sur la mise en place d’activités au sein de la structure d’écotourisme villageois qu’ils ont créée. « Les personnes sont peu formées. Comment reçoit-on un client ? Comment fixe-t-on un prix ? Comment communiquer ? C’est à ce type de questions que j’essaie d’apporter des réponses ».

ÉCRIRE UNE AUTRE HISTOIRE

Aujourd’hui, le camping Lou Pantai, c’est 51 hébergements et 400 000 euros de chiffre d’affaires. C’est également six saisonniers. Le prochain épisode ? « Nous avons le projet de racheter un autre camping. Notre projet actuel a abouti. Nous voulons écrire une autre histoire, aller plus loin encore. Les technologies progressent et notre expérience s’est bonifiée. Il est plus facile de partir d’une copie blanche que réécrire le projet existant ».L’objectif n’est pas de racheter un camping plus gros. L’ambition est ailleurs. « Grossir, oui. Pas en taille, mais en valeurs ».

Lionel Meneghin
Le 10-02-2014
Imprimer Twitter Facebook LinkedIn
Laisser un commentaire
E-mail :
Confirmation :
Pseudo :
Commentaires :
Code de sécurité :
Powered by Walabiz