Claude Champagne : « l’apparente simplicité de la méthode du codéveloppement la rend accessible » (2/2)

Fort du succès du codéveloppement, Claude Champagne revient sur l’évolution de la méthodologie qu’il a co-élaborée dans un nouvel ouvrage.

Claude Champagne

Aujourd’hui, le codéveloppement professionnel est employé un peu partout, dans le secteur public comme privé, par des chefs d’entreprise comme par des salariés. Quelles sont selon vous les forces de cette méthode ? Qu’est-ce qui fait aujourd’hui son succès ?

Il est en effet de plus en plus utilisé, mais sous plusieurs formes qui sont parfois assez différentes de la proposition originale. Il est utilisé dans des entreprises privées, dans des groupes internationaux, dans des organisations non-gouvernementales, dans le secteur de l’éducation, au sein de groupes de professionnels et de groupes variés, incluant des parents, des groupes de leadership féminin et même des adolescents.

Son succès s’explique d’abord son pragmatisme. Centrée sur l’action et les solutions, l’approche ne verse pas dans la recherche de causes profondes ni sur l’application de modèles théoriques ou philosophiques. Elle permet de traiter de sujets réels, portés par les participants. Elle stimule leur agentivité et augmente leur pouvoir d’agir, laissant aussi de la place à l’imperfection qui les relie.

Centré sur le client, le codéveloppement répond ainsi aux besoins de chacun. La diversité des apports et des points de vue qui est encouragée, sans débat ni recherche de consensus, permet de faire son choix dans le panier des propositions des pairs sans nécessairement avoir à se justifier. Chacun est ainsi acteur de ses solutions dans sa réalité unique.

Aussi, l’apparente simplicité de la méthode du codéveloppement la rend accessible. Attention, ceci n’implique pas que le processus soit simpliste ! Il nécessite à la fois un doigté et une expertise de l’animateur, une mise en place d’un espace réflexif conjoint ainsi qu’un engagement de tous, à la fois dans l’entraide, la réflexivité et l’action. Le processus force à des prises de recul, à des moments d’arrêts et des rencontres avec l’autre qui sont de plus en plus rares dans la mouvance actuelle.

La démarche sollicite un contact vrai et des forces positives d’entraide qui sont autant profitables à celui qui reçoit l’aide qu’à celui qui l’offre, contribuant ainsi à la santé psychologique des acteurs.

Le codéveloppement permet aussi la création de réseaux et des possibilités de partage sur des bases d’authenticité et de respect, même dans des entreprises et dans des systèmes où on pourrait espérer qu’ils se construisent naturellement.

Par rapport à votre premier livre écrit avec Adrien Payette il y a 25 ans, qu’est-ce que votre nouvel ouvrage vient apporter de plus ou de différent ?

D’abord, l’ouvrage publié chez Eyrolles répond à un besoin de rendre l’information à la source du codéveloppement davantage accessible en Europe francophone. Depuis 25 ans, de nombreuses expérimentations ont démontré l’efficacité de la méthode et ses conditions de succès. Plusieurs témoignages en font foi. Aussi la méthode s’est raffinée et précisée, ce qui est amplement développé dans l’ouvrage qui peut être considéré comme un manuel de l’utilisateur, tout en explicitant davantage les bases sur lesquelles elle est édifiée.

Devant les pratiques nombreuses qui se sont développées à partir du socle que nous avons proposé, il s’avérait nécessaire de promouvoir l’esprit original d’ouverture, de non-dogmatisme et d’encourager les hybridations qui pouvaient s’avérer utiles, par exemple avec des démarches d’analyse de pratique ou diverses approches d’intelligence collective. Cela a permis de reconnaître que plusieurs formes de codéveloppement peuvent exister ; des formes plus brèves peuvent être acceptables (en reconnaissant leurs limites) même si celles qui encouragent une continuité dans le temps et une pratique réflexive avancée donnent d’autres types de résultats. Prendre le temps de ralentir, prendre du recul et s’investir dans la démarche s’avère toujours profitable. Et, même si la contribution de l’animateur est cruciale comme expert du processus, tout ne repose pas sur les gestes qu’il pose.

Pour moi, la rédaction de ce livre cela a été une occasion de revoir et réaffirmer les fondamentaux de l’approche, de préciser des pratiques gagnantes, et de reformuler ma propre théorie de l’action en codéveloppement, ce qui est en quelque sorte la démarche qui est ultimement proposée à tout participant qui entreprend cette démarche à propos de sa pratique.

Si le groupe de codéveloppement était déjà pertinent il y a 25 ans dans l’accompagnement de pratiques professionnelles, il est peut-être davantage maintenant avec un élargissement de son utilisation. La prise de temps d’arrêt avec des pairs dans un contexte de plus en plus changeant, incertain, complexe et ambigu sollicite assurément des propositions et dispositifs qui créent du sens et du lien, favorisent la réflexivité et d’entraide, permettent de progresser vers une pratique en toute conscience, efficacité et autonomie, mais aussi dans une action engagée, coopérative et solidaire. Le groupe de codéveloppent apporte bien sa contribution à tout cela. Et non seulement sur une base locale, personne par personne, groupe par groupe, mais aussi par les liens qui se construisent entre tous ces praticiens-chercheurs engagés dans une recherche d’amélioration personnelle et sociale.

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